26/2/2014

Père Jerzy Kraj : A Chypre, les signes positifs de dialogue œcuménique ne manquent pas


Isolée au milieu de la mer Méditerranée, loin de Jérusalem mais pourtant attachée au diocèse, la petite île de Chypre survit aux tempêtes économiques et politiques par l’union des différentes Eglises qui s’attachent au dialogue œcuménique. Le père Jerzy Kraj, vicaire patriarcal auprès de la communauté catholique latine chypriote, en témoigne. Chypre est une petite île avec une longue histoire de conflits politiques et religieux. Actuellement l’île est divisée entre la communauté chypriote grecque à majorité chrétienne, et la partie du Nord, turque de religion musulmane…

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INTERVIEW – Isolée au milieu de la mer Méditerranée, loin de Jérusalem mais pourtant attachée au diocèse, la petite île de Chypre survit aux tempêtes économiques et politiques par l’union des différentes Eglises qui s’attachent au dialogue œcuménique. Le père Jerzy Kraj, vicaire patriarcal auprès de la communauté catholique latine chypriote, en témoigne.

 

1 – La crise qui a secouée les Etats-Unis puis l’Europe n’a pas épargné Chypre. Le plan de sauvetage a de lourdes répercussions. Comment la population chypriote fait-elle face à cette dure et nouvelle réalité ?

 

Les conséquences de la crise économique sont visibles  dans plusieurs secteurs de la vie sociale et privée des Chypriotes. En premier lieu, il y a des effets négatifs pour l’emploi. De nombreuses entreprises ont déclaré faillite ou ont diminué leur activité. De nombreux chantiers ont été suspendus par manque de fonds. Par conséquent, de nombreux travailleurs se sont retrouvés sans emploi stable. La situation est plus angoissante dans le secteur privé et pour les activités commerciales. En passant dans les rues, on peut voir beaucoup de magasins fermés, et les quelques magasins encore ouverts sont ceux qui attirent des clients qui ont de l’argent à dépenser.

 

La crise économique a obligé les familles à changer la gestion de leur propre vie en essayant d’économiser dès que cela est possible. Par exemple, certaines familles qui pouvaient engager une femme de chambre avant la crise (il s’agissait souvent d’une personne migrante venue de Philippine, d’Inde ou du Sri Lanka) ont été obligées de la congédier. La crise a également touché le secteur de l’enseignement privé. L’école des Franciscains – la Terra Santa College – note une baisse des inscriptions et même le retrait des élèves dont les parents ne peuvent plus payer les frais de scolarité.

 

La crise a sans doute appauvri de nombreuses familles mais n’a pas diminué la spontanéité et la joie de vivre des gens. Dans les bars et les restaurants, en particulier le week-end et pendant les vacances, les places sont occupées. La mentalité méditerranéenne est pour cela un peu évangélique : Ne te soucie pas trop de l’avenir mais travaille à dépasser les conséquences de la crise.

 

2 – L’Eglise orthodoxe, très influente dans le pays, s’est rapidement engagée dans le combat contre cette pauvreté. L’Eglise catholique est-elle également impliquée dans le soutien de la population et des plus pauvres ?

 

La communauté chrétienne avec les institutions gouvernementales et municipales est en première ligne pour soutenir et aider les pauvres d’hier et d’aujourd’hui. L’Eglise orthodoxe qui est l’Eglise de la majorité des citoyens est aussi celle qui apporte le plus grand soutien financier à diverses initiatives caritatives. Dans ce domaine, il ne faut pas oublier les implications concrètes des communautés catholiques minoritaires qui sont les Eglises maronite et latine. La Caritas de Chypre (Koinonia), présidée par l’archevêque maronite Yousef Suoeif, essaye de répondre aux besoins concrets des plus pauvres, mais aussi de les aider pour sortir activement de la crise. Au cours de la dernière réunion des membres de la direction et des représentants de la Caritas paroissiale, il a été affirmé que l’éducation est le moyen de donner aux nécessiteux « la canne pour pêcher et non le poisson pour manger ». Caritas Chypre aide concrètement les populations locales et les migrants. Outre l’aide matérielle pour la nourriture, le logement et l’assistance sanitaires sont des soucis importants et sont offerts principalement aux travailleurs étrangers vivant à Chypre.

 

Les difficultés économiques rencontrées par la population locale et les migrants ne masquent pas les situations encore plus urgentes. Dans presque toutes les paroisses ont été rassemblés des fonds et des dons matériels pour les Philippines après le Typhon de Novembre 2013. Les victimes de la guerre en Syrie disposent également de la même générosité.

 

3 – Il y a 50 ans, Paul VI et Athénagoras se rencontraient. Une même rencontre est prévue cette année avec le pape François et Bartholomée pour poursuivre le dialogue œcuménique. Y-a-t’il à Chypre des rencontres prévues entre catholiques et orthodoxes pour marcher vers l’unité de nos Eglises ?

 

Chypre est une petite île avec une longue histoire de conflits politiques et religieux. Actuellement l’île est divisée entre la communauté chypriote – grecque à majorité chrétienne – et la partie du Nord – turque de religion musulmane. La blessure de la division est grande, mais plus grande encore est l’espérance de la réunification politique de Chypre. Ensemble, avec les accords diplomatiques, un dialogue sérieux pourra être mis en place entre les Chrétiens et les musulmans.

 

La République de Chypre à majorité orthodoxe reconnaît et garantit les droits des autres minorités des autres Eglises chrétiennes : maronite, latine et arménienne. Sur notre île, les signes positifs du dialogue œcuménique entamé il y a 50 ans au Moyen Orient après le signe prophétique de la rencontre du pape Paul VI et du patriarche Athénagoras ne manquent pas. Par exemple, durant la semaine de prière pour l’Unité des Chrétiens, célébrée en janvier 2014, nous avons eu deux réunions de caractère œcuménique : un concert de chants liturgiques et de cantiques chantés par les chœurs des quatre grandes communautés. La deuxième réunion était organisée par l’archevêque orthodoxe Chrysostomos II.

 

Outre ces gestes « d’œcuménisme officiel » nous ne manquons pas d’avoir des gestes de collaboration fraternelle et amicale entre les Eglises Chrétiennes pour le service religieux. Nos pasteurs sont parfois invités à célébrer des funérailles catholiques dans les cimetières orthodoxes ou d’autres confessions chrétiennes. Le cas de mariages mixtes entre les orthodoxes et les catholiques sont un autre exemple de « l’œcuménisme pratique ».

 

Evidemment, il existe des prêtres et des fidèles orthodoxes qui ne partagent pas l’esprit œcuménique  et montrent une certaine hostilité envers les membres des autres Eglises. Le chemin est long et a besoin de prières et de gestes prophétiques. Je suis convaincu que la visite du pape François à Jérusalem et sa rencontre œcuménique à l’occasion de la commémoration du pèlerinage de Paul VI portera des fruits abondants pour notre île de Chypre.

 

4 – Le pape François se rendra en mai prochain dans le diocèse, en Jordanie, à Bethléem et à Jérusalem. Les catholiques de Chypre vont-ils prendre part à la préparation de ce voyage ?

 

L’annonce du pèlerinage du pape François en Terre Sainte a rempli de joie les chrétiens de Chypre. Tous se remémorent la visite historique de Benoît XVI en juin 2010. Cette annonce a réveillé dans quelques cœurs l’espérance de pouvoir rencontrer le pape François à Chypre.

 

La préparation de cet événement est en lien avec le pèlerinage d’un groupe de chrétiens qui se rendra en pèlerinage à Rome pour la canonisation de Jean XXIII et de Jean-Paul II le 27 avril. Ce groupe sera composé de quelques prêtres et d’une trentaine de fidèles latin et maronites pour représenter toutes les paroisses de l’île. Le pèlerinage à Rome permettra à notre communauté de vivre en communion avec un grand rassemblement ecclésial. Je suis convaincu que la participation à la canonisation à Rome, que la rencontre avec le pape François et que la prière commune de millions de fidèles pourra renforcer non seulement les participants du pèlerinage, mais surtout toute la communauté chrétienne de Chypre.

 

 

 

Propos recueillis par Pierre Loup de Raucourt

© Source : Patriarcat latin de Jérusalem – 26 février 2014

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