03/3/2015

Maria Biedrawa, combattante pour la paix


Maria Biedrawa est spécialiste de la non-violence. Cette Autrichienne de 58 ans passe la moitié de son temps en Afrique pour former des responsables à la réconciliation, travaillant en collaboration avec les Églises locales à l’élaboration d’une pastorale de la réconciliation. « Tout travail de paix est nécessairement lié à la contemplation. Qu’est-ce que la contemplation, sinon regarder Jésus, le prince de la paix ? Mon travail est une manière de conférer un côté opérationnel à l’Évangile… »



Maria Biedrawa est spécialiste de la non-violence. Cette Autrichienne de 58 ans passe la moitié de son temps en Afrique pour former des responsables à la réconciliation.

 

C’est une grande femme aux cheveux gris coupés court et au regard bleu très franc, emmitouflée dans un chèche vert. La carte de visite qu’elle tend a des allures inhabituelles : « Non-violence active inspirée de l’Évangile, dynamique de réconciliation, diacre de paix, formatrice, consultante. » Quelques jours après son retour du Burundi, Maria Biedrawa, 58 ans, évoque, avec la précision de celle qui connaît le terrain depuis des années, la situation politique et sociale de ce petit pays d’Afrique centrale, pas plus grand que la Belgique. 

 

Elle s’inquiète en particulier des disparitions d’opposants, de plus en plus fréquentes à l’approche des élections législatives prévues en mai 2015 et de l’élection présidentielle de juin. Elle s’indigne aussi des arrestations arbitraires, comme celle de Bob Rugurika, journaliste emprisonné dans la deuxième quinzaine de janvier et finalement relâché le 19 février 2015.

 

Accompagner des populations traumatisées

 

Voilà bientôt trois ans que Maria Biedrawa partage son temps entre la France et le Burundi, sollicitée par le principal diocèse du pays. Cette Autrichienne d’origine, qui a élu domicile à Compiègne, dans l’Oise, travaille deux mois sur quatre à « l’élaboration d’une pastorale de la réconciliation », en collaboration avec les Églises locales. Aux parents, elle donne des pistes pour élever leurs enfants dans une société paralysée par la violence. Avec les responsables du diocèse, elle parle d’« accompagnement des populations traumatisées », de « non-violence active », ou encore d’apprentissage de la réconciliation.

 

Sa soif d’engagement ne date pas d’hier. Durant sa jeunesse passée dans son pays d’origine, et marquée par la proximité avec le rideau de fer, l’Autrichienne a joué les contrebandières, faisant passer clandestinement des bibles et des documents en Tchécoslovaquie et en Pologne. « J’y suis allé vingt-cinq fois, il y avait toute une filière. C’est là qu’avec des jeunes de mon âge, j’ai appris à me déplacer dans une dictature. J’ai éprouvé ce que signifiait être persécuté pour sa foi », analyse-t-elle.

 

« Maria, que fais-tu de ta liberté ? »

 

Peu à peu naît une lancinante question. Elle ne la quittera jamais : « Maria, que fais-tu de ta liberté ? » C’est aussi durant ces années-là qu’elle expérimente pour la première fois la non-violence, en participant aux grèves du syndicat Solidarnosc. Son diplôme d’éducatrice spécialisée en poche, elle rejoint L’Arche en 1987, dirige de 1998 à 2005 l’une des communautés de l’association fondée par Jean Vanier, puis pilote les implantations de nouvelles maisons en Europe de l’Est.

 

« C’est à cette époque, durant laquelle j’avais à diriger des gens, que je me suis intéressée de plus près à la résolution des conflits. » Elle se plonge dans la littérature sur le sujet, découvre le Mouvement international pour la réconciliation (MIR), puis s’envole pour l’Afrique, en 2003. Sept semaines passées à Lubumbashi, dans le sud de la République démocratique du Congo, la font passer de la théorie à la pratique : « J’avais assez lu. Je voulais voir le terrain. » 

 

« Le meilleur de l’être humain peut émerger même dans les pires situations »

 

Cette première expérience, au lendemain de la signature de fragiles accords de paix, l’encourage à repartir. Par l’intermédiaire du MIR, dont elle préside la branche française entre 2005 et 2012, elle anime des sessions au Congo Brazzaville, au Gabon, au Rwanda ou au Soudan, invitée par les diocèses, les groupes locaux de « Justice et Paix », des responsables de communautés ou encore des représentants du MIR.

 

Elle évoque le travail de prévention de la violence mené au Togo au milieu des années 2000. « En 2005, une petite fille de 12 ans s’était fait tuer en allant chercher du pain, provoquant de grandes tensions. À la suite de cet événement, j’ai rencontré les enseignants, les policiers, les parents, les journalistes… pour réfléchir à la manière dont il est possible de prévenir ce genre de tragédies, et de réagir pour ne pas enclencher un cycle de violence. »

 

Elle l’admet, son combat peut paraître un peu utopique, dans des pays parfois au bord de l’explosion, ou sortant de décennies de tensions fratricides. Pourtant, elle veut y croire : « Le meilleur de l’être humain peut émerger même dans les pires situations. C’est ce qui me donne la force de continuer. »

 

 

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Son inspiration – Les ressources de la contemplation

 

Il y a une phrase que Maria Biedrawa cite souvent : « Bien-aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. Nous le savons : quand cela sera manifesté, nous lui serons semblables car nous le verrons tel qu’il est. »

 

Dans cet extrait de la première lettre de saint Jean, elle voit la confirmation que « tout travail de paix est nécessairement lié à la contemplation. Qu’est-ce que la contemplation, sinon regarder Jésus, le prince de la paix ? » Elle ajoute : « Mon travail est une manière de conférer un côté opérationnel à l’Évangile ».

 

 

 

Loup Besmond de Senneville

© Source : La Croix. 3 mars 2015