16/1/2012

L’Unité des Chrétiens, infâme piquette ou grand cru ?


Le thème pour la Semaine de prière pour l’Unité des chrétiens du 18 au 25 janvier 2012 est ‘Tous, nous seront transformés par la victoire de Notre Seigneur Jésus- Christ !’ (1 Cor 15,51-58). Mais dans l’infidélité de la désunion, Dieu peut encore donner aux Églises la loyauté de reconnaître et le courage de rejeter ce qui se cache d’indifférence, de méfiance et même d’hostilité mutuelle. Les chrétiens ne sauraient se satisfaire d’un œcuménisme de ‘statu quo’ qui ne serait que tolérance ou bienveillance, simple coexistence pacifique, cohabitation dans l’indifférence.



En vue de la Semaine de prière pour l’unité chrétienne de janvier 2012, les Églises de Pologne qui en ont préparé le thème ont souligné combien les traditions ecclésiales auxquelles nous appartenons ont besoin d’être « changées, transformées et rendues semblables au Christ ».

 

Il y a tout juste vingt ans, le Groupe des Dombes publiait son document intitulé Pour la conversion des Églises dans lequel il appelait, lui aussi, nos différentes familles ecclésiales à se laisser transformer par Dieu, dans une fidélité toujours plus grande au Christ. À cet effet on recommandait que chaque tradition confessionnelle passât « à l’aveu de ses limites et de ses insuffisances » en se purifiant de tous ses éléments non évangéliques ; en discernant aussi ces éléments de tradition chrétienne bien vivants dans d’autres familles ecclésiales « qu’elle est incapable, au moins pour le moment, de recevoir et d’intégrer à sa propre existence ».

 

Au fil des années, le Groupe des Dombes a lancé des appels très précis à la conversion des Églises, notamment à propos de Marie, ou sur l’épineuse question de l’autorité doctrinale dans l’Église [1] ; au risque de bousculer les habitudes et les sécurités acquises. Dans son dernier document – « Vous donc, priez ainsi ». Le Notre Père, itinéraire pour la conversion des Églises – publié au printemps dernier, ce groupe francophone de théologiens catholiques et protestants a de nouveau souligné la nécessité de ces conversions au sein de nos familles confessionnelles. Fidèle à sa compréhension exigeante de l’unité chrétienne, il a rappelé que les chrétiens ne sauraient se satisfaire d’un « œcuménisme de statu quo qui ne serait que tolérance ou bienveillance, simple coexistence pacifique, cohabitation dans l’indifférence ».

 

Ce thème de la « conversion des Églises » a trouvé un écho bien au-delà du cercle ‘dombiste’ et un regard rétrospectif sur les dernières décennies permet de repérer ces « nombreux fruits de la conversion commune à l’Évangile, dont le mouvement œcuménique a été l’instrument grâce à l’Esprit Saint » [2].

 

Mais dans l’infidélité de la désunion qui reste la nôtre – pour le dire avec les mots de l’abbé Paul Couturier –, Dieu peut encore donner à nos Églises « la loyauté de reconnaître et le courage de rejeter ce qui se cache en nous d’indifférence, de méfiance et même d’hostilité mutuelle ». Parce que « les identités confessionnelles se sont cristallisées dans l’histoire à partir d’événements de rupture » [3], il nous faut, avec lucidité, déceler toute agressivité vis-à-vis de la manière dont d’autres chrétiens vivent leur identité ecclésiale.

 

Quand on pense à la manière dont les Écritures saintes nous parlent de cette nécessaire métanoia, on constate que le Dieu de la Bible est souvent présenté sous les traits d’un vigneron qui prend soin de sa vigne, image de l’Église : pour qu’ils portent des fruits abondants et de grande qualité, Dieu émonde les sarments. Sa vigne ne saurait produire une infâme piquette : aussi, sans complaisance, retranche-t-il toutes ces excroissances inutiles – l’exclusivisme identitaire, les complexes de supériorité… – pour qu’elles n’épuisent pas en vain la sève évangélique.

 

Dieu fasse à nos Églises séparées la grâce de la conversion : nos sarments émondés porteront alors des fruits de choix, gages certains d’un grand cru à savourer tous ensemble.

 

 

 

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Notes

 

[1] Voir la liste des publications sur www.groupedesdombes.org.

[2] Jean Paul II, Ut unum sint, 1995, n° 41.

[3] Pour la conversion des Églises, n° 31.

 

 

 

Fr. Frank Lemaître, op

Directeur du service national pour l’Unité des chrétiens –  Conférence des Evêques de France.

© Source : Editorial du numéro 164 de la revue Unité des Chrétiens – Octobre 2011