19/6/2017

SAINTE GERMAINE


Nous sommes au dernier quart du 16° siècle. Pibrac, petit village à près de deux heures de cheval de Toulouse coule des jours apparemment paisibles. Passait alors sur la France le souffle bienfaisant de la Renaissance. Ce grand mouvement humaniste visait à libérer la personne humaine des carcans autocratiques et dogmatiques pour éveiller en elle conscience et liberté.



Nous sommes au dernier quart du 16° siècle. Pibrac, petit village à près de deux heures de cheval de Toulouse coule des jours apparemment paisibles. Passait alors sur la France le souffle bienfaisant de la Renaissance. Ce grand mouvement humaniste visait à libérer la personne humaine des carcans autocratiques et dogmatiques pour éveiller en elle conscience et liberté.

 

L’onde de choc de cette révolution touchait-elle les rives de l’Aussonelle ? Dans le même temps les guerres de religion sévissaient à Toulouse. Des conflits sanglants, en avril et mai 1562, opposaient catholiques et protestants. Ils ne devaient pas laisser indifférents les paysans des marches de la Gascogne.

 

Même en perte de vitesse à cause de la concurrence pernicieuse de l’indigo, la culture et le commerce du pastel enrichissaient encore capitouls et notables. L’Hôtel d’Assezat se présente au centre ville comme un fleuron de cette réussite.

 

C’est dans ce contexte de troubles et de changements que naquit en 1579 Germaine Cousin. Elle avait toute jeune perdu sa maman. Son père se remaria. La nouvelle épouse prit la petite en grippe. Tuberculeuse, une main atrophiée, elle fut l’humiliée, maltraitée et reléguée sous un appentis loin de la maison paternelle. Bonne chrétienne Germaine priait, communiait et partageait son peu de pain avec plus pauvres qu’elle. Elle avait vingt deux ans quand son père la trouva morte sous l’escalier de la bergerie où elle dormait. La chape de l’oubli tomba vite sur l’événement. Il faudra attendre plus d’un demi-siècle pour que la pastourelle se rappelle au souvenir des habitants : son corps exhumé au cours de travaux au cimetière fut retrouvé dans un état de conservation surprenant. État qui persista au cours des années suivantes. En témoignent des rapports d’enquête commandités officiellement et exécutés avec rigueur, au cours du 18°siècle. Puis, en 1793, des Révolutionnaires jetèrent le corps de la sainte dans une fosse où la chaux aura raison de sa conservation. Ses ossements récupérés deux ans plus tard sont aujourd’hui vénérées dans l’église paroissiale. A partir de là dévotions, pèlerinages et hagiographies se succèdent et s’amplifient. Un jour sur l’ordre de sa belle-mère qui la soupçonnait de vol elle dut ouvrir son tablier. Au lieu de croûtons de pain bis attendus par la marâtre ce furent des roses qui en tombèrent. Une autre fois un ruisseau en crue, le Courbet, barrait son chemin. Elle le traversa à pieds secs, à l’aller et au retour. Enfin au moment de laisser son troupeau pour aller prier à l’église, elle plantait droit sa quenouille sur la prairie. Les moutons se groupaient autour du fragile instrument à filer et les loups pourtant amateurs réputés de viande d’ovins demeuraient miraculeusement à distance !

 

Canonisée en 1867, elle est la sainte de tous ceux qui souffrent et que la vie malmène d’une manière ou d’une autre.1

 

Le témoignage de la bergère de Pibrac ne saurait laisser aujourd’hui indifférent. Il souligne qu’une foi simple et profonde peut tenir bon même au milieu de rudes adversités, qu’elles viennent de proches, de parents ou, moins immédiatement prégnantes, d’un environnement marqué par la violence et le scandale des guerres de religions. Aux moments les plus éprouvants marqués par la souffrance physique et les humiliations, le message transmis par Germaine est alors de durer dans la prière, l’humilité et l’espérance. Des options capables de donner à penser que la religion chrétienne appelle à la soumission passive aux autorités et aux événements, au point de mériter la qualification d’opium du peuple. Mais la sainte de Pibrac contredit cette dérive par son engagement actif auprès des plus pauvres. Un engagement ténu mais concret, vécu au niveau de rencontre les plus simples. Les croûtons distribués par Germaine ne changeaient rien au sort des mendiants du pays. Mais elle considérait les plus pauvres comme des personnes humaines à part entière. Comme si l’esprit de l’Humanisme soufflait par des témoins de sa qualité au ras des pâquerettes.

 

Sainte Germaine de Pibrac, un exemple de sainteté pour un temps comme la nôtre, où violences et turbulences inquiètent l’espérance !

 

Père Michel Dagras