18/12/2015

Migrations : déclaration du Grand Rabbinat d’Israël et du Saint-Siège


Le 17 décembre 2015, un communiqué commun sur les migrations a été publié à l’issue de la rencontre de la Commission bilatérale des délégués du Grand Rabbinat d’Israël et de la Commission du Saint-Siège pour les rapports religieux avec le judaïsme. “Juifs et chrétiens sont appelés à reconnaître les immigrants comme une ressource bénie à accueillir et respecter pour leur dignité humaine, et comme un potentiel pour contribuer à la croissance positive et au développement de la société.”



“Une ressource bénie à accueillir”

 

 

Juifs et chrétiens appellent « à reconnaître les immigrants comme une ressource bénie à accueillir et respecter pour leur dignité humaine ».

 

Un communiqué commun sur les migrations a été publié à l’issue de la rencontre de la Commission bilatérale des délégués du Grand Rabbinat d’Israël et de la Commission du Saint-Siège pour les rapports religieux avec le judaïsme (Jérusalem, 16-17 décembre 2015 ; Tevet 4/5, 5776).

 

« Juifs et chrétiens sont appelés à reconnaître les immigrants comme une ressource bénie à accueillir et respecter pour leur dignité humaine, et comme un potentiel pour contribuer à la croissance positive et au développement de la société », dit notamment cet important document.

 

La déclaration salue aussi la publication du document de la Commission pontificale pour les rapports religieux avec le judaïsme Les dons et l’appel de Dieu sont irrévocables (Romains 11, 29), publié le 10 décembre dernier.

 

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Commission bilatérale Grand Rabbinat d’Israël et Saint-Siège

 

Le défi des migrations

 

1. La Commission bilatérale des délégations du Grand Rabbinat d’Israël et de la Commission pour les rapports religieux avec le judaïsme du Saint-Siège, a tenu sa treizième rencontre à Jérusalem, au siège de la Fondation Konrad Adenauer, sur le thème : « Migrants et réfugiés : menace ou opportunité ? »

 

2. Le grand rabbin Rasson Arousi, président en fonction de la délégation juive, a accueilli le cardinal Peter Turkson, président de la délégation catholique, ainsi que ses collègues. Une minute de silence a ensuite été observée en mémoire du cardinal Jorge Mejia, premier co-président de la Commission bilatérale, décédé après la dernière rencontre. Un hommage a été rendu à la contribution historique qu’il a apportée au changement dans les relations entre catholiques et juifs, qui méritait d’être soulignée en ce temps où l’on célèbre le cinquantième anniversaire de Nostra ӕtate. Les participants ont aussi voulu adresser leurs vœux de totale et rapide guérison au grand rabbin Shear Yashuv Cohen.

 

3. La délégation juive a saisi cette occasion pour se féliciter du nouveau document publié par la Commission pontificale pour les rapports religieux avec le judaïsme, à l’occasion de ce cinquantième anniversaire. Le document, écrit pour les fidèles catholiques en tant que réflexion théologique sur le rapport entre l’Église et le peuple juif, et intitulé Pourquoi les dons et l’appel de Dieu sont irrévocables (Rm 11, 29), affirme la validité éternelle de l’Alliance divine avec le peuple juif, qui est appelé à être fidèle à la Torah. Le document affirme donc l’intégrité de la foi et de la compréhension juive de l’Écriture et redit qu’il n’y a aucune intention de la part de l’Église de convertir les juifs. Le texte parle aussi avec satisfaction des rencontres et des déclarations de ce Comité bilatéral de la Commission pontificale et du Grand Rabbinat d’Israël et exhorte à une plus grande coopération entre l’Église et le peuple juif pour un monde plus juste et pacifié, pour « tikkun olam bmalkhut Shadai ».

 

4. Il était donc très opportun que cette rencontre de la Commission bilatérale se soit centrée sur l’immense crise humanitaire actuelle qui assume la forme de centaines de milliers de réfugiés qui cherchent asile, et sur les défis que tout cela suppose.

 

5. Les interventions et les débats ont mis en lumière un certain nombre de questions :

 

a- Les tensions entre le devoir d’accueillir et d’ « aimer l’étranger comme toi-même » (cf. Lévitique 19,34) et la réponse due aux responsabilités envers sa propre identité, société, communauté et mission religieuse spécifique.

 

b- Le défi lancé par la migration soulève une question quant à la plénitude et à l’authenticité de l’existence et de l’expérience humaines. Il soulève des exigences morales de respect de la dignité humaine qu’aucune conscience honnête ne peut ignorer.

 

c- En conséquence, juifs et chrétiens sont appelés :

 

–       à affronter ces défis et à faire le maximum pour garantir que l’Image divine (Genèse 1,27) selon laquelle tous les hommes sont créés, soit respectée et pleinement promue parmi les populations de migrants et de réfugiés ;

 

–       à reconnaître les immigrants comme une ressource bénie à accueillir et respecter pour leur dignité humaine, et comme un potentiel pour contribuer à la croissance positive et au développement de la société ;

 

–       à aider à influencer l’opinion publique et les législatures afin qu’elles règlementent et appliquent de manière plus efficace les procédures d’immigration, en tenant compte des destinations de préférence des migrants eux-mêmes.

 

6. La Commission bilatérale a assisté à une présentation des initiatives israéliennes pour faire face au fléau des réfugiés et des victimes du conflit.

 

 

Grand-rabbin Rasson Arussi (Président de la délégation juive)

Cardinal Peter Kodwo Turkson (Président de la délégation catholique)

Rabbin David Brodman

Rabbin professeur Daniel Sperber

Rabbin David Rosen

Monsieur Oded Wiener

Rabbin Shmuel Shapira

Patriarche Fouad Twal

Archevêque Bruno Forte

Archevêque Giuseppe Lazzarotto

Évêque Giacinto-Boulos Marcuzzo

 

 

© Traduction de Zenit, Constance Roques

© Source : Zenit. 18 décembre 2015

 

 

 

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Responsables juifs et catholiques

se penchent sur la crise migratoire

 

 

JERUSALEM- La délégation du Grand Rabbinat d’Israël et la commission du Saint Siège pour les rapports religieux avec le judaïsme ont tenu leur réunion bilatérale annuelle à Jérusalem jeudi 17 décembre, à la Fondation culturelle Konrad Adenauer, sur le thème des “migrants et réfugiés : menace ou opportunité ?”

 

Le grand rabbin Rasson Arousi, président de la délégation juive du Grand Rabbinat d’Israël a accueilli le cardinal Peter Turkson, président du Conseil pontifical Justice et Paix, et chef de la délégation catholique. La rencontre a débuté par une minute de silence en mémoire du Cardinal Jorge Mejia, le premier secrétaire catholique de cette commission bilatérale, décédé en décembre 2014. Alors que la déclaration conciliaire Nostra aetate fête cette année ses 50 ans, les participants ont rendu hommage à la contribution “historique” du cardinal Meija au dialogue judéo-chrétien, et ont également envoyé leurs vœux de prompt rétablissement au grand rabbin Shear Yashuv Cohen.

 

Progrès significatifs dans le dialogue judéo-chrétien

 

La délégation juive a tenu à exprimer sa globale satisfaction au sujet du dernier document publié il y a quelques jours par la commission pontificale pour les rapports religieux avec le judaïsme, intitulé « les dons et l’appel de Dieu sont irrévocables » (Rm, 11, 29), lequel proclame l’éternelle validité de l’Alliance divine conclue avec le peuple juif, appelé à rester fidèle à la Torah. Autre point essentiel affirmé par ce même document : l’Eglise affirme catholique déclare solennellement s’abstenir de toute tentative active de conversion ou de mission vis-à-vis des juifs.

 

Il a été décidé d’un commun accord que cette rencontre annuelle serait centrée sur la grave crise humanitaire provoquée par l’augmentation spectaculaire du nombre de réfugiés et demandeurs d’asile dans le monde. Ce thème a d’abord été présenté par le grand rabbin Rasson Arousi, -pour la perspective juive-, et par Mgr Bruno Forte, évêque de Chieti-Vasto en Italie, -pour la perspective chrétienne.

 

“Aimer l’étranger comme soi-même”

 

Les discussions ont mis en exergue plusieurs aspects fondamentaux : l’obligation d’accueillir et « d’aimer l’étranger comme soi-même » (Lev. 19, 34) tout en répondant aux responsabilités inhérentes à sa propre identité, société, communauté et à sa mission religieuse spécifique. Les défis posés par les mouvements migratoires, insistent encore les participants à cette rencontre, soulèvent également des exigences morales en termes de dignité de la personne humaine, exigences qu’aucune conscience ne peut décemment ignorer.

 

Pour relever ces défis, juifs et chrétiens sont donc appelés à faire leur possible pour s’assurer que “l’Image de Dieu” (Genèse 1, 27) à laquelle toute l’humanité est créée, soit respectée parmi les populations migrantes et réfugiées ; appelés à reconnaître les immigrants comme une bénédiction à accueillir et respecter, et pouvant contribuer de manière positive à la croissance et au développement de la société ; appelés à influencer l’opinion publique et les législatures pour une meilleure régulation des procédures migratoires, tout en étant attentifs aux destinations choisies par les migrants eux-mêmes.

 

 

 

© Source : Patriarcat latin de Jérusalem. 18 décembre 2015