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Pax Christi dit « non » à l’annexion annoncée par Israël de ses colonies en Cisjordanie

Projet d'annexion d'un pan de la Cisjordanie: réactions indignées ...

 

 

Au terme de trois élections législatives successives, constituant une crise politique sans précédent en Israël, Benjamin Netanyahu et son adversaire Benny Gantz ont conclu une alliance en vue de la formation d’un gouvernement d’union nationale. Un des « axes » de ce gouvernement est d’engager d’ici le 1er juillet 2020 les opérations d’annexion de la vallée du Jourdain et des colonies israéliennes de Cisjordanie. Ceci reviendrait à amputer du tiers le territoire résiduel de la Cisjordanie. Cet « axe » est largement partagé par le monde politique juif israélien, toutes tendances confondues, et par une majorité de l’opinion publique juive israélienne, et l’accord de gouvernement Netanyahu – Gantz a été validé par la Cour Suprême d’Israël le 7 mai 2020 et ratifié par la Knesset le 8 mai 2020.

 

Cet objectif est préparé depuis plusieurs mois par l’alliance Israël-États Unis. Le 18 novembre 2019, le Secrétaire d’Etat américain déclarait que les implantations israéliennes en Israël n’étaient pas contraires au droit international, contredisant plusieurs décennies de positions américaines et le point de vue de l’immense majorité des autres États. Le « plan Trump », dévoilé le 28 janvier 2020, prévoit l’annexion de la Vallée du Jourdain et des colonies israéliennes de Cisjordanie.

 

Le gouvernement israélien qui sera constitué le 13 mai 2020 dispose d’une fenêtre de quelques mois pour mener à bien cette opération : jusqu’en novembre prochain, il peut en effet compter sur le soutien inconditionnel de l’administration Trump, de toute l’histoire des États Unis le gouvernement le plus acquis aux thèses sionistes mises en œuvre par l’Etat d’Israël. La trêve estivale, la crise du coronavirus, sont aussi des circonstances favorables, détournant l’attention du monde vers d’autres préoccupations.

 

Pax Christi France, face à cette menace, et fidèle à sa position sur le conflit israélo-palestinien exprimée le 28 novembre 2018, réaffirme les points suivants :

 

1 Le droit international.

 

Le monde doit être régi par une gouvernance mondiale et par le droit international, et non par des rapports de force et par le droit du plus fort. Pax Christi France est à cet égard vivement préoccupé par les coups de boutoir donnés par l’actuelle administration américaine a l’organisation mondiale multilatérale mise en place après la Seconde guerre mondiale (dénonciation par les Etats-Unis de plusieurs traités internationaux, retrait de plusieurs organismes et institutions de gouvernance mondiale), et craint que cette évolution ne porte un coup fatal à une gouvernance mondiale qui, malgré ses insuffisances, contribue depuis soixante-dix ans à atténuer les risques de conflits et à promouvoir leur règlement.

 

À cet égard, l’annexion de la Vallée du Jourdain et des colonies israéliennes de Cisjordanie reste contraire au droit international, qui ne peut pas être défini de manière unilatérale par un pays en fonction de ses seuls intérêts. Cette annexion, si elle se produisait, serait nulle et non avenue, et ne pourrait constituer une situation reconnue.

 

Pax Christi France souhaite que la France et l’Union Européenne rappellent avec force ce principe et, en cas d’annexion, prennent les sanctions adaptées à l’égard d’Israël

 

comme elles ont su le faire avec la Russie après son annexion de la Crimée, territoire ukrainien.

 

 

2 La solution « à deux États ».

 

Pax Christi France reste attaché à la solution dite « des deux États », un Etat israélien et un Etat palestinien à l’intérieur de frontières acceptées par le droit international et en paix l’un avec l’autre.

 

Si les colonies israéliennes en Cisjordanie sont établies et consolidées, si la mainmise d’Israël sur la vallée du Jourdain est déjà largement en vigueur, cela ne signifie pas pour autant que le « fait accompli » vaut conformité au droit international, bien au contraire. Leur traduction en une annexion par l’Etat d’Israël constituerait une étape supplémentaire très fortement préjudiciable aux populations israéliennes, comme l’a souligné dans un rapport l’ONG israélienne Yesh Din :

 

– Elle constituerait probablement la fin des espoirs d’une solution à deux Etats, contribuant de manière inéluctable à rendre non-viable économiquement un Etat palestinien indépendant,

– Elle ouvrirait la voie à de nouvelles expropriations de terres palestiniennes, et à un accaparement encore plus massif des terres et ressources palestiniennes au seul profit des Israéliens.

– Elle introduirait de nouvelles contraintes pour les populations palestiniennes : difficultés de mouvement, de travail…

 

Pax Christi France souhaite que la France et l’Union Européenne prennent dès maintenant toutes les mesures ayant une portée dissuasive de la démarche que s’apprête à accomplir le gouvernement Netanyahu-Gantz : ce n’est pas parce que le gouvernement a le soutien du parlement et de la population israéliens que cette action est légitime au regard des principes du droit international et des droits de l’homme !

 

A cet effet, la France et l’Union Européenne doivent tout de suite :

 

– déclarer qu’elles ne reconnaitront jamais les annexions,

– retirer le cas échéant leurs ambassadeurs d’Israël en signe de protestation,

– susciter une résolution du Conseil de Sécurité des Nations Unies conformément à l’article 39 de la Charte des Nations Unies

– reconnaître l’Etat palestinien afin de le mettre à l’abri des conséquences irréparables de l’acte unilatéral d’Israël, le cas échéant.

 

Enfin, Pax Christi France invite les parlementaires européens et français à demeurer vigilants sur cette question, au nom des principes et valeurs constitutifs de l’Union européenne et du droit international.

 

Paris, 14 mai 2020

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