11/10/2017

Lettre ouverte de la Coalition Nationale des Organisations Chrétiennes de Palestine (NCCOP) au Conseil Mondial des Eglises.


        Lettre ouverte de la Coalition Nationale des Organisations Chrétiennes de Palestine (NCCOP) au Conseil Mondial des Eglises.       « Apprenez à faire le bien ! Recherchez le droit. Défendez l’opprimé. » (Is 1,17)   Contexte. Alors que nous nous rencontrons ce mois-ci à Bethléem en Palestine occupée, nous souffrons […]



 

 

 

 

Lettre ouverte de la Coalition Nationale des Organisations Chrétiennes de Palestine (NCCOP) au Conseil Mondial des Eglises.

 

 

 

« Apprenez à faire le bien ! Recherchez le droit. Défendez l’opprimé. » (Is 1,17)

 

Contexte.

Alors que nous nous rencontrons ce mois-ci à Bethléem en Palestine occupée, nous souffrons toujours de 100 ans d’injustice et d’oppression qui ont été infligés au peuple palestinien depuis la Déclaration Balfour injuste et illégale, se sont intensifiés avec la Nakbah [catastrophe] et l’exode des réfugiés, suivis de l’occupation israélienne de la Cisjordanie y compris Jérusalem Est et de Gaza, et la fragmentation de notre peuple et de notre terre par des politiques d’isolation et de confiscation de terres, et la construction de colonies destinées aux seuls juifs et du mur de l’Apartheid.

 

Nous souffrons toujours d’une déclaration politique d’un Empire occidental fondée sur des bases théologiques erronées. Certaines églises et quelques responsables chrétiens ont même soutenu l’établissement d’un Etat colonial sur notre terre, et ont complètement ignoré – et même deshumanisé – la nation, notre peuple, qui existait ici depuis des siècles et a payé le prix d’atrocités commises en Europe.

 

Des centaines d’années plus tard, et avec des milliers de vies perdues, des villes et des villages rasés de la face de la terre – mais pas de nos mémoires -, des millions de réfugiés, des milliers de maisons détruites et l’incarcération continuelle de prisonniers, notre Nakba [catastrophe] se poursuit.

 

Des centaines d’années plus tard, et il n’y a toujours pas de justice sur notre terre ! Discriminations et inégalités, occupation militaire et oppression systématique sont la règle. Aujourd’hui, nous nous trouvons devant une impasse et nous avons atteint un point de blocage. En dépit de toutes les promesses, de sommets interminables, de résolutions des Nations Unies, d’appels de responsables religieux et laïques, les Palestiniens attendent toujours en vain leur liberté et leur indépendance, et cherchent toujours la justice et l’égalité. Humainement parlant, nous avons atteint le « moment de l’impossible », comme l’a dit récemment le Patriarche Latin Emérite Sabbah.

 

Se pourrait-il que nous ayons atteint ce « moment impossible » parce que les évènements se sont produits depuis le tout début – il y a une centaine d’années – sur des bases injustes ? Pouvions nous prévoir qu’une déclaration aussi injuste ne créerait que des conflits et des destructions ?

 

Aujourd’hui est aussi l’occasion de nous souvenir de l’Appel d’Amman qui a été proclamé il y a dix ans. Nous sommes reconnaissants à ceux à ceux qui se sont tenus à nos côtés dans une solidarité couteuse ; ceux qui se sont levés pour la vérité et la justice. Nous constatons aussi que dix ans plus tard, la situation a empiré sur le terrain et continue à se détériorer. Comme d’autres initiatives plaidant en faveur de la fin de l’occupation, l’appel d’Amman n’a pas atteint son objectif de construire et réaliser une paix juste et nous devons nous demander aujourd’hui : pourquoi ?

 

Nous constatons aussi les attaques systématiques d’Israël contre la résistance créative palestinienne, et contre nos partenaires partout dans le monde qui utilisent ces méthodes pour faire pression sur Israël pour qu’il mette fin à l’occupation. Beaucoup de lois nouvelles ont été produites en Israël et partout dans le monde pour combattre illégalement cette résistance créative et non-violente, et pour arrêter tous les efforts vers la paix. Non seulement cela constitue une attaque contre les libertés de

 

conscience et d’expression, mais c’est aussi une agression contre nos droits et nos efforts pour résister au mal par le bien. Israël essaie maintenant même de contrecarrer les visites de pèlerins à Bethléem – la ville d’Emmanuel !

 

Alors que nous sommes reconnaissants de la « solidarité couteuse » exprimée par l’Appel d’Amman et exercée par beaucoup d’Eglises partout dans le monde, nous regrettons que quelques Eglises aient affaibli leurs positions ces dix dernières années à cause de ces pressions manipulatrices. Beaucoup se cachent encore sous le couvert d’une neutralité politique, ne souhaitant pas offenser leurs partenaires de dialogue inter-religieux.

 

Finalement, nous nous trouvons dans un environnement de guerres religieuses et de persécution dans notre région. L’extrémisme religieux progresse, et les minorités religieuses ont payé un prix élevé et douloureux. Nous vous remercions pour vos efforts vis-à-vis des réfugiés et pour la fin des conflits dans notre région. Nous vous remercions aussi pour votre soutien aux chrétiens persécutés dans des pays comme l’Irak et la Syrie.

 

 

 

Notre appel.

« Heureux les affamés et assoiffés de justice, car ils seront rassasiés. » (Mat 5,6)

 

« Heureux les persécutés pour la justice, car le Royaume des Cieux est à eux. Heureux êtes-vous quand on vous insultera, qu’on vous persécutera, et qu’on dira faussement contre vous toute sorte d’infamie à cause de moi. » (Mat, 5, 10-11)

 

Alors que nous nous trouvons en face de cet « impossible moment », il ne nous fait aucun plaisir de dire que « nous vous l’avions dit » il y a huit ans lorsque nous avons déclaré ce moment comme le moment du Kairos ! Nous faisons face à l’impossible, mais nous n’avons pas perdu l’espoir, puisque comme disciples du Ressuscité, nous sommes le peuple de l’espoir. Pourtant, nous avons besoin de vous et nous avons besoin de vous maintenant plus que jamais. Nous avons besoin de votre solidarité couteuse. Nous avons besoin d’hommes et de femmes courageux qui ont la volonté de se dresser au premier rang. Ce n’est plus le temps pour les Chrétiens d’une diplomatie superficielle. Nous vous pressons d’entendre notre appel et de faire vôtres les propositions suivantes :

 

 

1 Que vous appeliez les choses par leur nom : reconnaitre Israël comme un Etat d’apartheid selon le droit international, et conformément à ce qu’une personne comme Desmond Tutu et un rapport de la Commission Economique et Sociale pour l’Asie occidentale des Nations Unies ont indiqué : « Israël est coupable d’imposer un régime d’apartheid au peuple palestinien ». Nous sommes troublés par le fait que les Etats et les Eglises continuent à traiter avec Israël comme si la situation était normale, ignorant la réalité de l’occupation, de la discrimination, et des morts quotidiennes sur le territoire. Juste au moment où les Eglises se sont unies pour mettre fin à l’apartheid en Afrique du Sud et alors que le Conseil Mondial des Eglises y a joué un rôle courageux, central et prophétique, nous attendons de vous de faire la même chose !

 

2 Que vous condamniez de manière non équivoque la déclaration Balfour comme injuste, et que vous exigiez du Royaume Uni qu’il demande pardon au peuple palestinien et compense ses pertes. Nous demandons aux Eglises et aux chrétiens de soutenir les Palestiniens dans leur demande de justice. Cela a été sa déclaration infâme qui, après tout, a ouvert la voie au concept d’un Etat ethno-religieux – exactement ce dont notre région souffre aujourd’hui.

 

3 Que vous preniez une position théologique claire et forte contre toute théologie ou groupe chrétien qui justifie l’occupation et les privilèges d’une nation sur une autre fondée sur des critères ethniques ou sur des traités. Nous demandons que vous adoptiez et viviez la théologie proposée par Kairos Palestine, et que vous organisiez des conférences pour lui donner de la visibilité.

 

4 Que vous preniez une position contre tout extrémisme religieux, et contre toute tentative de créer un Etat religieux sur notre terre ou dans notre région. Nous vous demandons de nous soutenir dans notre combat contre les fondations de l’extrémisme, et que vous suiviez notre conseil quand vous agissez contre l’extrémisme religieux pour ne pas mettre en danger ou blesser nos positions ici.

 

5 Que vous revisitiez et provoquiez vos partenaires de dialogue inter-religieux, et que vous ayiez la volonté de même vous retirer de ce partenariat si nécessaire – si l’occupation et les injustices en Palestine et en Israël ne sont pas traitées.

 

6 Que vous preniez la tête de campagnes pour que des chefs religieux et les pèlerins puissent visiter Bethléem et les autres villes palestiniennes de ce côté du mur en coopération avec les agences palestiniennes de tourisme et de pèlerinages, en réponse aux récentes tentatives par Israël [d’y faire obstacle]. Nous vous demandons de dénoncer publiquement toute tentative par Israël ou par d’autres Chrétiens qui décourageraient les pèlerins de rendre visite aux sites palestiniens.

 

7 Que vous défendiez notre droit et nos actions pour résister à l’occupation de manière créative et non-violente. Nous demandons que vous souteniez les mesures économiques qui font pression sur Israël pour mettre fin à l’occupation et que vous fassiez davantage pour soutenir les mesures sportives, culturelles et académiques contre Israël jusqu’à ce que celui-ci se conforme au droit international et aux résolutions des Nations Unies demandant de manière urgente la fin de son occupation, de l’apartheid et des discriminations et accepte le retour des réfugiés sur leur terre natale et dans leurs propriétés. C’est notre dernier levier pacifique. En réponse à la guerre d’Israël contre le BDS, nous demandons que vous intensifiiez ces mesures.

 

8 Que vous créiez des groupes de pressions en défense des chrétiens palestiniens. Nous demandons que vous dénonciez publiquement et légalement les organisations chrétiennes qui discréditent notre travail ou notre légitimité.

 

9 Nous proposons en conséquence comme mesure de première urgence que vous créiez un programme au sein du COE comparable au programme « combattre le racisme » pour piloter les efforts de pression et de plaidoyer, pour développer des programmes d’action vers la justice et la paix en Palestine et en Israël et pour travailler à maintenir la présence des chrétiens palestiniens à travers le soutien de leurs organisations, du travail de leurs Eglises et des leurs efforts pacifiques.

 

 

Comme témoins croyants, nous reconnaissons, affirmons et poursuivons la longue tradition prophétique, particulièrement celle amorcée par l’Appel d’Amman et développée dans le document Kairos Palestine. Nous prenons pleinement notre part de la pression qui s’exerce sur les chefs religieux ici et à l’étranger pour ne pas dire la vérité, et c’est à cause de cela que nous lançons cet appel.

 

Les choses sont plus qu’urgentes. Nous sommes au bord d’un échec catastrophique. Le statu-quo actuel n’est pas durable. Ceci pourrait être notre dernière chance de réaliser une paix juste. En tant que communauté chrétienne palestinienne, ceci pourrait être notre dernière chance de sauver une présence chrétienne sur cette terre. Notre seul espoir comme Chrétiens tient au fait qu’ à Jérusalem, la ville de Dieu, et notre ville, il y a une tombe vide, et Jésus Christ qui a triomphé sur la mort et le péché, a apporté à nous et à toute l’humanité une vie nouvelle.

 

« Nous sommes aux prises, mais non pas écrasés ; ne sachant qu’espérer mais non désespérés ; harcelés mais non abandonnés ; , terrassés, mais non vaincus. » (2 Co 4, 8-9)

 

 

12 juin 2017

Signé par :

Jérusalem: Scouts Catholiques Arabes, Société Orthodoxe Arabe de Jérusalem, Caritas de Jérusalem, Département du Sevice des Réfugiés Palestiniens – Conseil des Eglises du Moyen Orient, Comité Chrétien International, Comité Laïque en Terre Sainte, Association Nationale Chrétienne, Mission Pontificale de Palestine, SABEEL – Centre oeucuménique de théologie de la libération, Graines de vie meilleure, Club d’union arabe orhodoxe de Jérusalem, YMCA – Association des jeunes hommes chrétiens, YWCA – Association des jeunes femmes chrétiennes, Gaza:Bureau NECC, Bethléem:YMCA de Jérusalem Est – Branche de Beit Sahour, Institut d’Education Arabe, Trust de Terre Sainte – Bethléem, Centre Wi’am – Bethléem:Société Assyrienne Saint Afram, Initiative conjointe de plaidoyer (JAI), Club orthodoxe arabe de Beit Sahour, Club orthodoxe arabe de Beit Jala, Club orthodoxe arabe de Bethléem, Collège de la Bible de Bethléem, Centre Siraj pour les Etudes de Terre Sainte, Groupe de Tourisme Alternatif Beit Sahour, Société de Charité des citoyens agés, Centre d’éducation environnementale de Beit Jala, Société charitable de Saint Vincent de Beit Jala, Société des Enfants de l’Agneau de Beit Sahour., Kairos Palestine

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