14/9/2015

Parvis des Gentils : humanité, dialogue entre croyants et non-croyants


Du 23 au 27 septembre 2015, le parvis des Gentils, qui a déjà parcouru de nombreuses villes du monde pour promouvoir le dialogue entre croyants et non croyants, retourne à Assise en Italie, pour la deuxième fois depuis 2012. Organisé par le Conseil pontifical pour la culture, cette rencontre, intitulée “Parvis de François : humanité, dialogue entre croyants et non-croyants”, se veut sous le signe d’une commune humanité dans le sens à la fois des “fils d’Adam et dans le sens d’une humanité faite de charité et de solidarité.



Le Parvis des Gentils retourne à Assise, pour la deuxième fois depuis 2012. Du 23 au 27 septembre, le parvis qui a déjà parcouru de nombreuses villes du monde pour promouvoir le dialogue entre croyants et non croyants, s’installera dans la ville de Saint François, l’homme qui n’a pas eu peur de dialoguer avec le sultan d’Egypte, d’apprivoiser les loups, d’embrasser les lépreux.

 

Une cinquantaine de rendez-vous figurent au programme de ces cinq journées de rencontres avec des personnalités de la société civile, du monde politique et des arts, dans un climat d’écoute et de dialogue. Parmi les 90 intervenants, figurent l’architecte espagnol Santiago Calatrava, le photographe italien Olivero Toscani et Moncef Ben Moussa, le directeur du Musée du Bardo, le plus prestigieux de Tunisie visé en mars dernier par un attentat sanglant.

 

Dans l’air du temps, le parvis des Gentils veut promouvoir le dialogue mais aussi la charité, la miséricorde, la compassion, la compréhension, la tendresse, la générosité. A Assise, on parlera donc de dignité humaine et du sens premier de l’économie, à savoir de la loi qui régit la coexistence humaine et pas seulement les marchés. La parole sera également donnée à l’art qui, a précisé le cardinal Ravasi, président du Conseil pour la culture, a pour tâche de représenter l’invisible dans ce qui est visible.

 

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Intervention du cardinal Ravasi

Président du Conseil pontifical pour la culture

 

C’était un lieu ouvert, où les regards des personnes, très différentes entre elles, pouvaient se croiser – même à distance – où l’on pouvait échanger quelques mots, où l’on voyait aux visages que tout le monde était finalement pareil. C’était à cela que servait le « Parvis des Gentils », de l’antique Temple de Jérusalem.

 

Depuis quelques années, ce « parvis » symbolique, siège du dialogue entre croyants et non-croyants, est implanté dans de nombreuses villes du monde.

 

Cette année, pour la deuxième fois, après la magnifique expérience de 2012, il sera de retour à Assise, et deviendra le « Parvis de François », du nom de l’homme qui n’a pas craint de dialoguer avec le sultan d’Egypte, d’embrasser un lépreux, de mettre la création au cœur d’un chant choral.

 

Du 23 au 27 septembre dans sa ville et dans son couvent, transformés en « parvis » de rencontre, afflueront des personnalités politiques, des intellectuels, des artistes mais aussi tant d’hommes et de femmes prêts à écouter et à parler.

 

Malgré la symbolique des événements et des espaces et la grande variété des thèmes, tout le monde retrouvera son identité la plus profonde au-delà des différences de foi, d’idées, de comportements, d’appartenances politiques et sociales, dans ce parvis.

 

Le mot HUMANITÉ sera en effet au centre, dans sa double signification. D’un côté, celle-ci nous rappelle que nous sommes tous des fils d’Adam, donc membres de la même famille, liés par des liens fraternels entre nous et avec la terre qui nous accueille et nous nourrit. De l’autre, l’« humanité » dans un sens métaphorique, signifie charité, miséricorde, compassion, tendresse, des vertus que nous devons faire briller à nouveau pour cohabiter en toute sérénité, l’un à côté de l’autre.

 

Tous ensemble, à Assise, dans le « Parvis de François » – à travers la société, l’art, la pensée, la beauté – nous pouvons, ainsi, retrouver l’harmonie dans la diversité.

 

Comme l’affirmait Konrad Adenauer, le siècle dernier : « Nous vivons tous sous le même ciel mais n’avons pas tous le même horizon ».

 

Le ciel du « parvis » d’Assise pourra accueillir tant d’horizons différents et les recomposer en une grande mosaïque, celle d’une humanité variée et unie.

 

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Intervention du père Enzo Fortunato, ofm

Directeur du bureau de presse au Saint-Couvent d’Assise

 

« Homo sum, humani nihil a me alienum puto. » Autrement dit : « Je suis un homme ; je considère que rien de ce qui est humain ne m’est étranger. »

 

C’est à Térence (en latin Publius Terentius Afer) que l’on doit une des premières définitions du mot « humanité », un des concepts les plus nobles de notre civilisation, comme pour nous indiquer la nécessité d’être cordiaux, bienveillants, affables avec les autres. Cette humanité trouve ses racines dans le nom propre Adam – le premier homme – qui signifie « tout l’univers » en grec. Il s’agit en effet d’un acronyme formé de quatre lettres qui sont, dans la langue grecque, les initiales des quatre points cardinaux : Anatole pour l’Est, Dysis pour l’Ouest, Arktos pour le Nord, et Mesembria pour le Sud. Ensemble, les premières lettres de ces mots forment le nom d’Adam : raison pour laquelle Adam, son humanité, couvre tout le globe terrestre. Un jour celle-ci s’est retrouvée à un seul endroit, elle est tombée et s’est brisée en morceaux. Mais la miséricorde de Dieu a ramassé tous les morceaux, les a réunis en Jésus, le nouvel Adam, et les a fondus dans le feu de l’amour, remettant ensemble ce qui avait été séparé.

 

Animés par un projet, les motifs pour marcher ensemble peuvent tour à tour devenir plus forts, comme dans l’apologie des trois tailleurs de pierre, où l’on raconte que, durant la construction d’une cathédrale, au Moyen Age, une même question fut posée à trois ouvriers : « Que fais-tu ? — Comme tu le vois, je taille des pierres, répliqua le premier d’un ton agacé. Le deuxième répondit : — Je travaille pour moi et ma famille. Mais le troisième dit : — Je suis en train de construire une grande cathédrale. » Cette histoire montre bien que tout le monde travaille à la même activité mais dans des objectifs différents, car chaque personne marque toute chose qu’elle fait du sceau de son humanité, de son individualité et de sa spiritualité.

 

A Assise, cette humanité se retrouve pour devenir « fraternité ». François d’Assise l’avait bien compris et il le théorise dans le Cantique des Créatures, où chaque chose ne nous est pas étrangère, n’est pas « aliène » mais nous appartient. Pour nous aider à vivre cela, il y a un épisode du frère d’Assise raconté dans Le Miroir de la perfection, où un frère lui demande quel était selon lui un frère parfait, l’homme parfait. Nous, comme François nous répondons que l’homme parfait est celui qui sait capter chez l’autre des aspects positifs, ses qualités. Un cheminement qui n’est pas simple car il s’agit de chausser les lunettes qui savent lire en profondeur, qui savent dépasser les préjugés et comprendre que les différences, dans la plupart des cas, enrichissent l’humanité, ne l’appauvrissent pas.

 

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Intervention d’Oliviero Toscani

Photographe

 

Saint François était un chroniqueur de son époque, il courait les routes du monde véhiculant  une image ancrée à l’évangile et à contre-courant. Aujourd’hui nous dirions une « star du rock » qui chantait les beautés de la vie. De l’homme jusqu’à la création, avec un courage qui ne bouleversait pas les personnes mais les rassemblait en les respectant pour ce qu’elles étaient.

 

Il n’avait pas d’habit sur mesure pour faire partie de la classe des bienpensants mais l’habit du paysan, de celui qui vit de la terre et l’aime.  Et c’est en ce sens que l’encyclique du pape François, ce sont nos ouvriers qui l’écrivent chaque jour.

 

A Assise, je dirai aux jeunes qu’ils ont une grande possibilité, une grande occasion. Aujourd’hui tout le monde sait faire de la photo, tout le monde sait écrire, mais être des témoins de ce qu’ils voudraient améliorer signifie non seulement regarder, mais voir. Ne pas juger mais rapporter. Pour être des témoins de leur temps.

 

Paraphrasant saint François qui aimait dire «  je veux travailler et je veux que tout le monde travaille », je voudrais que tout le monde ait une grande possibilité, donner l’image d’un monde meilleur.

 

Si tous, comme saint François nous décidions de devenir pauvres nous deviendrions tous ensemble plus riches.

 

 

 

© Traduction de Zenit, Océane Le Gall

© Source : Radio Vatican. 14 septembre 2015 – Zenit. 15 et 16 septembre 2015