21/3/2016

Les migrants au cœur de la visite du cardinal Parolin en Macédoine


« On ne peut pas abandonner à eux-mêmes les pays exposés en première ligne aux flux des migrants ». Le secrétaire d’État du Saint-Siège l’a affirmé lors de sa toute récente visite en Macédoine, alors que la route des Balkans est bloquée. Le cardinal Pietro Parolin, qui s’est entretenu avec le président macédonien et avec le Premier ministre par intérim, a souligné que pour résoudre la crise migratoire actuelle, il fallait favoriser une approche basée sur la solidarité et les rapports humains.



« On ne peut pas abandonner à eux-mêmes les pays exposés en première ligne aux flux des migrants ». Le secrétaire d’État du Saint-Siège l’a affirmé lors de sa toute récente visite en Macédoine, alors que la route des Balkans est bloquée. Le 15 mars, la Macédoine, qui a fermé ses frontières aux migrants sans papiers, a pris unilatéralement la décision de renvoyer en Grèce des migrants entrés illégalement sur son territoire.

 

Le cardinal Pietro Parolin, qui s’est entretenu avec le président macédonien et avec le Premier ministre par intérim, a souligné que pour résoudre la crise migratoire actuelle, il fallait favoriser une approche basée sur la solidarité et les rapports humains.

 

« Nous devons voir les migrants comme des personnes en difficulté » a-t-il dit, « des hommes, des femmes, des enfants soumis à des privations et qui ont besoin d’aide. Pour parvenir à une solution humaine et juste, il faut instaurer un dialogue entre les pays d’origine, les pays de passage et les destinations finales privilégiées par les réfugiés ».

 

Visite d’un camp de réfugiés

 

Evoquant l’exemple d’une fille du pays : Mère Teresa de Calcutta, née à Skopje, la capitale macédonienne, le secrétaire d’État a souhaité que l’Europe donne une réponse commune et généreuse à cette tragédie humanitaire. « Il ne faudrait pas, a-t-il averti avec inquiétude, que le droit humanitaire n’ait plus sa place en Europe ». Joignant le geste à la parole, le cardinal Parolin a effectué une visite émouvante dans un camp de réfugiés où il a pu s’entretenir avec des personnes désespérées contraintes de fuir leur pays, dont une mère qui a perdu ses deux filles en essayant de passer clandestinement.

 

Pendant sa visite en Macédoine, il s’est par ailleurs félicité de l’attention accordée par les autorités locales à la minorité catholique qui ne compte que quelque 20 000 fidèles et de la bonne volonté dont elles font preuve pour résoudre les questions en suspens.

 

Après la Macédoine, la Bulgarie

 

Deuxième étape de sa tournée, la Bulgarie où il restera jusqu’à mardi pour des rencontres avec le patriarche orthodoxe bulgare Neofit, avec le Grand mufti et les autorités politiques. Dimanche, le secrétaire d’État a consacré la cathédrale de Sofia. Consacrée à la Dormition de la Vierge, cette église est le cœur de l’Exarchat apostolique des catholiques de rite byzantin en Bulgarie.

 

Il a par ailleurs visité une autre église byzantine construire sur un terrain acquis par le futur pape Jean XXIII lorsqu’il était délégué apostolique en Bulgarie. Le cardinal Parolin n’a pas manqué d’encourager le dialogue œcuménique et interreligieux et de rendre hommage à l’héroïsme des catholiques bulgares pendant le communisme. Aussi bien la Bulgarie que la Macédoine ont invité le Pape François à venir les visiter. « J’essaierai d’être un messager convaincant », a assuré le secrétaire d’État.

 

 

© Source : Radio Vatican. 21 mars 2016

Crédit photo : Le cardinal Parolin avec le patriarche orthodoxe bulgare Neofit – RV

 

 

 

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Face aux réfugiés, l’exemple de Mère Teresa  

 

 

« Nous devrions trouver humiliant de devoir fermer nos portes » aux réfugiés, a déclaré le cardinal Pietro Parolin qui a donné en exemple Mère Teresa de Calcutta, originaire de la capitale.

 

Le secrétaire d’État du Vatican a parlé du phénomène migratoire en inaugurant la nouvelle résidence épiscopale du diocèse de Skopje, capitale de l’ancienne République yougoslave de Macédoine, et de l’exarcat apostolique pour les fidèles de rite byzantin, vendredi 18 mars, annonce LOsservatore Romano. Mgr Kiro Stojanov, évêque de Skopje, et le nonce apostolique Mgr Anselmo Guido Pecorari étaient présents lors de la cérémonie. Il est resté dans le pays samedi 19 mars.

 

Le droit humanitaire

 

Le cardinal a rappelé la « gravité du drame de tant de nos frères qui souffrent » et qui « rejoignent par nécessité » les frontières de l’Europe. Il a souligné que le refus de les accueillir profanait « le droit humanitaire, conquête laborieuse de notre Europe ».

 

Aujourd’hui, a-t-il dit, « le vieux continent, écartelé entre intégration communautaire et  nationalismes autonomistes et ethniques », vit « un moment douloureux » face à la tragédie humanitaire des migrants.

 

Le cardinal Parolin a évoqué l’exemple de Mère Teresa de Calcutta qui est née et a grandi à Skopje : elle avait « un esprit et un cœur ouverts aux hommes et aux femmes de toutes races et de toutes nationalités ».  La bienheureuse Mère Teresa, qui sera proclamée sainte le 4 septembre prochain, est « une fille de votre peuple, a-t-il ajouté, protagoniste extraordinaire de la sollicitude de l’Église pour les souffrances de l’homme, avec son engagement inépuisable envers les plus pauvres parmi les pauvres ».

 

Le secrétaire d’État a exprimé son admiration pour « la fraternité, la compréhension mutuelle, la collaboration sincère et volontaire » que le peuple macédonien a su construire, « au-delà de toute barrière culturelle et religieuse ». Il a souligné le rôle important de la communauté catholique qui vivait dans le pays.

 

« Aujourd’hui, elle est présente dans de petites proportions, a-t-il dit, mais elle participe légitimement à la vie sociale, pour apporter sa contribution dans l’intérêt des hommes, quels qu’ils soient » ; avec la conscience « que le respect de la vie et de la dignité des personnes, l’égalité de traitement, la recherche solidaire du bien commun, l’ouverture aux valeurs spirituelles et la cohabitation pacifique, sont des exigences fondamentales pour l’harmonie de la vie sociale, du progrès des citoyens et de la civilisation ».

 

La force de la culture

 

En s’adressant aux autorités religieuses et civiles de la Macédoine, le cardinal Parolin a souhaité « un engagement commun à construire la cité de l’homme, en étant attentifs à ses questions et à ses préoccupations, à ses espérances et à ses attentes ». Il a évoqué « les richesses religieuses et historiques de la nation, carrefour entre l’Orient et l’Occident et point de convergence de nombreux courants culturels, de la Rome antique aux grandes traditions de civilisation de l’Europe orientale et asiatique ». De cette culture riche, a-t-il ajouté, « il reste de nombreux biens historiques : des merveilles byzantines et ottomanes, de précieuses iconostases et des forteresses altières que vous avez le devoir de conserver avec soin, comme témoignages de votre riche passé ».

 

À propos de la résidence inaugurée, le cardinal Parolin a exprimé le souhait que cet édifice devienne « un lieu d’accueil où faire ensemble une expérience de collaboration et d’amour fraternel, d’amitié sacramentelle et de recherche spirituelle » ; qu’elle devienne « un pôle de rencontre entre la communauté catholique et les autres communautés religieuses, entre l’Église et la société, dans une communion fraternelle et une sincère collaboration, à l’écoute des questions profondes et inquiétantes qui montent de la société et des périphéries, des enfants, des jeunes et des familles, des chômeurs et des pauvres, des personnes âgées et des malades, des détenus et des immigrés, de la culture et de la création ».

 

La foi de saint Joseph

 

En fin d’après-midi, le cardinal Parolin a célébré, dans la cathédrale du Sacré-Cœur de Jésus, la messe de la Vigile de la solennité de saint Joseph. Dans son homélie, il a rappelé la « dévotion connue du pape François à l’égard » de ce saint, de qui il « s’inspire quotidiennement dans son ministère de Pasteur universel ». Le cardinal a ensuite approfondi le « drame » de saint Joseph « si profondément humain, dans lequel celui-ci se retrouve en raison de la mystérieuse maternité de Marie, à l’égard de qui il avait élaboré des projets humains, tout à fait intègres ». Sa grandeur est dans le fait que, tout en s’interrogeant « devant le mystère », il « ne céda pas à la tentation du doute », a souligné le cardinal.

 

Les croyants ont « beaucoup à apprendre de l’exemple de foi de saint Joseph », a-t-il affirmé. En effet, il « enseigne à faire confiance à Dieu, plutôt que de suivre nos incertitudes ou de croire à nos raisons, toutes légitimes qu’elles soient, comme s’il n’existait pas ».

 

Le cardinal a rappelé que « beaucoup de pays de la partie orientale du continent européen ont connu ce que signifie planifier l’existence de l’homme en mettant Dieu de côté, avec de graves conséquences pour l’homme lui-même et pour sa dignité de personne ». Mais, a-t-il fait observer, « dans les épreuves subies au cours de l’histoire, votre fidélité au Christ et votre union à sa passion rédemptrice vous ont soutenus ».

 

Le mémorial de Mère Teresa

 

Le cardinal Parolin a appelé à suivre les exemples des saints pour « être des catholiques convaincus, des catholiques fermes et bons, ouverts et généreux, vrais membres de l’Église ». Pour la Macédoine, il s’agit, en particulier des frères Cyrille et Méthode, patrons de l’Europe ; de saint Nahum et saint Clément d’Ohrid, dont cette année est le 1 100e anniversaire de la mort, et de la bienheureuse Mère Teresa de Calcutta.

 

Il a ensuite exhorté les fidèles à être des « inspirateurs d’une commune mission à remplir pour l’édification d’une nation moralement mûre, ouverte et tolérante, prompte à manifester sa solidarité à ceux qui se trouvent dans le besoin. L’espérance que vous pouvez offrir à la société civile, à travers la concorde de vos efforts, consiste dans le fait de témoigner de cette harmonie que tous les peuples cherchent, conscients qu’une victoire durable sur tous les antagonismes passe par la conversion morale et le changement du cœur ». Parce que, a-t-il conclu, « ce riche patrimoine spirituel qui marque les traditions religieuses de ce pays peut grandement contribuer à cet idéal d’harmonie ».

 

Samedi 19, après une courte visite à la maison du mémorial de la bienheureuse Teresa de Calcutta, à Skopje, puis à Stobi, où furent martyrisés les premiers chrétiens, il s’est rendu dans les zones de frontière de l’ancienne République de Macédoine, où il avait pu expérimenter directement la situation dramatique des migrants dans le camp de transit de Gevgelija, dans le sud du pays. Il y a exprimé la proximité du pape François et il a encouragé l’engagement remarquable de nombreux volontaires. Enfin, avant de prendre congé, le cardinal Parolin a effectué une courte visite à la cathédrale de l’exarchat apostolique à Strumica.

 

 

 

Avec une traduction de Constance Roques

© Source : Zenit. 22 mars 2016