17/10/2017

MISERE ET MISSION


Depuis 30 ans, le 17 octobre, une Journée Mondiale du refus de la misère honore les victimes de l’extrême pauvreté. Ensemble brisons le silence est l’un des cris lancés par une organisation1 qui tient à donner la parole aux victimes de ce fléau et à s’opposer catégoriquement à sa fatalité



Depuis 30 ans, le 17 octobre, une Journée Mondiale du refus de la misère honore les victimes de l’extrême pauvreté. Ensemble brisons le silence est l’un des cris lancés par une organisation1 qui tient à donner la parole aux victimes de ce fléau et à s’opposer catégoriquement à sa fatalité.

 

Du 15 au 22 octobre une Semaine Missionnaire mondiale invite les catholiques à retrouver et à vivre leur vocation missionnaire sous le titre Ensemble osons la mission. On sait que les pratiques de temps dits de chrétienté ont pu défausser les fidèles de leur vocation à l’apostolat en la transférant à des corps de spécialistes envoyés proposer la foi aux quatre coins du monde. Avec Vatican 2 une cohérence de fond a été rétablie. Elle s’exprime en formules lapidaires : De sa nature l’Église est missionnaire et la vocation chrétienne est aussi par nature vocation à l’apostolat.

 

La correspondance des deux dates, l’une contre la misère, l’autre pour la mission, met en prés ence des catégories bien étrangères l’une à l’autre. Lutter pour libérer l’homme écrasé par la précarité et ses maux d’un côté, annoncer, de l’autre, la Bonne Nouvelle d’un Salut surnaturel de l’autre !

 

Et pourtant !

 

Une première forme de misère provient de la pénurie économique. La faim, la soif, le dénuement, l’absence de logement, meurtrissent les corps, altèrent les santés au point de conduire leurs victimes à l’obsession de chercher des réponses urgentes à mleurs besoins primaires. La Mission n’est pas loin. Le Jugement dernier présenté dans l’évangile est à ce sujet des plus explicites.2 L’Abbé Pierre déclarait à des étudiants venus lui donner un coup de main3 : Avant de parler de Dieu à quelqu’un donnez-lui une couverture et un toit. Ainsi la mission chrétienne se doit-elle d’être d’abord humanitaire. Et qui en douterait devrait méditer la parole de Jésus sur ceux qui versent en offrande sacrée les secours qu’ils devraient affecter aux soins de leurs parents.

 

La misère est aussi le fruit amer de la dégradation des rapports sociaux, par indifférence et par peur, par dureté du cœur, jusqu’à provoquer de cruelles marginalisations. Gangrène sociale d’une culture du déchet qui multiplie les exclusions pour des raisons de handicap, de pauvreté économique, de différences sociales, religieuses, de xénophobies, de racismes. … Donner la parole, (r)établir des relations d’égalité, se présente alors comme un projet majeur des combattants contre la misère. Serait-il en dissonance avec la mission d’une Bonne Nouvelle qui proclame la profonde égalité de tous, demande de la respecter et de la promouvoir dans un esprit fraternel qui passe les frontières ? Au point d’ériger en commandement l’amour du prochain, fut-il un ennemi ?

 

La misère atteint les esprit quand l’ignorance ou les manipulations les tiennent sous les éteignoirs de l’erreur ou du mensonge. Quand le comportement de la majorité, le consumérisme, l’individualisme, le sentiment d’être propriétaires des ressources de la Planète, prennent valeur d’exemple. Permettre alors la prise de parole par les plus pauvres, susciter leur réflexion, libère de ces misère. Ici encore la mission chrétienne se trouve vivement concernée car elle appelle à la recherche de la vérité, dans tous les compartiments de l’existence humaine, sous le constat initial qu’un principe de gratuité se tient à l’origine de tout homme et fonde la finitude de sa condition.

 

La pire des misères est celle du cœur. Elle enferme dans l’isolement, blesse profondément la dignité par carence de reconnaissance. La privation d’une parole donnée ou adressée, fut-ce celle d’un regard, b-à-ba souvent oublié de la communication, peut être destructrice ! A l’inverse la gratitude du mendiant salué en passant : Vous m’avez dit bonjour ! Jésus partageait la table de pécheurs, considérait la prostituée comme un personne à part entière, répondait à la demande du Centurion. Les premiers pas de la Mission prenaient chez lui ceux d’authentiques relations.

 

Ensemble briser la misère préalable incontournable pour Oser ensemble la Mission. Des engagements distincts mais profondément reliés.

 

 

 

Père Michel Dagras