19/1/2015

Ressacs !


La belle et grande vague de réaction républicaine à l’attentat contre des journalistes et pour la liberté d’expression a déferlé sur le pays ! Elle s’est maintenant retirée laissant sur la grève une fraîcheur de fraternité nationale qu’on aimerait voir persister et même se transformer en sources de tolérance et de dialogue critiques et respectueux. Son retrait laisse aussi émerger des questions venues de personnes qui, même bouleversées par la monstruosité du crime, tiennent à raison garder.[…]



La belle et grande vague de réaction républicaine à l’attentat contre des journalistes et pour la liberté d’expression a déferlé sur le pays ! Elle s’est maintenant retirée laissant sur la grève une fraîcheur de fraternité nationale qu’on aimerait voir persister et même se transformer en sources de tolérance et de dialogue critiques et respectueux. Son retrait laisse aussi émerger des  questions venues de personnes qui, même bouleversées par la monstruosité du crime, tiennent à raison garder.

 

Ils demandent d’abord que soient tracées des limites à la liberté d’expression. Devrait-on en effet en son nom tout dire, tout caricaturer, jusqu’à l’insulte et la diffamation ?

 

L’insulte à l’instar de l’injure est une agression, littéralement un assaut, qui atteint l’autre dans sa dignité et l’outrage dans ce qu’il considère de plus sacré. Elle devient blasphème quand elle touche la religion et la foi.

 

Un ami musulman m’écrivait récemment d’Algérie : Si je rejette avec fermeté l’emploi de la force et du crime, si je défends la liberté d’expression, je réprouve et condamne l’insulte, l’irrévérence, l’insolence à l’endroit de quiconque et particulièrement à l’endroit des symboles d’une communauté quelle qu’elle soit.

 

Impossible de balayer d’un revers de main cette observation surtout quand la suite de la lettre fait état d’une blessure suffisamment profonde pour remettre en cause des relations amicales.  La qualité d’un dialogue est conditionnée par le respect mutuel des personnes en présence. Leurs cadres de référence respectifs (physiques, affectifs, politiques, culturels, religieux…) interviennent comme autant de filtres et de tamis à travers lesquels passent les messages oraux, écrits, dessinés… Ainsi ce que l’on veut transmettre n’est pas toujours reçu ni entendu comme on le souhaiterait… et il faut souvent plusieurs reprises de parole, d’explications, de précisions pour finir par être compris comme, en sens inverse, pour comprendre l’interlocuteur. Reconnaître et prendre en compte ce phénomène de l’interprétation est à la fois élémentaire et délicat. Il se présente en tout cas comme une des composantes fondamentales de la communication.

 

L’écoute (de l’autre… et de soi!) se présente alors comme la clé de voûte de tout dialogue. Elle seule permet en effet de prendre si peu que ce soit connaissance des cadres de référence respectifs et de coder en conséquence – avec humour pourquoi pas – les messages que s’adressent les interlocuteurs. Faute de quoi émissions et réceptions seront déformées, interprétées de travers, au point de susciter parfois  dialogue de sourds, agressivité voire au durcissement des antagonismes… Parle-moi parce que j’ai des choses à te dire [1] devient ainsi une condition première de la communication positive.

 

Ces dispositions ressortissent de la techniques, pas de la vertu. Leurs mises en œuvre, si ! Elles impliquent en effet l’humilité de ne pas se poser en maître à penser et en savoir être, en donneurs de leçons imposant options et critiques sans respect pour la dignité et la foi d’autrui. Postures ressortissant d’un impérialisme voilé faisant bon marché d’autres modes de penser et de croire que les siens.

 

Les manifestations de protestations – aux excès injustifiables – qui, ici ou ailleurs, contre la marée des « Je suis Charlie » sont alors plus réactions de dignités offensées qu’oppositions affichées à la liberté d’expression. Bafouer le besoin de reconnaissance qui veille en tout homme, aboutir ainsi au résultat inverse de celui recherché, ne relève-t-il pas de l’inconséquence ?

 

 

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[1] Titre d’un ouvrage de Jacques SALOME

 

 

 

Père Michel Dagras

Pax Christi Toulouse

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