23/3/2012

Lorsqu’une simple conversation crée un pont entre arabes et juifs


Quelles histoires habitent la personne assise à vos côtés ? L’écrivaine Ariel Katz en a découvert une, racontant la réunion des cultures arabes et juives, au cours d’une simple conversation. “Le mois dernier, au cours d’un voyage en bus entre Eilat et Tel-Aviv, un jeune soldat s’assied à côté de moi. Je lui demande où il est en train de faire son service. Il reste dans le vague et me répond qu’il ne peut en dire plus, l’information étant hautement secrète. Sur le moment, c’est dit tellement poliment et avec désinvolture que je le crois…”

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Brighton, UK – Lorsqu’on voyage en transports publics, nous sommes tout à la fois enlisés et en train de nous déplacer. En tant qu’Américaine voyageant en Israël, j’ai commencé à utiliser ce laps de temps pour me désembourber – pour essayer d’en savoir plus sur les gens vivants dans ce pays plutôt que d’en rester aux stéréotypes.

 

Le mois dernier, au cours d’un voyage en bus entre Eilat et Tel-Aviv, un jeune soldat plein de taches de rousseur s’assied à côté de moi. Je lui demande où il est en train de faire son service. Il reste dans le vague et me répond qu’il ne peut en dire plus, l’information étant hautement secrète. Alors que je le mets par écrit cela me semble ridicule, comme s’il prétendait être un espion, mais sur le moment, c’est dit tellement poliment et avec désinvolture que je le crois. Il est enthousiaste, jeune mais mature, charmant, attentionné. Il a un béret rouge soigneusement coincé dans l’épaulette de son uniforme, qui a deux barres sur son épaule. Je sais que cela signifie qu’il est capitaine dans une unité de parachutistes – paraissant si jeune et pourtant déjà capitaine.

 

Il me demande ce qui m’amène en Israël, changeant ainsi de sujet de conversation. A ce moment, un homme vers la fin de la vingtaine monte dans le bus et lui demande de s’asseoir dans le siège qu’il est en train d’occuper – il possède un ticket qui lui en donne le droit. Le soldat s’apprête à se lever pour lui céder le siège quand l’homme remarque la marche qui se trouve devant nos chaises. Il dit alors au soldat de ne pas se déplacer et s’assied sur la marche. Les hommes argumentent pendant un moment, chacun insistant pour que l’autre prenne le siège à côté du mien. L’homme assis sur la marche explique, « vous devez garder le siège, vous êtes un soldat ». A ce moment je réalise que lui aussi à une histoire à raconter concernant son rapport à l’armée, une histoire de gratitude et de culpabilité. Le soldat se lève et pose sa main sur l’épaule de l’homme plus âgé, lui commandant avec douceur de prendre le siège, puis il se tourne vers moi afin de me remercier pour la conversation et se dirige vers l’arrière du bus.

 

A ce moment, je suis bien décidée à déterrer l’histoire de l’homme nouvellement assis à mes côtés. Ma curiosité est piquée au vif au sujet de sa relation conflictuelle avec l’armée. Je demande, « Etiez-vous dans l’armée (l’Armée de défense d’Israël) ? » L’homme, que j’appellerai Roni, rit, et me dit qu’il a donné neuf ans de sa vie à l’armée en tant que soldat, mais qu’à la suite d’un accident de moto, il a été déchargé de ses devoirs, y compris de son devoir annuel en tant que réserviste. Agrippant ses collants, il me précise qu’il a des tiges métalliques dans sa jambe. Je demande à Roni quel est son avis sur la situation des Arabes en Israël et il me répond de la façon diplomatique classique des Israéliens : « Nous sommes tous des fils d’Adam ; nous sommes tous humains. »

 

Le père de Roni est né en Syrie et les parents de sa mère sont d’origine iranienne. Il me dit qu’il se spécialise en études du Moyen-Orient à l’université. Je lui ai dit que moi aussi, j’avais étudié ce sujet, alors il s’est mis à me parler en arabe. Son arabe est magnifique, comme les vagues de la Méditerranée. Nous poursuivons la conversation et l’arabe coule de ma bouche, des mots que je n’ai pas utilisés depuis l’université trouvent, je ne sais comment, leur chemin à travers mes chordes vocales. Il me dit qu’il a un frère qui ne supporte pas le son de la langue arabe, mais nous nous accordons tous deux à trouver ce langage magnifique.

 

Roni a travaillé en temps qu’interprète lors de conférences économiques à Taba, un village touristique égyptien à la frontière israélo-égyptienne, traduisant de l’hébreu en arabe pour les gens originaires des nombreux pays arabes. Cela m’a intrigué que des économistes parviennent à réunir arabes et juifs à Taba, un territoire neutre local. Roni irradiait de fierté lorsqu’il m’a dit que les participants arabes l’avaient complimenté en lui disant que son arabe classique était meilleur que le leur. Il ne traduisait pas seulement le langage pour eux. Roni était un pont vivant entre deux cultures. En lui, l’âme arabe et l’âme juive résidaient côte à côte, dans le respect mutuel. Il a dédié sa vie à défendre sa patrie juive et à s’immerger dans le langage et la culture arabes. J’ai été surpris d’entendre que son père, qui est venu en Israël à l’âge de 15 ans, souhaite vivement retourner en Syrie, car il se sent plus à l’aise avec ses valeurs traditionnelles.

 

Les histoires de cet homme ont bouleversé mes théories au sujet des soldats et des Syriens. Je me demande si on ne parviendrait pas, en se basant moins sur les histoires habituelles de relations arabo-juives mais en s’intéressant plus à la personne assise à côté de nous dans le bus ou le train, à se mouvoir ensemble, de façon métaphorique, afin d’arriver à la destination souhaitée.

 

 

 

Ariel Katz

 

 

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Ariel Katz est américaine et vit en Angleterre. Elle a suivi des études en Moyen-Orient à l’université Cornell à New York et a vécu en Israël pendant trois ans travaillant aux relations arabo-juives. Elle travaille en temps que thérapeute par le jeu. Article rédigé pour le Service de Presse de Common Ground (CGNews).

 

 

 

© Source : Service de Presse de Common Ground (CGNews), 23 mars 2012, www.commongroundnews.org 

Reproduction autorisée.

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