14/2/2013

Les Kenyans cherchent les clés de la paix au Rwanda


Plus de cent représentants kenyan d’Eglises, de la société civile, de mouvements de femmes et de jeunes ont fait le voyage au Rwanda pour participer à six jours de session autour du modèle rwandais de réconciliation et de reconstruction. A deux semaines des élections kenyanes, ils cherchent les moyens de prévenir de nouvelles violences interethniques. Les participants ont visité les mémoriaux du Génocide, pour se convaincre que la violence ne doit jamais atteindre le niveau qui fut celui au Rwanda, et pour essayer de dépasser un éthnicisme fort répandu.



« Ce n’est pas nous qui les avons invités, ce sont eux qui ont émis le désir de venir ici », a déclaré
 André Karamaga, secrétaire général de la Conférence des églises de toute l’Afrique (CETA) à Kigali, lors d’une réunion qui s’est tenue du 4 au 9 février. L’homme ne s’est pas fait prier pour organiser le déplacement d’une centaine de personnalités.

 

Peur d’une flambée de violence au Kenya



 

De nuit, par bus inconfortables, des chefs d’Eglises chrétiennes du Kenya, des anciens, 
des représentants des femmes et des jeunes, des journalistes ont fait le trajet de Nairobi à Kigali. 
Arrivés sur place, ils ont été accueillis par le Conseil Protestant du Rwanda qui avait sorti le grand jeu: 
visites des sites de mémoire du Génocide, discours de ministres et autres personnalités de l’administration. Se voir présentés comme de bons élèves, l’occasion était aussi rare que précieuse pour les Rwandais.

 



Pourquoi les Kenyans, citoyens de l’un des pays d’Afrique les plus développés, se sont-ils
 déplacés dans ce petit état d’Afrique Centrale, sorti du génocide à grand peine? Sans doute
 le besoin de se retrouver à l’extérieur pour réfléchir posément à leurs problèmes. Et ceux-ci
 ne sont pas négligeables. 

« Jusqu’en 2007 nous pouvions penser le Kenya comme un îlot de paix, dans une région de conflits, 
ce n’est plus le cas aujourd’hui ».

 

L’ambassadrice du Kenya au Rwanda n’a pas caché la situation 
préoccupante de son pays. Personne ne l’a contredite. Les Kenyans rencontrés sont encore profondément 
marqués par les violences qui ensanglantèrent le pays en 2007-2008. 

Ils portent l’angoisse d’une nouvelle flambée de violence, autour des prochaines élections, prévues 
le 4 mars. A mots couverts, ils reconnaissent que si celle-ci pouvait se reproduire, en particulier
 dans la vallée du Rift, le pays pourrait s’embraser à une échelle insoupçonnée, terrifiante.

 

Visiter les mémoriaux du Génocide

 



« En visitant les mémoriaux du Génocide, nous cherchons à nous convaincre que la
 violence chez nous ne doit jamais atteindre le niveau qui fut celui au Rwanda ». Sortie de
 la bouche d’un jeune Kenyan, cette remarque est révélatrice. 

Devant ce qu’ils présentent comme possible dans leur pays, les Kenyans cherchent ici une forme de
 catharsis, de choc salutaire qui leur donnera l’énergie de lutter contre un démon terrible. 
Celui qui a rongé le Rwanda pendant des décennies avec les résultats que l’on sait et qui
 est à l’œuvre au Kenya: l’éthnicisme. 



 

« Nous ne cherchons à pas à nous immiscer dans la politique kenyane, mais à éviter que celle-ci 
devienne prétexte ou cristallise des haines interethniques ». Cette observation d’un délégué kenyan clarifie leurs vraies attentes; ils ne cherchent pas au Rwanda un système politique modèle, d’autant qu’ils ont un 
multipartisme bien vivant.

 

Ils ont besoin de se frotter à une société qui a vu le pire de 
l’éthnicisme et qui a décidé de ne plus jamais lui laisser place, par un effort de réconciliation et de 
reconstruction. 

Concluant les échanges, le président de la conférence épiscopale catholique 
du Rwanda leur a rappelé leur propre responsabilités de croyants et de pasteurs, tant il est 
vrai que l’identité ethnique ne doit pas prendre le pas sur l’identité de tout humain.

 

 

 

Michel Kocher – Kigali, Rwanda

© Source : http://www.protestinfo.ch – 14 février 2013