05/4/2011

Les conflits de l’eau : Puits de discorde – espaces de paix


Le manque d’accès à l’eau et à l’assainissement est un grave problème pour les Palestiniens. Le père Afrayem Elorshalimy, de l’Eglise orthodoxe copte, réfléchit sur les puits et l’eau en tant que sources de conflit dans la Bible, et sur la prise de conscience du fait que la terre et l’eau sont un don de Dieu pour tous. Les pratiques discriminatoires en matière d’approvisionnement, d’assainissement ou de répartition en eau font que les Palestiniens ne disposent pas de suffisamment d’eau pour assurer leurs moyens d’existence et leur sécurité alimentaire.



Le conflit autour de l’eau en Terre Sainte

  

 

Le manque d’accès à l’eau et à l’assainissement est un grave problème pour les Palestiniens. Depuis qu’Israël occupe la Cisjordanie, c’est-à-dire depuis 1967, il leur refuse l’accès aux eaux du Jourdain et limite sévèrement leur accès à d’autres aquifères locaux.

 

Les politiques et pratiques discriminatoires lorsqu’il s’agit de développer les infrastructures d’approvisionnement en eau et d’assainissement ou de répartir les ressources en eau communes font que les Palestiniens ne disposent pas de suffisamment d’eau pour leur usage domestique ni pour assurer leurs moyens d’existence et leur sécurité alimentaire.

 

 

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Réflexion biblique

 

Puits de discorde – espaces de paix

 

   

Isaac partit de là et campa dans l’oued de Guérar et y habita. Isaac creusa de nouveau les puits qu’on avait creusés au temps d’Abraham son père et que les Philistins avaient comblés après la mort d’Abraham. Il leur donna les mêmes noms que son père leur avait donnés. Les serviteurs d’Isaac creusèrent dans l’oued et trouvèrent là un puits d’eaux vives. Les bergers de Guérar entrèrent en contestation avec les bergers d’Isaac en leur disant: «Ces eaux sont à nous». Il appela ce puits Eseq parce qu’ils lui avaient fait échec. Ils creusèrent un autre puits qui fut aussi contesté; il l’appela Sitna. De là il se déplaça pour creuser un autre puits qui ne fut pas contesté et qu’il appela Rehovoth en disant: «Maintenant en effet, le Seigneur nous a laissé le champ libre et nous avons eu des fruits du pays.» (Genèse 26,17-22)

 

Tout au long de l’histoire, des civilisations se sont épanouies là où se trouvait une source d’eau, tandis que d’autres ont dépéri ou se sont effondrées à cause du manque de ressources en eau. Des gens se sont battus et sont morts pour de simples flaques d’eau.

 

Depuis des temps immémoriaux, l’eau est une source de discorde entre les populations de la Terre Sainte qui se font concurrence. Le livre de la Genèse relate l’une de ces discordes entre anciens Israélites et Philistins. Depuis cette époque, les conflits autour de l’eau perdurent dans cette région. Aujourd’hui, la part d’eau dont dispose un Palestinien représente un quart de celle d’un Israélien, et un sixième de celle d’un colon israélien en Cisjordanie. Israël a confisqué plus de 85% des ressources en eau des territoires palestiniens occupés. Un rapport préparé à la Ligue arabe par le département en charge de la Palestine et des territoires arabes occupés indique qu’Israël subtilise chaque année entre 650 et 800 millions de mètres cubes d’eau, qu’il pompe en Cisjordanie pour alimenter non seulement son territoire à proprement parler, mais aussi ses colonies illégales dans les territoires palestiniens occupés.

 

Dans la Bible, pourtant, Dieu promet une abondance d’eau pour désaltérer les assoiffés (Esaïe 41,17, Esaïe 44,3-4). De nos jours, l’eau est plus importante que jamais, puisque nous l’utilisons pour le nettoyage, la cuisine, la toilette et les installations sanitaires; nous nous en servons aussi dans l’agriculture pour irriguer les terres arides, afin de subvenir aux besoins en nourriture. Nos industries utilisent l’eau plus que n’importe quel autre liquide et nous profitons du courant des rivières pour produire de l’électricité.

 

La Genèse ne se contente pas de raconter les luttes pour l’eau entre peuples antiques ; elle reflète également la volonté de Dieu selon laquelle l’eau est pour tout le monde, et pas seulement pour un peuple en particulier au détriment d’un autre. Isaac est passé d’Ezek («faire échec») et de Sitnah («contester»), les puits de la discorde, pour aller à un autre endroit où il a creusé un puits qu’il a nommé Rehovoth («laisser le champ libre»), un nom qui ne reflète ni son talent pour trouver de l’eau, ni ses capacités diplomatiques ou militaires, mais sa reconnaissance du fait que la terre et l’eau sont des dons de Dieu: «Maintenant en effet le Seigneur nous a laissé le champ libre et nous avons eu des fruits du pays.» Il y a suffisamment d’espace pour que Philistins et Israélites puissent s’épanouir sur cette terre ; Dieu pourvoit aux besoins en eau des deux peuples.

 

Partout où des gens s’affrontent pour l’eau aujourd’hui, et surtout dans le contexte d’Israël et de la Palestine, le récit biblique nous rappelle que l’eau est le don de Dieu et qu’elle n’appartient jamais à personne. Dieu nous appelle à abandonner les noms de Esek et de Sitna pour nos puits, et de les renommer Rehoboth, car «le Seigneur nous a laissé le champ libre et nous avons eu des fruits du pays.» Cet appel est essentiel depuis les anciens Philistins et Israélites, traversant les âges jusqu’aux Israéliens et Palestiniens de maintenant.

 

 

 

Père Afrayem Elorshalimy

 

 

 

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Le père Afrayem Elorshalimy, de l’Eglise orthodoxe copte, a été moine au monastère Saint-Bishoy, en Egypte, avant d’être pendant 14 ans prêtre de l’Eglise copte de Jérusalem. Depuis 2010, il est prêtre de la communauté copte de Dublin, en Irlande.

 

 

© Source : ROE – Réseau Œcuménique de l’Eau – 5 avril 2011