22/5/2015

Père Jean-Baptiste Ganza : Au Rwanda, l’Education permet-elle d’éviter un nouveau génocide ?


Le Rwanda a célébré récemment le 20e anniversaire du génocide qui a endeuillé le pays en 1994. Vingt ans après, il y a lieu de se demander comment contribuer à la reconstruction d’un pays qui a connu le génocide. Pour la Compagnie de Jésus, le travail de réconciliation et de guérison passe nécessairement par une éducation en faveur de toutes les couches de la population notamment les plus vulnérables. Entretien avec le Père Jean-Baptiste Ganza, Sj, supérieur régional des Jésuites du Rwanda-Burundi.



Entretien – Le Rwanda a célébré récemment le 20e anniversaire du génocide qui a endeuillé le pays en 1994. Vingt ans après, il y a lieu de se demander comment contribuer à la reconstruction d’un pays qui a connu le génocide. Pour la Compagnie de Jésus, le travail de réconciliation et de guérison passe nécessairement par une éducation en faveur de toutes les couches de la population notamment les plus vulnérables. Entretien avec le Père Jean-Baptiste Ganza, Sj, supérieur régional des Jésuites du Rwanda-Burundi.

 

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Après le génocide, les jésuites ont amorcé un discernement, pour voir quelle pourrait être leur contribution à la reconstruction du pays, mais aussi au processus de réconciliation et de guérison. Il y avait plusieurs options, les exercices spirituels de saint Ignace évidemment, surtout à travers la CVX et l’éducation. L’éducation c’est la jeunesse que vous prenez à un bas âge, que vous essayez de reformer dans le sens positif du mot par les valeurs chrétiennes, pour que cette génération nous sauve. Nous, nous sommes une génération sacrifiée, mais les enfants qui grandissent aujourd’hui, il faut garantir leur avenir, mais un avenir dans un pays de paix, d’harmonie entre les différents groupes ethniques qui habitent le Rwanda.

 

Donc l’école saint Ignace à Kigali, c’est vraiment le symbole de la contribution de la Compagnie de Jésus à former une jeunesse qui va assurer un avenir plus harmonieux, avec des valeurs de paix et de fraternité, qui vont au-delà des clivages ethniques.

 

Comment a débuté ce projet, en avez-vous une idée ?

 

Oui, j’en sais quelque chose parce que j’étais au tout début du discernement, lorsqu’il n’y avait ni terrain, ni argent pour rêver d’une institution comme celle qui est en train de grandir aujourd’hui à Kigali. Nous étions partagés! Certains disaient on ne peut pas avoir l’argent, on ne peut pas avoir le terrain et donc on peut chercher un autre apostolat plus accessible ; d’autres disaient, il faut voir si c’est ce que Dieu veut. Si c’est vraiment la volonté de Dieu, il fournira ce qu’il nous faut. Effectivement, c’est ce qui s’est passé, nous avons eu un terrain.

 

La population sur une colline est venue dire nous avons un terrain, nous voudrions que vous les jésuites vous le preniez pour que vous construisiez des écoles pour nos enfants. Ça, c’était déjà la réponse de Dieu, un clin d’œil de Dieu si je peux dire. Quelques temps après, l’ancien supérieur majeur est venu en Italie pour une réunion comme celle que je viens de finir et du coup il présente le projet à quelqu’un et on lui dit on connaît un endroit où on peut le financer. Ainsi, on a eu la première somme pour construire l’école primaire.

 

A partir de l’école primaire, pendant que j’étais aux Etats-Unis pour les études, mon supérieur m’a dit : les enfants à l’école primaire doivent finir bientôt et ils doivent passer à l’étape suivante ; est-ce que tu peux combiner en plus de tes études, ajouter la mission de chercher des amis qui peuvent nous aider dans ce projet ? Et c’est ce qui s’est passé, c’est une histoire très positive, il y a eu de l’argent, l’école secondaire est en construction. Nous avons déjà les quatre années du secondaire, il ne reste que les deux dernières. Nous venons de finir 12 classes : le bâtiment de laboratoire de chimie, de biologie et de physique, et nous avons aussi la bibliothèque puis des salles des professeurs. L’école grandit chaque année et nous avons un projet. Cette année, Dieu aidant nous construirons encore douze classes supplémentaires parce que c’est une école qui est appelée à briller et à contenir autant d’enfants que nous pouvons former pour l’avenir.

 

Quelle est la capacité d’accueil du collège ?

 

Quand on aura fini la construction du secondaire, les deux structures, le primaire et le secondaire auront 1250 enfants. Des garçons et des filles sont ensemble et cette année nous avons autour de huit cents élèves sur le campus.

 

Comment donner la chance aux familles nanties et à celles qui sont à la « périphérie », pour reprendre l’expression du Pape François ?

 

Cette école vivra de la solidarité et de la participation des parents. Nous, nous construisons les bâtiments mais le fonctionnement de l’école doit se servir des frais de scolarité que les parents payent. Comme nous sommes une école d’excellence, il est sûr que pour avoir la bonne qualité il faudra payer un peu plus. Ceci dit, nous sommes dans l’option préférentielle pour les pauvres, qui est très chère à la Compagnie de Jésus et à l’Eglise catholique en général et c’est pour cela que nous avons commencé un système de scolarité et de bourses données à des enfants brillants, dont les parents ne peuvent payer ce que nous faisons payer à chaque enfant, au primaire et au secondaire.

 

Cette année nous sommes à trente huit enfants, je reviens des Etats-Unis où il y a des gens qui veulent aussi entrer en jeu. Il y a un qui accepte de payer pour dix enfants, à partir du primaire jusqu’à la fin du secondaire. Il y a un à Boston qui veut payer pour deux enfants. Donc ça, c’est un modèle que nous allons développer et après les constructions on cherchera des fonds à investir de façon que les intérêts justement servent à payer pour les enfants des familles pauvres. C’est comme cela que nous allons répondre à l’option préférentielle pour les pauvres dans les années qui viennent.

 

Un mot spécial pour ce collège Saint Ignace ?

 

Saint Ignace à Kigali, c’est un modèle non seulement d’excellence mais aussi des valeurs qui vont assurer qu’il n’y ait plus le génocide, qu’il n’y ait plus de massacre, qu’il n’y ait plus de méfiance. 

 

 

 

© Source : Radio Vatican. 22 mai 2015