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On ne meurt pas pour la guerre

Je ne sais pas pour vous, mais je n’aime pas beaucoup les hommages militaires qui nous titillent dans de très anciens besoins psychologiques d’ordre, de gloire et de puissance.

 

Dernières en date, les célébrations du 11 novembre ont été l’occasion, une fois encore, de déployer tout le faste républicain pour cette journée qui, désormais, fait mémoire de tous les militaires tombés au cours des conflits passés. Devant l’Arc de triomphe (!) à Paris, le jeune président français, qui est issu de cette génération qui n’a pas eu à faire son service militaire, rendait un vibrant hommage aux anciens combattants, morts et vivants. Un peu partout en France, aussi, devant les milliers de monuments aux morts qui ont fleuri après la guerre de 14-18, les responsables locaux ont fait sonner l’appel au cessez le feu, avant d’entonner des Marseillaises plus ou moins tonitruantes.

 

Il n’est pas question pour moi, ici, de manquer de respect à nos aïeux. Tous ceux qui sont tombés dans les tranchées de Verdun, au pied des murs des fusillés ou au cours des attentats dans les pays en guerre où la France continue d’opérer aujourd’hui encore pour maintenir la paix, méritent notre profond respect. Mais peut on vraiment parler de “morts pour la France” quand tant d’entre eux n’ont été que des pions sur le grand échiquier politique et économique de leur temps ? Leur courage personnel ne veut pas dire forcément assentiment personnel à l’emballement guerrier de leur temps. Tous ceux qui ont pu revenir de ces terres meurtries n’ont eu, pour la plupart, d’entre eux qu’une seule hâte : celle d’oublier la boucherie et les horreurs dont ils ont été témoins et dont leur chair et leur esprit portent souvent durablement et douloureusement les marques.

 

Ne serait-il pas temps d’apprendre à nos jeunes générations que ce ne sont pas les victoires (ou les défaites) militaires qui ont forgé nos pays ou permis la paix entre des peuples différents ? Car ce sont bien surtout toutes ces personnes, ces mouvements, ces territoires qui ont résisté activement à la violence, à la folie collective, aux appels à la délation, qui ont profondément préparé des coeurs aux réconciliations impossibles, malgré les insupportables drames de la guerre.

 

Au moment des commémorations des défunts, le 2 novembre dernier, le pape François s’est rendu dans un cimetière militaire américain en Italie. Au milieu du sinistre alignement des croix blanches qui témoignent de l’engloutissement de la vie de tant de jeunes hommes, il a lancé un cri qui devrait retentir fort dans nos communautés chrétiennes (et les autres) : « Tant de fois dans l’histoire, des hommes ont pensé faire la guerre, convaincus de porter un monde nouveau, de créer un printemps : cela a fini en hiver mauvais, cruel, dans le règne de la terreur et de la mort ». Et de commenter son geste : « Les guerres ne produisent rien d’autre que des cimetières et des morts : c’est pour cela que j’ai voulu donner ce signe à un moment où notre humanité semble ne pas avoir appris la leçon, ou ne pas vouloir l’apprendre. Aujourd’hui, nous prions pour tous les défunts, mais surtout pour ces jeunes, au moment où tant de batailles se déroulent chaque jour dans cette guerre par morceaux. (…) C’est cela la guerre : la destruction de nous-mêmes. »

 

Pas de quoi pavoiser donc. D’ailleurs, sur l’Arc de Triomphe parisien, quatre grandes fresques proposent une synthèse par l’absurde des conflits patriotiquement célébrés sur le monument, alignant les noms des victoires de la Révolution et des campagnes napoléoniennes. On y voit l’évocation du “départ des troupes”, de la “résistance”, du “triomphe”, et enfin celle de la “paix”. Dans cette dernière fresque, un soldat nu rengaine son épée dans son fourreau. Derrière lui, une femme prend soin de son enfant, un homme de sa terre et un aîné dompte la puissance impulsive du taureau. 

 

Et si on commençait par ça, la prochaine fois ?

 

Dominique Lang, aa,

Aumônier Pax Christi France

 

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