18/6/2014

Quelle responsabilité pour les Chrétiens Arabes dans le Processus de Paix ?


A l’occasion de la 56e réunion du Conseil de la Commission internationale catholique pour les migrations, le Père Imad Twal du Patriarcat latin en Jordanie, s’est exprimé sur les « chemins de Paix et de Réconciliation au Moyen-Orient » et a souligné l’importante responsabilité des Chrétiens Arabes dans le Processus de Paix. « Les Chrétiens Arabes peuvent être et sont déjà des ponts qui ouvrent les chemins de la paix et de l’espoir au Moyen Orient. »



ROME –  mai 2014. A l’occasion de la 56e réunion du Conseil de la Commission internationale catholique pour les migrations (CICM ou International Catholic Migration Commission), le Père Imad Twal du Patriarcat latin en Jordanie, s’est exprimé sur les « chemins de Paix et de Réconciliation au Moyen-Orient » et a souligné l’importante responsabilité des Chrétiens Arabes dans le Processus de Paix.

 

Au sujet de la visite du pape François, le Père Imad Twal a souligné combien ce dernier a « renforcé la foi et l’espoir de la population arabe chrétienne (…). Nous avons ressenti le pouvoir de son message de Paix et de Réconciliation. »

 

Le Père Twal a commencé d’emblée par évoquer le caractère complexe et paradoxal d’une telle conférence : « Le sujet de ma présentation d’aujourd’hui est certainement un oxymore. Comment peut-il exister des chemins de paix et de réconciliation dans une région dévastée par la guerre et l’oppression telle que le Moyen Orient ? » Il a néanmoins continué pour apporter un « message d’espérance » tout en soulignant que « la Véritable Paix avance main dans la main avec la Justice. » Premier pas concret sur ce chemin : « la reconnaissance d’une patrie pour les Palestiniens dans leur propre pays et non dans une « patrie de substitution ». Ceci stimulera le processus de paix et de réconciliation entre tous les peuples dans le Moyen Orient. »

 

Pour le Père Imad Twal, le Moyen-Orient, berceau de la civilisation, est comparable à une immense « mosaïque humaine » de par ses « nombreux héritages, nationalités, religions, ethnies et visions politiques ». Une mosaïque dont la grande diversité ne va pas sans unité comme en témoignent « notre croyance en un seul Dieu, notre héritage prophétique, nos langues sémitiques et le respect des familles ».

 

Dans le processus de Paix, les Chrétiens Arabes sont appelés à jouer un rôle essentiel. « Nous sommes un peuple qui partage une culture et un langage avec les Arabes musulmans, ainsi qu’avec trente-neuf Livres saints de l’Ancien Testament, que nous partageons avec les Juifs, de même qu’un vécu de persécution et oppression. Les Chrétiens Arabes peuvent être et sont déjà des ponts qui ouvrent les chemins de la paix et de l’espoir au Moyen Orient » rappelait le Père Twal. Ceux qui constituent  un véritable  « trésor caché », étaient présents dès la Pentecôte. Les Actes des Apôtres (2 :11), mentionnent en effet la présence d’Arabes lors de la naissance de l’Eglise à Jérusalem, « Juifs et prosélytes, Crétois et Arabes… ». Et le Père Twal d’ajouter : « Le terme Arabe ne s’applique pas exclusivement à des Musulmans, mais inclut aussi la population chrétienne. », d’autant plus que le Christianisme a été une religion importante dans le monde arabe des siècles avant l’Islam.

 

Il a poursuit en donnant de nombreux exemples de collaboration et d’échanges fraternelles entre les différentes communautés en Jordanie : Des secours d’urgence pour les réfugiés sont partagés par les organisations religieuses, les dates des fêtes religieuses décidées d’un commun accord, Des lieux saints, comme Béthanie au delà du Jourdain, où eût lieu le baptême du Christ, sont partagés par tous dans la tolérance et le respect mutuels, La fête de Norouz (Nouvel An Perse), où la population musulmane célèbre la communion de l’humanité avec la nature et s’engage activement, est organisée conjointement avec de nombreux Chrétiens, etc.

 

Le Père Twal a ensuite évoqué la situation très préoccupante des réfugiés dans la région et a expliqué comment l’Eglise Catholique fait tout son possible pour leur venir en aide. « En Jordanie, par exemple, l’Eglise aide les réfugiés de diverses façons: entre autres, en apportant la stabilité d’une tradition religieuse qui est similaire à travers le monde, ce qui donne aux immigrés un sentiment d’appartenance ; en proposant des logements d’urgence confortables, pour que les personnes ne soient pas obligées de vivre dans des tentes ; en fournissant de la nourriture, de l’habillement et d’autres articles de première nécessité et un peu d’aide financière ; en mettant à disposition des services juridiques pour aider en ce qui concerne les contrats de location et le statut légal ; en portant assistance dans la recherche d’emploi ; en apportant une aide médicale et des conseils. L’Eglise aussi apporte de l’espoir et encourage la foi par la grâce de Jésus Christ. »

 

Pour ce qui est des chemins de paix et de réconciliation au Moyen Orient, ils sont encore semés d’obstacles, notamment de nature politique, religieuse et éducative.

 

D’un point de vue politique, le Père Twal  souligne qu’« aucune paix ni réconciliation ne peut être obtenue sans justice et sans nation pour les Palestiniens dans leur patrie historique et non ailleurs. » Ces derniers doivent obtenir « les prérogatives basiques de la citoyenneté (égalité, droits humains et respect équitable) et, bien entendu, les devoirs qui accompagnent ces droits. »

 

D’un point de vue religieux, « des idées théocratiques dans lesquelles la nation exige la domination et la souveraineté sur un territoire au nom de Dieu » vont à l’encontre d’une paix pour tous. Pour les Chrétiens, il n’y a plus de « terre promise » et de « peuple choisi » (au singulier), suivant la réponse du Christ à Pilate : « Mon royaume n’est pas de ce monde » (Jean 18 :36) rappelle le P.Twal.

 

Evoquant l’harmonie des différentes communautés en Jordanie, le Père Twal a continué en donnant son pays en « exemple qui peut être suivi par d’autres religions et endroits dans cette région ». « L’oppression de la discrimination, et même des meurtres religieux, touchent des Chrétiens dans d’autres pays et sont à l’origine de l’émigration alarmante de Chrétiens du Moyen Orient. Ces pressions et problèmes sont particulièrement prévalents lorsque le gouvernement adopte officiellement une religion ». Une émigration à laquelle il faut remédier en « rendant la vie des jeunes et des familles de la communauté catholique et chrétienne plus sûre et plus attractive, afin que les chrétiens restent dans leur pays ou qu’ils y reviennent ».

 

D’un point de vue éducatif enfin, le Père Twal a rappelé combien « la Paix est un cadeau de Dieu, souvent issu d’une éducation qui enseigne les vrais principes de la justice ». Evoquant sa mission au Centre Notre Dame de la Paix près d’Amman auprès de personnes handicapées, indépendamment de leur environnement religieux ou social, en coopération avec des ONG comme Caritas, le père espère que ce « dur labeur de sensibilisation et de soutien avec les réfugiés d’Iraq et de Syrie pourra bâtir des ponts d’espoir et de réconciliation partout au Moyen Orient. »

 

Le Père Twal a terminé sa conférence en rappelant le cœur du message de l’Evangile. « Heureux ceux qui procurent la paix, car ils seront appelés fils de Dieu»  (Mt 5: 9).

 

 

 

Myriam Ambroselli

© Source : Patriarcat latin de Jérusalem. 18 juin 2014