18/10/2015

Madame Hô




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Une amie m’a raconté l’histoire de Madame Hô et d’une jeune institutrice prénommée Julie. Je vais à mon tour vous la raconter.

 

Un soir, Julie, l’institutrice de CE2, est retournée à l’école, car elle avait oublié un livre sur son bureau. Or elle en avait besoin pour préparer sa leçon du lendemain.

 

Elle est rentrée rapidement dans le vestibule et, dans sa hâte, elle a failli tomber sur une femme accroupie devant la porte du bureau de la directrice. Cette personne tenait à la main un crayon et un papier. En se penchant, Julie lut le début du nom, pas facile à prononcer, de la directrice.

 

Qui était-elle ? Et pourquoi faisait-elle cela ?

 

Elle n’eut pas à réfléchir plus longtemps car la femme s’étant relevée rapidement, se tourna vers elle, joignit les mains et s’inclina pour la saluer en disant :

– « Bonjour, je suis Madame Hô, femme de ménage. »

 

Julie reconnut alors une cambodgienne qu’elle croisait quelquefois en quittant l’école. Elle lui tendit la main en lui répondant :

– « Je m’appelle Julie et je suis l’institutrice des CE2. Je suis contente de faire votre connaissance et d’avoir l’occasion de vous dire « merci » pour ma classe toujours si bien entretenue. »

 

Madame Hô garda sa main dans la sienne pour l’entraîner vers la chaufferie où un tuyau fuyait abondamment. Elle lui fit comprendre dans un français difficile qu’il fallait d’urgence téléphoner à la directrice. Ce que fit Julie.

 

Julie réalisait que, depuis un an, Madame Hô était au service de l’école. Et depuis un an elle n’avait jamais eu l’occasion de lui parler. Elle essaya d’échanger quelques mots sur la vie de l’école, mais Madame Hô  ne semblait pas la comprendre ni trouver les mots pour lui répondre et  il était visible que cela la remplissait de confusion… Cependant elle ne cherchait pas à interrompre ce moment amical en prenant congé.

 

Julie avait ressenti à travers les expressions  de son visage la souffrance que crée la solitude. Avant de la quitter, elle mit tant de chaleur dans son sourire que Madame Hô lui rendit un sourire éclatant.

 

Cette rencontre imprévue venait de créer un lien entre la femme et la jeune fille. Julie proposa à Madame Hô de lui enseigner le français. Elle dessina sur le tableau noir leurs deux silhouettes en train d’étudier et pointa le doigt vers l’une puis vers l’autre en lui disant :

– « Voulez-vous que nous nous retrouvions pour améliorer votre français ? »

 

Avec un sourire joyeux, Madame Hô acquiesça.

 

Semaine après semaine, Madame Hô apprit des mots puis des phrases que Julie écrivait sous des dessins. Tout doucement, elle se confiait à sa jeune enseignante qui devenait son amie. Elle avait vécu une si grande épreuve qu’elle s’était repliée sur son malheur sans trouver le courage d’aller vers les autres.

 

Son cœur s’allégeait enfin et la vie reprenait un sens. Julie lui dit :

– « C’est grâce à une fuite d’eau que nous nous sommes parlé. Un petit malheur peut amener un grand bonheur ! »

 

Un jour, madame Hô lui apporta un paquet de dessins en disant :

– « Dans mon travail si monotone, chaque soir je vois des rayons de soleil sur les dessins des enfants qui sont accrochés sur les murs de la classe. Ils y racontent leur vie. J’en aime les formes et les couleurs, alors j’ai acheté des crayons  et du papier à dessin pour  raconter mes souvenirs. »

 

A partir de ce soir là, madame Hô commença à écrire en français le récit de sa vie au Cambodge sous les dessins qu’elle avait réalisés : ceux qui reflétaient la joie et ceux qui témoignaient de sa peur et de ses larmes.

 

Elle décrivit sans peine son enfance heureuse où elle avait appris l’art de faire des bouquets et celui d’utiliser l’aquarelle en recherchant l’harmonie.

 

Elle progressait vite en français, et s’attardait sur ses souvenirs de jeunesse.

 

Il fallut beaucoup de temps avant que Madame Hô n’évoque la terreur qui s’abattit sur son pays… le massacre de sa famille et de ses amis…

– « J’ai pu m’enfuir et j’ai marché bien longtemps durant des nuits, car je me cachais dans des hautes herbes dès que des lumières ou la clarté de la lune pouvaient me signaler. Arrivée au bord de la mer, j’ai trouvé une barque déjà surchargée de fuyards et prête à prendre le large. Une main secourable m’a hissée ! »

 

Julie revivait tout ce qu’elle avait vu à la télé, toutes ces images qui l’avaient tellement impressionnée. Que de frayeurs durant la traversée ! Les vagues déferlantes secouant l’embarcation pendant des heures et même des jours…

 

Madame Hô continuait :

– « Nous avions soif. Nous avions faim. Nous avions le mal de mer. Les petits pleuraient et les grands gémissaient, exténués par le manque de sommeil et toujours sur le qui-vive !

Des bandes de pirates croisaient au large. Ils cherchaient à s’emparer du peu d’argent caché dans nos vêtements. Plusieurs fois les hommes durent les repousser en se battant avec la dernière énergie et certains y laissèrent leur vie.

A la fin,  notre embarcation partit à la dérive car plus personne n’avait la force de ramer. Par une chance extraordinaire, un paquebot français nous croisa.  Il recueillit à son bord les survivants épuisés. »

 

Elle ne put continuer son récit tant l’émotion la submergeait. Julie était bouleversée.

 

La semaine suivante, elle dit à Julie

– « Comme je suis reconnaissante envers tous ceux qui nous ont accueillis à Marseille ! On nous a conduits à l’hôpital où nous avons été si bien soignés avec tant de gentillesse ! Des bénévoles au service de diverses associations se sont démenés pour nous trouver un logement et un emploi.

Oui, depuis, j’ai mis tout mon cœur à accomplir mon travail dans cette école afin de remercier la France de ce qu’elle avait fait pour nous, « boat-people », comme on nous appelle. Et puis, maintenant, j’ai trouvé une amie si patiente qui me redonne le goût de vivre ! »

 

Dans un même élan d’affection, leurs mains se rejoignirent. Un jour, Julie arriva encore plus joyeuse que de coutume pour la leçon. Elle dit à son amie :

– « J’ai lu dans un hebdo l’annonce d’un concours de dessin sur le thème de la paix et de l’amitié entre les peuples. De plus le prix à gagner est un voyage dans le pays de son choix. Il faut absolument y participer… Habile dessinatrice comme vous l’êtes ! Et puis vous avez tant de choses à partager sur la paix ! Je sais combien vous rêvez de revoir votre pays qui sort enfin de la guerre… »

 

Ainsi encouragée, Madame Hô accepta de tenter sa chance … et elle gagna le concours. Son dessin montrait les bienfaits du partage entre deux personnes différentes par l’âge, la culture et le vécu et combien l’amitié pouvait guérir les plus cruelles blessures !

 

Madame Hô avait donc gagné le voyage.

 

Elle était prête à affronter son passé et la mémoire de tous ses amis disparus. Julie profita des grandes vacances pour l’accompagner mais avant, tous les écoliers se réunirent avec leurs enseignants, heureux d’applaudir le beau dessin et de leur souhaiter un « bon voyage ».

 

Madame Hô fit don de son dessin à l’école. La directrice le fit encadrer et depuis il est exposé dans le hall où chaque visiteur peut y lire son beau message de paix.

 

 

 

Marie-France Faure

Edition « Saveurs de Paix »  de PAX CHRISTI France

 

 

* * *

Pistes de réflexion

 

 

Les médias nous sensibilisent au fait que de nombreuses personnes ont fui et fuient encore leur pays d’origine et essaient de trouver, le plus souvent, un refuge en Europe.

 

Les mots : Boat People – Réfugiés – Camps d’accueil – Visa – ne sont pas inconnus de la plupart des enfants même si certains sont plus proches de ces réalités qui concernent quelquefois un de leurs proches. L’accueil des étrangers est un vrai débat pour notre siècle et il est lié à la courbe démographique de l’Europe comme critère principal…

 

Cette histoire tirée d’un fait réel cherche à situer le pourquoi de la demande d’asile ? A la suite de quelle tragédie est-on obligé de rompre avec toutes ses attaches ?

 

Il y a plusieurs sujets à traiter :

 

– La fuite de son pays natal

– L’accueil en France

– L’anonymat des grandes villes

– Le problème de la langue

– Les personnes qui donnent de leur temps et de leurs compétences pour se consacrer à l’alphabétisation…

– Les difficultés à se comprendre en parlant la même langue mais en ne donnant pas aux mots le même sens

– Le passé difficile à porter et le présent plein d’amertume… etc.

 

Les enfants peuvent enquêter sur les réactions de leur entourage. Il faut pouvoir mettre un nom sur les craintes rapportées ou entendues ici et là :

 

– Peur de celui qui n’a pas les mêmes coutumes, la même religion…

– Peur de celui qui vient « prendre » le travail ou vient augmenter le nombre des demandeurs d’emploi

– Hostilité envers celui qui reçoit des aides peut-être au détriment d’autres  demandeurs : Attribution d’un logement

–Secours financier

– Polygamie et allocations !…

Que de motifs de craindre l’étranger demandeur d’asile !

 

Quand on a cerné les craintes, on peut discuter de leur bien fondé, sans critiquer ceux qui les ont formulées ! C’est un bon apprentissage de la démocratie d’aborder chaque problème en trouvant la part du négatif et du positif pour chacun.

 

Cependant, ce bilan ne peut faire oublier que chaque être humain a le droit à la liberté, au respect de son intégrité physique et morale, que nous sommes tous solidaires dans un monde où les frontières de l’information n’existent plus et où l’on ne peut « jouer les sourds ».

 

Les valeurs laïques françaises dont celle de la fraternité, trouvent là un champ d’application. Les bénévoles des associations vivent cette valeur dans l’action humanitaire, sans frontières, et  ils peuvent venir témoigner auprès des jeunes. Le vote des citoyens qui donnent leur opinion  en choisissant leurs hommes politiques est un acte grave de conséquences Familiariser le jeune à ce devoir civique en  le  mettant en situation de vote à l’école peut lui donner des réflexes citoyens pour l’avenir…

 

Eventuellement :

L’accueil de l’étranger à l’école ou en famille :

 

 – Cela demande une préparation pour être réussi et bien vécu de part et d’autre. Il faut une certaine prudence surtout en famille où l’enfant aura tout à partager de l’intimité de la maison (Temps et affection des adultes – des lieux qu’il faudra partager et s’approprier – distractions dont télévision…)

– Vivre l’accueil d’un nouveau en cours d’année scolaire.

– Celui d’un enfant handicapé.

– Celui d’un étranger venant d’un pays en guerre.

 

 

* * *

Page de spiritualité chrétienne

 

 

Les Evangiles  racontent  les rencontres de Jésus avec des étrangers.

 

Evangile selon Saint Jean (4 / 1- 43)

 

Les Samaritains, habitants de la Samarie, une des provinces de Palestine, étaient jugés par les juifs comme infidèles à Dieu. Pourquoi ? Au lieu de prier dans le temple de Jérusalem, ils priaient sur une montagne, le Garizim.

 

Or, le Messie, l’Envoyé de Dieu, va au puits de Jacob, lieu de relation. Il y rencontre une femme qui a un passé difficile. Il veut éclairer sa vie.

 

Elle est Samaritaine. Cependant c’est à elle que Jésus confie « la source jaillissante de la vie », l’amour de Dieu pour elle et pour toujours. Le bonheur qu’elle reçoit, elle veut le partager avec tout le monde. Elle va chercher ses proches. C’est ainsi que le bien et la paix se répandent petit à petit et grandissent comme un fleuve.

 

Jésus n’a pas craint le regard réprobateur ou étonné de ses disciples, qu’il a scandalisé.

 

La Relation :

 

Il y a échange avec la Samaritaine car c’est Lui qui a demandé de l’eau. La relation s’établit sur un plan d’égalité grâce à  cette demande. C’est le « Rabbi », le maître qui prend l’initiative mais il ne domine pas « l’enseigné »  pour en faire son obligé.

 

Dans le conte « Mme Hô », la relation est aussi un échange ainsi une amitié véritable peut naître.

 

La Marginalisation : C’est un autre mot clef à faire découvrir.

 

Dans nos vies, cherchons tout ce qui met des étiquettes

– sur nous

– sur les autres

Pourquoi ? A la suite de quoi ?

 

On peut s’aider d’un texte comme celui du chant :

« A la croisée des solitudes » de Noël Colombier – Rond point 1 – Solitaire, rejeté, c’est le cas de beaucoup d’hommes.

 

Mettre du lien : Cherchons dans nos vies tout ce qui met du lien, tout ce qui permet d’entrer en relation avec l’autre :

Accueil – Hospitalité – Courrier – Visites – Jeux – Découvertes par le voyage etc.…

 

 

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