01/3/2016

Mgr Hector Fabio Henao Gaviria : “L’Église, un rôle essentiel dans les négociations en Colombie”


Invité à Paris par le Pôle Amérique latine de la Conférence des évêques de France, Mgr Hector Fabio Henao Gaviria, directeur de la Caritas Colombie, participe aux négociations entre le gouvernement colombien et les Farc, qui doivent s’achever le 23 mars 2016 à La Havane. L’Église est largement engagée dans ce processus de réconciliation nationale qui passe notamment par la prise en compte de la souffrance des victimes et le respect de leur droit à la vérité.



Invité à Paris par le Pôle Amérique latine de la Conférence des évêques de France (CEF), Mgr Hector Fabio Henao Gaviria, directeur de la Caritas Colombie, participe aux négociations entre le gouvernement colombien et les Farc, qui doivent s’achever le 23 mars 2016 à La Havane.

 

La Croix : Sur quoi portent les négociations qui doivent s’achever le 23 mars ?

 

Mgr Hector Fabio Henao : Il s’agit de négociations de paix, menées depuis 2012 et délocalisées à Cuba, entre le gouvernement colombien et les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc, marxistes).

 

Les deux parties se sont engagées à signer un accord définitif d’ici au 23 mars, afin de mettre fin à plus de 50 ans de guerre interne(1). Ces négociations portent sur six points : la réforme agraire intégrale, d’abord, car il s’agit de transformer profondément le monde rural, de réduire les grandes inégalités et de s’assurer que les guérilleros qui quittent les armes pourront travailler. La participation politique des FARC dans la démocratie, ensuite, en donnant de réelles opportunités de débats ouverts.

 

La cessation du trafic de drogue, troisièmement, en permettant aux paysans qui cultivent la coca de trouver de vrais débouchés économiques. L’accomplissement de la justice, également, en veillant à un équilibre entre les atrocités commises et les peines de prison infligées aux principaux responsables de ces atrocités. Un cessez-le-feu bilatéral et définitif entre les parties, qui empêche la répétition des violences. Enfin l’accompagnement des victimes. Sur ce dernier point, l’Église a un rôle essentiel à jouer.

 

Lequel ?

 

La Conférence épiscopale de Colombie (actuellement présidée par Mgr Luis Augusto Castro Quiroga, archevêque de Tunja) a été invitée à accompagner les victimes. À ce titre, elle participe depuis le début à la commission chargée d’entendre les victimes avant et pendant les négociations. Celle-ci a déjà tenu dix audiences.

 

On peut donc dire que l’Église est largement engagée dans le processus de réconciliation nationale qui passe par la prise en compte de la souffrance des victimes et le respect de leur droit à la vérité.

 

Dans bien des situations complexes, où les victimes sont isolées et démunies, l’Église est la seule présence institutionnelle. Et les paroisses jouent un rôle essentiel en offrant à toutes ces victimes la possibilité d’une réintégration dans la vie de la communauté.

 

Quels sont vos espoirs à la veille de la fin de ces négociations ?

 

Une réconciliation suppose d’aller de l’avant, de penser aux transformations indispensables qui devront se faire dans le pays, tant dans les infrastructures et les fonctionnements économiques (pour éradiquer la corruption massive, notamment des fonctionnaires), que dans les mentalités et les habitudes culturelles. Il faut notamment que tout le peuple colombien comprenne qu’il n’y a pas besoin d’être violent pour être reconnu.

 

Je suis moi-même particulièrement attentif au fait que cette guerre interne ne sera définitivement terminée que lorsque l’on aura également trouvé un processus de négociation avec l’autre guérilla (ELN, Armée de libération nationale). De plus, les paramilitaires (d’extrême-droite) sont toujours actifs dans de nombreuses régions.

 

L’Église est vigilante aussi à ce que les conflits apparus plus récemment autour de l’extraction minière et pétrolière soient également pris en compte. Sinon, ces nouveaux conflits se prolongeront et il n’y aura pas de paix possible.

 

 

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(1) Cette guerre civile a commencé en 1964, sous forme d’insurrection paysanne, puis s’est complexifiée au fil des décennies, en impliquant guérillas d’extrême gauche, paramilitaires d’extrême droite et trafiquants de drogue. Au total, la guerre colombienne a fait, selon les chiffres officiels, au moins 220 000 morts et six millions de déplacés.

 

 

 

Recueilli par Claire Lesegretain
© Source : La Croix. 1er mars 2016