15/12/2014

Patriarche orthodoxe Jean X d’Antioche : “Pour aider les chrétiens, arrêtez la circulation des armes !”


Durant son séjour aux États-Unis à l’occasion de l’intronisation du nouveau métropolite de l’Église orthodoxe d’Antioche dans ce pays, le patriarche d’Antioche Jean X a accordé une interview au site ‘Al-Monitor’, basé à Washington et spécialisé dans les informations concernant le Moyen Orient. “Notre message est en faveur de la paix, comment trouver une solution pacifique pour la Syrie. Nous espérons trouver une solution pacifique par le dialogue politique et que soient coupées toutes ces sources de financement et d’armes à tous ces rebelles…”



Durant son séjour aux États-Unis à l’occasion de l’intronisation du nouveau métropolite de l’Église orthodoxe d’Antioche dans ce pays, Mgr Joseph, le patriarche d’Antioche Jean X a accordé une interview au site « Al-Monitor », basé à Washington et spécialisé dans les informations concernant le Moyen Orient.

 

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Al-Monitor : Le métropolite Joseph a été décrit comme un « fils de Damas » ayant un intérêt particulier à protéger les chrétiens au Moyen Orient. Prévoyez-vous que l’Église [d’Antioche] des États-Unis jouera un rôle plus grand au sujet du sort des chrétiens dans la région ?

 

Patriarche Jean X d’Antioche : Nous avons un archidiocèse immense ici, environ 270 paroisses, 500 prêtres et diacres, ainsi que 9 évêques. Nous plaçons un grand espoir dans le travail ecclésial que cet archidiocèse peut faire pour que tout notre peuple témoigne de Jésus-Christ. Nous sommes une seule Église, une seule famille et tous nos fidèles ici ont des racines en Syrie, ou au Liban, ou en Palestine ou en Irak, et ils aident spirituellement et financièrement. Du côté financier ils envoient [de l’aide] au patriarcat afin d’aider notre peuple en Syrie, particulièrement de nos jours. Il y a environ 2 millions de chrétiens en Syrie et nous avons de nombreux besoins actuellement. Nous essayons d’aider tous les hommes, sans distinction entre musulmans et chrétiens, nous donnons aux musulmans et aux chrétiens.

 

Plus tôt cet année a eu lieu une conférence se concentrant sur la protection des chrétiens au Moyen Orient, qui s’est tenue à Washington. À-t-elle eu une incidence ?

 

Nous attendons. Nous attendons. Nous attendons pour voir quelque action. Nous avons terminé la conférence par un communiqué [exhortant] les gouvernements [du monde] à trouver une solution pacifique, une solution par le dialogue, non par les autres méthodes – la question la plus importante est de faire pression sur tous pour trouver une solution pacifique pour la Syrie.

 

Quel a été votre message lors de vos rencontres avec les officiels américains et autres ?

 

Notre message est en faveur de la paix, comment trouver une solution pacifique pour la Syrie, c’est la chose la plus importante. Et la seconde est que nous, en tant que chrétiens, nous ne sommes pas des hôtes de passage, nous ne sommes pas des visiteurs. Nous sommes originaires de ces contrées, et nous y vivons, et nous vivrons encore ici. Où que nous allions, on nous demande, restez-vous en Syrie, ou en Irak, ou au Liban ? C’est une question très sensible et difficile. Mais nous croyons que la solution n’est pas d’envoyer des navires de guerre ou des navires de transport pour nous amener à l’étranger. Nous demandons à tous les gouvernements de s’engager pour la paix. Si vous voulez nous aider comme chrétiens, nous protéger en tant que chrétiens, vous devez trouver une solution pacifique pour la Syrie et le Moyen Orient. Vous ne pouvez me protéger moi seul si mon voisinage n’est pas en bon ordre.

 

Un aspect clé de la politique des États-Unis est de permettre aux rebelles dits modérés à aider une telle solution politique. Comme voyez-vous cela ?

 

Nous espérons trouver une solution pacifique par le dialogue politique et que soient coupées toutes ces sources de financement et d’armes à tous ces rebelles.

 

Vous avez été touché à titre personnel par la violence. Avez-vous des nouvelles de votre frère (Paul Yazigi, métropolite de l’archidiocèse orthodoxe d’Antioche d’Alep) et de l’évêque syriaque Mar Gregorios Yohanna Ibrahim, qui ont été enlevés l’an passé ? Avez-vous découvert qui est responsable ?

 

Malheureusement, nous n’avons aucune nouvelle. Nous avons peur parce que nous voyons ce silence international. Tous les [les officiels étrangers] nous disent qu’ils ne savent rien, malheureusement. C’est une honte pour le monde entier, pour tous les gouvernements, parce qu’ils parlent des droits de l’homme et la démocratie, mais dans ce cas où est la démocratie et où sont les droits de l’homme ? Certains gouvernements ont des renseignements, c’est certain, mais ils ne nous les donnent pas.

 

Comment conseillez-vous les autres victimes de la violence ? Êtes-vous préoccupé par un cycle de revanches sectaires ? 

 

Nous croyons que la seule manière de vivre avec l’autre est une manière pacifique, accepter l’autre. Nous ne croyons pas dans l’extrémisme ou takfirisme ou cette sorte de pensée. Pour ces raisons, comme chrétiens, nous essayons de rester dans nos maisons, en Syrie, au Liban et tout le Moyen Orient, et nous ne croyons pas que l’on puisse utiliser la religion pour diviser les familles, pour diviser les frères entre eux. Pour ces raisons, nous devons vivre dans cet esprit et accepter les autres, respecter les autres. Nous vivons encore dans cet esprit et avons une très bonne relation dans notre patriarcat avec les musulmans.

 

Quelle sorte de soutien avez-vous besoin de la part des États-Unis et du reste du monde pour atteindre la paix ?

 

Nous espérons encore qu’il y aura un bon résultat et qu’une solution sera trouvée malgré toutes ces catastrophes et cette tragédie. Nous espérons encore. Et nous espérons encore que certains gouvernement et institutions dans le monde souhaitent réellement trouver une solution. Cela nous encourage à continuer notre mission, notre travail. Nous vivons avec cet espoir que, après la croix, il y aura la résurrection. Nous passons maintenant par une croix très difficile, mais nous espérons dans la résurrection. Nous demandons à la communauté internationale de ne pas penser seulement à ses intérêts au Moyen Orient – mais de savoir que les gens du Moyen Orient sont des gens paisibles, qui cherchent et demandent la paix. Et nous lui demandons de nous aider à vivre tous pacifiquement.

 

Et que faites-vous pour faire passer le message que la situation est remédiable ?

 

Nous nous efforçons de communiquer comment nous essayons, au patriarcat, à aider les autres, non seulement les chrétiens mais aussi les musulmans. C’est la façon dont nous exprimons notre mission : c’est ce que nous sommes, c’est ce que nous croyons. C’est très important pour le monde extérieur de savoir ce que cela est vrai. Et je pense qu’ils le savent.

 

L’Église d’Antioche figure parmi les plus anciennes Églises chrétiennes dans le monde. Quels sont vos plans pour l’avenir ?

 

L’Église doit toujours être vivante. Et lorsque nous disons qu’elle doit être vivante, ce sont deux choses : vous avez des racines dans le passé, vos traditions par exemple, et vous avez une vision pour l’avenir. Et vous devez mettre en relation le passé et l’avenir. Maintenant, la jeunesse a des téléphones mobiles, des iPads. Nous devons changer et parler leur langage. Ce n’est pas un problème pour nous, parce que la vérité est la vérité. C’est le même contenu, dans une manière différente. Nous avons un certain nombre de convertis, venus du protestantisme, de l’anglicanisme. Ils réalisent qu’ils n’ont pas le sens véritable d’un certain nombre de choses dans leur vie et ils le trouvent dans l’Église orthodoxe, parce que nous avons cette forme de pensée de mettre en relation le passé et l’avenir.

 

 

 

© Source : Orthodoxie.com – 15 décembre 2014