12/6/2017

LECONS D’ABEILLES


Elles vivent en colonies. Statut officiel, technique qui ne leur convient guère! Car aucune puissance étrangère ne les assujettit. Elles s’organisent elles-mêmes sans dépendre de qui que ce soit. D’ailleurs si un étranger s’aventurait trop près de leur installation ou voulait y pénétrer, il passerait un mauvais quart d’heure : les abeilles piquent et ça fait mal



Elles vivent en colonies. Statut officiel, technique qui ne leur convient guère! Car aucune puissance étrangère ne les assujettit. Elles s’organisent elles-mêmes sans dépendre de qui que ce soit. D’ailleurs si un étranger s’aventurait trop près de leur installation ou voulait y pénétrer, il passerait un mauvais quart d’heure : les abeilles piquent et ça fait mal.

 

Même les ours friands de miel connaissent la mésaventure et sur le museau s’il vous plaît, seule surface sensible accessible de leur gros corps velu accessible aux dards. Toutes pour une, une pour toutes est leur devise ! Elles ne sont pourtant pas toutes ni tout de suite appelées à devenir de valeureux mousquetaires. A peine sorties de l’alvéole de naissance elles sont affectées à des tâches ménagères. Nettoyer les cellules et débarrasser les rayons de leurs impuretés, les applique à tenir impeccable la maison commune.. Une fois habituées à ce premier job, de nouvelles venues prennent le relais. Elles passent alors de techniciennes de surface à arpètes en architecture et deviennent spécialistes en construction d’alvéoles parfaitement hexagonales et en cire ! Travail un peu répétitif mais de pro tout de même. Elles quittent ensuite les plans et les calculs de géométrie pour un travail de gestion de stocks alimentaires. Des provisions de nectar et de pollen ne cessent d’arriver et il faut répartir ces produits de façon logique. Pour le pollen, à proximité du couvain, véritable nursery fournie en permanence par la reine, pondeuse invétérée, entourée d’un petit groupe dévolu à son service. Le nectar, lui, est confié à des collègues qui le transforment en miel et le disposent dans le garde-manger en prévision l’hiver. Et le parcours professionnel n’est pas encore terminé. Les activités de quelque cinquante mille individus dans l’espace relativement restreint de la ruche font grimper la température. Or l’élaboration convenable du miel impose une température et une hydrométrie stables et précises. Mesdames les magasinières deviennent à cet effet ventileuses. Bon moyen pour s’entraîner à battre des ailes car la polyvalence des fonctions va les conduire bientôt à mettre enfin le nez dehors, à l’entrée de la ruche, au poste de gardiennes. On comprend qu’elles soient motivées pour assumer cette grave responsabilité car il s’agit de protéger et la communauté et tout le travail accompli depuis leur naissance, il y a une quinzaine de jours, poursuivi à l’intérieur par leurs compagnes.

 

Enfin, après un repérage sérieux des abords de la ruche pour bien s’orienter, c’est l’envol ! Vivent les grands espaces, les départs en flèche en quête de récoltes avec des pollinisations bienfaisantes au gré des stations sur les fleurs puis retour jabot plein de nectar et sacs de pollen aux pattes, jusqu’au dernier voyage où épuisées elles mourront en pleine nature. Leur sens de la communauté conduit celles qui ont découvert un bon gisement de fleurs à se livrer à une danse subtile pour indiquer l’orientation, la distance et l’importance de récoltes prévisibles de nectar et de pollen.

 

Et ce n’est là qu’une partie de leurs activités. Les abeilles produisent aussi de la propolis pour colmater les fissures et neutraliser les infections. Et encore de la gelée royale, mets d’exception pour l’élevage des reines.

 

Tout n’est pourtant pas rose dans leur vivre ensemble. Les bourdons,ces gros fainéants de mâles, tapent sans complexe dans les réserves de miel. Bouches inutiles, ils seront proprement éjectés à la fin de l’automne. Et puis un tout petit parasite venu des Amériques leur pompe le sang, tandis qu’à l’extérieur rodent d’impitoyables prédateurs, les frelons asiatiques. En vol stationnaire, à l’affût, ils capturent les butineuses au retour du travail, sectionnent de leurs redoutables mâchoires la tête et l’abdomen de leurs victimes et embarquent leur thorax plein de nectar pour nourrir leurs larves.

 

Égalité de toutes, instinct de solidarité et de protection du groupe, exercice de compétences successives … L’absence de liberté personnelle et de capacité à créer des lois distinguera toujours les abeilles des sociétés humaines. Ne nous font-elles pas pourtant un clin d’œil suggestif ?

 

 

Père Michel Dagras