31/3/2010

Pâques 2010 : Ensemble, redécouvrir le mystère pascal


Depuis sa fondation en 1925 par Dom Lambert Beauduin, un pionnier de l’œcuménisme, l’abbaye de Chevetogne veut être un lieu de prière, de rencontre et de travail théologique pour l’unité des chrétiens de toutes dénominations. La spécificité de ce projet monastique tient à ce que les deux rites ont été adoptés en vue de la réconciliation de l’Orient et de l’Occident chrétiens, par delà les ruptures confessionnelles. A l’occasion de la Pâques 2010, le frère Simon, moine de cette abbaye, souligne la richesse de vivre ensemble le mystère pascal.



Ensemble, redécouvrir le mystère pascal

comme source de l’unité de l’Eglise et de la paix entre les hommes

 

 

D’une manière paradoxale, j’aimerais commencer en donnant un peu de relativité à la question de la date de Pâques. Elle fut l’objet de controverses dès les premiers siècles de l’histoire de l’Église. Certains voulaient célébrer Pâques à une date fixe, donc la plupart du temps en semaine, la date correspondant au 14 nisan, jour de la mort du Christ. Il s’agissait de chrétiens orientaux vivant en Asie mineure. On les appelait  les « quartodécimans ». Les autres suivaient l’usage de l’Église de Rome et préféraient que Pâques se célèbre toujours le dimanche, jour par excellence de la résurrection. Cet usage a prévalu dans la suite.

 

Ce qui nous intéresse ici d’un point de vue de paix et de réconciliation, c’est que sur ce sujet, Irénée de Lyon, dont le nom en grec signifie « le pacifique » écrivit une lettre au pape Victor pour lui dire qu’en soi l’usage de Rome était le meilleur, mais qu’il ne fallait pas en faire nécessairement une loi obligatoire pour l’Église entière, sous peine de rupture de communion. Apparaissait ainsi le sage principe de l’unité sur l’essentiel de la foi dans la diversité des usages et des traditions particulières. J’aimerais aussi citer un fait de la vie de saint Benoît. Un jour de Pâques, alors qu’il vivait encore comme ermite, Benoît reçut la visite d’un prêtre de la région, venant lui offrir de bonnes choses à manger pour la fête. Le saint fut surpris d’apprendre que c’était Pâques, car pour lui tous les jours, c’était Pâques.

 

Ceci dit, en cette année, nous célébrons Pâques le même jour. Cela nous donne de l’occasion de redécouvrir que l’unité de l’Église et la paix entre tous les hommes ont leur source dans le mystère pascal, qui est un mystère de pardon et de réconciliation. Que la célébration commune de la « fête des fêtes » en cette année nous aide à revenir à l’essentiel et à progresser vers davantage d’unité !

 

* * *

 

Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais ait la vie éternelle. La source de tout le mystère pascal  réside dans l’amour éternel et miséricordieux du Père pour l’humanité. Cette divine miséricorde s’est manifestée dans la mort sacrificielle et la résurrection du Fils. Sacrifice ne veut pas dire ici anéantissement, mais passage vers le Père pour ramener à l’unité les enfants de Dieu dispersés. Pâques, c’est la joie du salut qui éclate. La résurrection du Christ est la grande nouveauté qui résout  les ténèbres de nos existences. Le Ressuscité est là qui nous offre une vie  autre que celle que nous avons menée jusqu’ici.

 

Dans la résurrection du Seigneur réside  le grand mystère de notre réconciliation, le pardon de Dieu accordé à toute l’humanité, la grande absolution du Père sur  l’histoire humaine. Il ne suffit pas en effet de dire que Dieu nous pardonnera certainement ou qu’il nous pardonne maintenant, mais pour rendre vraiment toute le pensée d’un saint Paul, il faut dire que Dieu nous a déjà tout pardonné. Notre conversion n’est jamais rien d’autre que la découverte émerveillée  d’un pardon gratuit, immérité, total et définitif.

 

Dans le Christ, Dieu nous donne la vie éternelle.  Tout notre être est fait pour la vie et promis à la résurrection et à la vie éternelle. Notre Dieu n’est pas le Dieu des morts mais le Dieu des vivants. Ainsi donc à Pâques, l’Église ose  proclamer que le péché n’est ni le premier ni le dernier mot du christianisme. La seule réalité essentielle, appelée à perdurer, c’est la Vie, la Réconciliation, l’amour éternel.

 

 

 

Frère Simon

Monastère de Chevetogne

© Source : http://www.monasterechevetogne.com/ – 31 mars 2010