07/6/2017

L’ESPRIT DE PENTECOTE


Qu’as-tu fait pour Pentecôte ? Du repos, de la détente, du tourisme ou rien de particulier autant de réponses classiques à la question elle aussi classique, sans la moindre allusion à la fête religieuse. Son événement-source, relaté dans les Actes des Apôtres1 présente en tout cas une succession de comportements susceptibles de trouver écho dans notre actualité.



Qu’as-tu fait pour Pentecôte ? Du repos, de la détente, du tourisme ou rien de particulier autant de réponses classiques à la question elle aussi classique, sans la moindre allusion à la fête religieuse. Son événement-source, relaté dans les Actes des Apôtres1 présente en tout cas une succession de comportements susceptibles de trouver écho dans notre actualité.

 

Tout commence par une sorte de repli identitaire. Pour les amis de Jésus les choses ne se sont pas déroulées comme espéré. L’attente d’un succès significatif du Maître sur les tenants du légalisme, son ouverture aux marginaux et aux étrangers, a tourné court … Ses paroles et ses actes balayés par une mort atroce entre deux malfrats, sur une décharge publique, le Golgotha ! Certes le tombeau où le corps du supplicié avait été déposé avait été trouvé vide : certain(e)s avaient même fait l’expérience d’apparitions surprenantes, mais dans des conditions difficiles à vérifier. Aussi prendre un profil bas leur paraissait peut-être répondre à un prudent principe de précaution. Pas question pour autant de fuir ou de trahir comme le fit Pierre, en pleine tragédie. Le trouble n’altère pas la fidélité, même quand des menaces supposées ou réelles assombrissent l’horizon. Des options protectionnistes, nationale et internationale, ne se nourrissent-elles pas aujourd’hui de craintes de ce type ?

 

Dans le récit initial de la Pentecôte cet esprit frileux se trouve brusquement balayé par son contraire. Un esprit aussi ardent que surprenant transforme la peur des disciples en audace. Il les pousse à quitter un enfermement, à terme délétère. Les voici sortis au grand air, à la rencontre des autres, comme s’ils prenaient tout à coup conscience du décalage insupportable entre leur comportement et les paroles, le programme, les actes, de Jésus. Un esprit d’ouverture les libère de celui de la fermeture. Un esprit qui pousse aujourd’hui aux frontières moins pour y dresser des murs et des barbelés que pour y ménager un accueil humain des étrangers.

 

Au souffle de cet esprit la rencontre de l’autre différent de soi prend valeur de principe. Avec, pour la rendre positive et féconde, les préalables de l’écoute. Car pour communiquer avec qui que ce soit il faut connaître sa langue qui, prise au sens large s’étend aux cultures, aux options, aux caractères, aux épreuves, aux attentes. non pour devenir des caméléons qui abandonnent leur couleur pour se fondre dans celle des autres, mais pour des dialogues où chacun restant qui il est accepte de s’ouvrir à des découvertes insoupçonnées. Esprit de réciprocité perverti dès qu’on s’estime supérieur à l’autre et possesseur d’une vérité à proclamer, propager et parfois imposer. On connaît dans quels travers prosélytes ont pu tomber des conceptions et des pratiques missionnaires fondées sur de telles prétentions au lieu de se considérer en permanence comme chercheurs et non possesseurs de la vérité. Les chrétiens ne sont pas les seuls à tomber dans ce panneau. Des débats politiques montrent à l’envi à quel point cet esprit de domination et d’exclusion conserve droit de cité.

 

Ensuite ces prudents convertis à l’aventure de la rencontre et de la communication respectueuse ne font pas de demi-mesure. Aucune exclusion ne limite leur dynamisme. Ils considèrent ceux qu’ils rencontrent comme des interlocuteurs à part entière. Le texte fondateur de la Pentecôte donne une liste des peuples qui entendent le message proclamé dans leurs langues respectives. Même les plus lointains et les plus minuscules sont invités à la table de la Bonne Nouvelle. Esprit d’universalité à traduire ici encore dans le regard à porter sur l’étranger, dans l’accueil de l’immigré … dans les relations avec les adversaires politiques … jusqu’à aimer les ennemis2 précisera l’Évangile, non pour mettre un mouchoir sur les différences d’idées, et surtout sur des comportements condamnables, mais pour reconnaître, au-delà de ce qu’elles disent ou font, des personnes humaines à respecter, toujours.

 

Les chrétiens savent d’expérience que l’entreprise n’est pas à mesure humaine. L’Esprit qui l’inspire et l’anime est pour eux proprement divin. Ils le célèbrent et l’accueillent le jour et dans le temps de la Pentecôte.

 

Père Michel Dagras