15/9/2011

Répondre à la violence




Il est clair pour tout le monde que la violence ne s’exprime pas seulement dans des manifestations physiques qui provoquent des souffrances parfois rudes chez ceux vis-à-vis desquels elle s’exerce. Elle est multiforme. Une de ses caractéristiques principales est de mettre la victime en situation d’infériorité physique et surtout morale, de dégrader et donc de réduire son humanité. Mais ce que recherche le violent ce n’est pas nécessairement d’abord de léser, de blesser l’autre. Sa première visée est de dominer, de manifester sa supériorité, d’accaparer tout, d’être le grand, le victorieux et pour lui il n’y a pas d’autre chemin que l’écrasement de tout autre qui pourrait lui prendre sa place.

 

La violence de la guérilla colombienne a toujours eu une double finalité :

 

  1. S’emparer de biens dont la possession est le signe d’une domination sans conteste, d’une supériorité indiscutable.
  2. Empêcher toute forme de résistance, pour que sa suprématie ne soit pas remise en cause.

 

Il y a sans aucun doute une forme de violence qui est de nature pathologique, mais la violence est le plus souvent stratégique, elle est un outil au service du pouvoir et de la domination des uns par les autres. Ce qu’on peut relever dans l’actualité, c’est que cette stratégie peut faire long feu, là où d’une manière ou d’une autre est préservée la part de dignité qui est en chacun.

 

Dans toute situation de violence, on rencontre plusieurs formes possibles de ripostes qui visent à réhabiliter l’homme abattu, le restaurer dans son épaisseur humaine. Il a l’affirmation de sa valeur qui contrecarre la volonté de l’adversaire de le dévaluer et de l’humilier. En Colombie ce fut là l’effort essentiel de l’Eglise en réponse aux menées de la guérilla.

 

En cas de conflit armé, la signature d’un traité de paix peut être une forme de remise sur pied de quelqu’un qui est à genoux, à condition que ce traité ne soit pas le prolongement de l’affirmation dominatrice du vainqueur. Le traité de Versailles à la fin de la Première Guerre Mondiale humilia l’Allemagne et elle chercha un autre chemin pour se réaffirmer, un chemin de violence.

 

La construction de l’Europe après 1945 fut au contraire un chemin de relèvement pour la même Allemagne. Le dossier évoque la violence au travail, les suicides récents. Il s’agit en d’autres termes d’une option de suprématie de l’outil entrepreneurial au détriment des personnes qui sont acteurs dans l’entreprise. L’homme est alors esclave de la machine, des rythmes de production et surtout des rentabilités pour le plus grand bénéfice des actionnaires. Les syndicats ont été créés pour défendre son humanité. Mais lorsque l’homme est prisonnier du sentiment de son impuissance, alors il n’y a plus que la révolte ou la résignation qui sont à sa portée.

 

Certains pensent que le meilleur antidote à la violence est la non-violence. Je préciserai volontiers : le meilleur antidote à la violence est la conscience de soi et l’engagement avec d’autres pour un monde de paix et de justice.

 

 

 

+Marc STENGER

Evêque de Troyes, Président de Pax Christi France

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