27/2/2017

LES EVEQUES ET « LE » POLITIQUE


De quoi se mêlent-ils ? Ne devraient-ils pas s’occuper de leurs ouailles et du fil à retordre que leur donne la diminution des effectifs de prêtres et de fidèles ? D’autant que les papes rappellent régulièrement que l’Église n’a pas à s’ingérer dans les affaires du monde. Ainsi Benoît XVI : L’Église n’a pas de solutions techniques à offrir et ne prétend « aucunement s’immiscer dans la politique des États »



De quoi se mêlent-ils ? Ne devraient-ils pas s’occuper de leurs ouailles et du fil à retordre que leur donne la diminution des effectifs de prêtres et de fidèles ? D’autant que les papes rappellent régulièrement que l’Église n’a pas à s’ingérer dans les affaires du monde. Ainsi Benoît XVI : L’Église n’a pas de solutions techniques à offrir et ne prétend « aucunement s’immiscer dans la politique des États ».

 

Elle a toutefois une mission de vérité à remplir, en tout temps et en toutes circonstances, en faveur d’une société à la mesure de l’homme, de sa dignité et de sa vocation[1].  C’est justement au titre de cette mission et dans le contexte des prochaines élections que les évêques de France viennent, courant 2016, de monter par deux fois au créneau. En juin avec un bref document sur Quelques éléments de réflexion. Puis  en octobre en rédigeant un texte plus fourni, sous ce titre : Dans un monde qui change retrouver le sens du politique. Écriture suivie de Quelques pistes pour échanger à propos des dix paragraphes de cette lettre.

 

La démarche des évêques n’est pas neuve. Elle emboîte le pas de nombreuses prises de positions antérieures[2] Toutes inscrites dans le grand mouvement d‘une pensée sociale pérenne, présentée par des Pasteurs qui ne peuvent se désintéresser de ce qui touche à la vie en société, la dignité et l’avenir de l’homme.

 

Parler du politique – et non de la politique – situe d’emblée au niveau des exigences profondes d’un vivre ensemble soutenu un certain sens de l’homme. A charge ensuite aux citoyens catholiques de décider en leur âme et conscience vers qui porter leurs suffrages. Pas de directives donc, mais des repères pour éclairer des choix.

 

Pas facile pourtant de dégager le sens du politique quand il s’enlise dans la fange de mauvais exemples, de petites phrases empoisonnées, de slogans acides, d’invectives … infectés par une culture de l’affrontement.. S’ensuit un large discrédit et un profond dégoût  – indûment généralisé ! – des politiques. Pourtant ce grave malaise est à surmonter par qui veut retrouver et raviver des valeurs de fond capables de donner sens à un vivre ensemble de qualité. Une prise de recul s’impose alors à la recherche de l’essentiel pour un bien commun et un intérêt général sans lesquels d’ailleurs  le bien des personnes perdrait pied. Pas facile de discerner à ces valeur et de les partager. Pourtant elles existent !

 

A preuve, quand la société mise sous tension, secouée par des attentats, voit se manifester des émotions collectives dans des moments de communion intense, où s’exprime le besoin de se retrouver unis malgré tout.

 

Et encore, lorsque devant les ambivalences et les paradoxes qui opposent désir de liberté et exigence de sécurité, besoin de réformes et résistance au changement, l’espoir naît de nombreuses initiatives de solidarité. Plus même, quand la créativité et l’inventivité bousculent le repli sur soi pour lequel c’est toujours l’autre qui doit faire l’effort en premier.

 

Autre valeur à intégrer, le service civique quand trop de pauvreté gangrène le pays, quand les jeunes, les étrangers, les exclus du travail, souffrent de dégradants rejets. Des sentiments d’insécurité et d’injustice progressent ensemble. Devant cette croissance les grandes valeurs républicaines, souvent brandies de façon incantatoire, sonnent creux.

 

Se pose par ailleurs la question des appartenances culturelles et les communautarismes qu’elles provoquent parfois. Comment gérer cette diversité ? Surgit aussitôt le devoir de définir clairement ce que c’est d’être citoyen français et de la communauté de destin qui en résulte.

 

Un contrat social est à établir et à diffuser jusque dans nos relations les plus quotidiennes. Il puise  sens dans un ensemble de valeurs communes de justice et de vérité, de solidarité et de rigueur … Un bulletin de vote ne défaussera personne de ces exigences, traduites en quelques mots par cette image  : plus que d’armure, c’est de charpente dont nous avons besoin.

 

 

 

Père Michel Dagras

 

[1]     Encyclique Caritas in Veritate §9

[2]     Pour mémoire : Pour une pratique chrétienne de la politique (1972). Politique : affaire de tous (1991). Réhabiliter la politique (1999).