17/9/2015

Pour les Papes, la culture de l’accueil comme seule réponse possible au calvaire des migrants


De Jean XXIII à François, le Saint-Siège n’a cessé d’interpeler le monde confronté à ce qui est en passe de devenir la plus grave crise humanitaire de son Histoire. Depuis Vatican II et l’encyclique Pacem in terris du pape Jean XXIII, en 1963, la question migratoire figure en bonne place dans les thèmes de l’Église liés au développement social et économique des peuples et au développement solidaire entre les nations.



De Jean XXIII à François, le Saint-Siège n’a cessé d’interpeler le monde confronté à ce qui est en passe de devenir la plus grave crise humanitaire de son Histoire.

 

L’Évangile nous demande d’être proche des plus petits et des laissés pour compte. Il ne s’agit pas seulement de leur crier « courage, patience » mais de leur donner une espérance concrète. Ouvrez-leur vos portes ! Depuis Vatican II et l’encyclique Pacem in terris du pape Jean XXIII, en 1963, la question migratoire figure en bonne place dans les thèmes de l’Église liés au développement social et économique des peuples et au développement solidaire entre les nations. Alors que l’Europe se débat dans la recherche de solutions pour résoudre la crise migratoire actuelle, sans succès, le Pape s’active comme se sont activés ses prédécesseurs pour promouvoir une vraie « culture de l’accueil ».

 

Ce que dit le pape François

 

Rares sont les dimanches à l’Angélus, ou les mercredis à l’audience générale, où le Souverain Pontife lui-même, fils d’émigrés en Argentine, ne lève son index en signe d’avertissement. Son objectif : susciter comme un électrochoc face au drame des millions de migrants victimes de la guerre et de la faim, en errance à travers le monde. Son jubilé de la Miséricorde, du 8 décembre 2015 au 20 novembre 2016, sera une bonne occasion pour le chrétien, mais pas seulement, de revoir son attitude face à la souffrance.

 

« Un peu de miséricorde rend le monde moins froid et plus juste », avait-il dit à son premier Angélus, en mars 2013. Cet empressement à sensibiliser les foules en les appelant à lier l’émotion à l’action pour mieux combattre les crises humaines – et celle des migrants est la plus grave depuis la Deuxième Guerre mondiale – s’inscrit dans la continuité des précédents Papes. Tous ont dû réagir face au déni de réalité et d’humanité dont faisaient preuve les gouvernements du monde.

 

Benoît XVI : « Le migrant doit être respecté par tous et en toute circonstance »

 

Le pape Benoît XVI s’est exprimé à maintes reprises contre « l’indifférence mondiale » : « Un phénomène social propre à notre époque » qui suscite « des réactions d’intolérance, de xénophobie et de racisme » à répétition, déplore-t-il dans sa lettre encyclique Caritas in Veritate. Il rappelle dans le texte le caractère sacré du migrant qui possède des droits fondamentaux inaliénables comme tout un chacun et doit être respecté par tous et en toute circonstance. Dans l’exhortation post-synodale Africae Munus (2011), où il dit toute « son indignation » face à « l’indifférence du monde », il promet que l’Église, même sans intervenir politiquement, ne cessera « jamais de faire entendre sa voix et de s’investir pour défendre toutes les personnes (…) ».

 

En huit ans de pontificat, des appels à ouvrir « les bras et le cœur » à chaque personne, quel que soit son pays de provenance, Benoît XVI en a lancés : « Je vous invite à regarder le visage de l’autre et à découvrir qu’il a une âme, une histoire et une vie : c’est une personne et Dieu l’aime comme Il m’aime (Angélus, 10 janvier 2010). Et face au nombre exorbitant de personnes emportées par l’énorme vague de l’émigration : « Ces personnes ne sont pas des numéros ! (…) Et pas seulement les destinataires, mais aussi les acteurs, de l’annonce de l’Évangile dans le monde contemporain (…), vivons concrètement la solidarité et la charité chrétienne, non seulement par la prière mais aussi dans les faits » (Angélus, 15 janvier 2012).

 

Et les autres Papes…

 

Mais avant Benoît XVI, Jean Paul II avait lui-même beaucoup insisté sur le « droit de tous à émigrer ». Ses prédécesseurs, Paul VI et Jean XXIII, furent les premiers à parler d’une « intégration intégrale des migrants ».

 

L’Instruction De pastorali migratorum cura, sous Paul VI, est un des documents les plus complets sur la doctrine et la pratique de l’Église sur les migrations, après l’encyclique Pacem in terris (1963) de Jean XXIII affirmant le droit « d’immigrer en d’autres communautés politiques et de s’y établir, lorsque des nécessités légitimes le motivent », et Gaudium et spes (1965), particulièrement incisif sur « le respect de la justice et de l’équité pour tous les migrants ».

 

L’Instruction Erga migrantes caritas Christi, parue sous le pontificat de saint Jean Paul II, en 2004, est aujourd’hui considéré comme l’un des principaux documents du magistère de l’Église sur la mobilité humaine.

 

 

 

© Source : Aleteia. 17 septembre 2015