13/12/2014

S’engager aux côtés des enfants qui vivent des situations d’injustice


‘Stop au harcèlement sur Internet’ : la conférence de presse de présentation de la campagne internationale du BICE pour la mobilisation, dans le contexte du 25ème anniversaire de la Convention des droits de l’enfance, a eu lieu au Vatican le lundi 9 décembre 2014. « Le Saint Siège a été parmi les tous premiers à ratifier la Convention sur les droits de l’enfance », rappelle le cardinal Turkson qui invite les catholiques à s’engager aux côtés de tous les enfants qui vivent des situations d’injustice.



Campagne du BICE : « Stop au harcèlement sur Internet »

 

 

« Le Saint Siège a été parmi les tous premiers à ratifier la Convention sur les droits de l’enfance », rappelle le cardinal Turkson qui invite les catholiques à « s’engager aux côtés de tous les enfants qui vivent des situations d’injustice ».

 

« Stop au harcèlement sur Internet » : la conférence de presse de présentation de la campagne internationale du BICE pour la mobilisation, dans le contexte du 25ème anniversaire de la Convention des droits de l’enfance, a eu lieu au Vatican, lundi, 9 décembre 2014.

 

Participaient à la conférence de presse : le cardinal ghanéen Peter Kodwo Appiah Turkson, président du Conseil pontifical Justice et la Paix ; le père Fortunato Di Noto, Fondateur de l’Association Meter ; Olivier Duval, Président du Bureau international catholique de l’enfance (BICE) ; Laetitia Chanut, ancienne victime de cyber-harcèlement et témoin de la campagne du BICE « Stop au harcèlement sur Internet » ; et Flaminia Giovanelli, sous-secrétaire du Conseil pontifical Justice et Paix.

 

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Intervention du Cardinal Peter Kodwo Appiah Turkson

 

J’ai le plaisir de vous souhaiter la bienvenue à la conférence de presse sur le thème Violence sur Internet : une nouvelle forme de violence à prendre en considération.

 

Le Conseil Pontifical pour la Justice et la Paix, en collaboration avec le Bureau International Catholique de l’Enfance (BICE), a voulu organiser cette rencontre pour célébrer le 25ème anniversaire de la Convention relative aux droits de l’enfance, et mettre en lumière cette nouvelle et assez préoccupante forme de violence contre les jeunes et les très jeunes, qui vient s’ajouter à une longue liste d’autres formes de violence et d’asservissement des mineurs que nous connaissons déjà.

 

Malheureusement les exemples se multiplient. Il suffit de penser aux mineurs qui sont victimes de la traite, pour une multiplicité d’objectifs, comme le marché de la prostitution, de la pornographie et de la revente de stupéfiants, la vente d’organes, ou le recrutement de soldats et de mendiants. Aux mineurs contraints de travailler dans des conditions assimilables à l’esclavage ou à la servitude, spécialement dans le secteur agricole, manufacturier, minier ou domestique. Aux mineurs étrangers non accompagnés, beaucoup d’entre eux finissent dans des centres d’identification, d’attente et d’expulsion après avoir affronté , dans le contexte d’immigration irrégulière, des conditions de voyages très dures. Aux jeunes filles victimes de mariages forcés et celle qui sont poussées à offrir le « confort sexuel » aux terroristes dans le contexte du phénomène, qui semble aller en se propageant, du Djihad. Aux nombreux enfants tués avant même d’être nés.

 

Comme on le remarque, la communauté internationale au cours des ans s’est progressivement dotée d’instruments juridiques contraignants pour contrer certains de ces phénomènes graves.

 

Parmi eux, apparaît particulièrement pertinent la Convention déjà citée relative aux droits de l’enfance qui, ensemble avec les deux Protocoles additionnels qui la complètent (celui sur les mineurs impliqués dans les conflits armés, et celui sur la vente des enfants, la prostitution des mineurs et la pornographie mettant en scène des enfants), propose d’assurer aux enfants une série de droits fondamentaux. Ces instruments juridiques se fondent sur la reconnaissance du fait que les mineurs, en raison du manque de maturité physique et intellectuelle, qui les caractérisent, nécessitent « une protection spéciale et des soins spéciaux, en particuliers une protection juridique appropriée, aussi bien avant qu’après la naissance ».

 

Le Saint Siège a été parmi les tous premiers à ratifier la Convention sur les droits de l’enfance et fait partie aussi des Protocoles ajoutés mentionnés précédemment.

 

Sans se s’éloigner de sa mission spécifique, qui est de caractère religieux et spirituel, le Saint Siège a voulu, à travers la ratification de ces traités, « exprimer sa préoccupation constante pour le bien être des enfants et des familles », avec l’espoir que ces accords réussiraient à garantir la protection des droits et des intérêts des enfants, que Saint Jean-Paul II, a défini un « trésor précieux … donné à toutes les générations comme défi à sa sagesse et son humanité ».

 

Malgré l’adoption de ces instruments normatifs et les différents programmes réalisés, au niveau de l’état ou de la société civile, l’humanité n’est pas encore arrivée à éradiquer complètement les diverses formes de violence et d’exploitation des enfants.

 

Dans ce contexte, je voudrais souligner le rôle central de l’éducation, en tant que partie essentielle de l’effort commun de l’humanité pour prévenir et éliminer les terribles plaies rappelées précédemment incluant les violences sur Internet. En fait, pour d’affronter ce phénomène il est nécessaire d’éduquer les jeunes a reconnaître chez les autres personnes la même dignité, à les considérer non pas comme « des ennemis ou des concurrents mais des frères qu’il faut accueillir et embrasser ». Il faut donc, les éduquer aux droits de l’homme, à la justice et à la paix. Ainsi que l’affirme le Pape Benoit XVI dans son Message pour la Journée Mondiale pour la Paix en 2012, ceci implique d’aider les jeunes à découvrir dans l’intimité de leur conscience la loi naturelle, une loi qu’ils ne se donnent pas à eux mêmes et qui les induits « à faire le bien et a fuir le mal, à assumer la responsabilité du bien accompli et du mal commis ».

 

De son côté, le Saint Siège, dans le cadre de sa participation aux instances multilatérales, ne perd pas l’occasion de rappeler aux Etats et aux organisations intergouvernementales leur devoir d’assurer à chaque enfant le droit à la vie et à des conditions de vie compatibles avec la dignité intrinsèque de toutes les personnes humaines. 

 

Elle encourage aussi les Eglises locales et les organisations catholiques ou d’inspiration catholique à s’engager aux côtés de tous les enfants qui vivent des situations d’injustice, de violence et d’exploitation. Quelques unes de ces organisations, le Bureau International Catholique et l’Association Meter, sont présentes ici, représentées par leurs responsables, auxquels je cède volontiers la parole. 

 

 

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Mme Falminia Giovanelli, sous-secrétaire du Conseil pontifical Justice et Paix, a présenté cette réflexion sur les réseaux sociaux et les familles et l’Eglise, à l’occasion de la présentation au Vatican, le 9 décembre, de la campagne du BICE contre le harcèlement sur Internet.

 

Intervention de Mme Flaminia Giovanelli

 

Durant cette brève intervention je voudrais présenter quelques réflexions liées au rapport entre la famille et les réseaux sociaux. Ceci, en considération du rôle de la famille, et en particulier celui des parents, revêtent dans la lutte contre la violence sur Internet. 

 

La campagne du BICE, « Stop au harcèlement sur Internet », recommande d’en parler, quand on en est victime, avec des personnes de confiance et la Campagne en ligne sur Internet, en premier, comme c’est naturel, vont dans cette direction.

 

Perdre du temps

 

Nous le savons, le Pape François a le don de l’efficacité pour aller au cœur du problème. L’année dernière, son discours à l’assemblée plénière du Conseil pontifical pour la famille a raconté son expérience de confesseur : « Quand je confesse un homme ou une femme mariés, jeunes, et que dans la confession vient quelque chose en rapport à un fils ou une fille, je demande : mais combien d’enfants avez vous ? Et ils me le disent, peut-être attendent-ils une autre question après celle-ci. Mais je fais toujours cette seconde question : Dites-moi, Monsieur ou Madame, vous jouez avec vos enfants ? – Comment mon Père ? – Vous perdez votre temps avec vos enfants ? Vous jouez avec vos enfants ? – Mais non, dit-il, quand je sors de la maison le matin – me dit l’homme – ils dorment encore et quand je retourne ils sont au lit. Même la gratuité, cette gratuité du père et de la mère avec ses enfants, est si importante : « perdre son temps » avec les enfants, jouer avec les enfants (1) ».

 

Perdre du temps, en réalité cela veut aussi dire prendre du temps et, par rapport à certaines problématiques, ce qui semble une attitude négative est positif. Le Saint-Père nous l’a toujours rappelé avec la même efficacité dans Evangilii Gaudium, en affirmant comment le temps est supérieur à l’espace (2).

 

Par ailleurs, dans le cas du WEB : nous ne nous demandons jamais combien de temps on perd pour chercher, outre des informations utiles et enrichissantes, mais aussi des informations d’aucun intérêt, si non nocives, se substituant aux relations familiales ? Le même remarque pour la participation aux réseaux sociaux.

 

Ensuite, dans le cas de la question du Pape François  à ses pénitents, on en vient spontanément à se demander si la connexion continuelle dans laquelle vivent les adolescents et les jeunes, dont nous nous lamentons tous, n’a pas une origine dans le fait que nous n’avons pas perdu et ne perdons pas de temps avec eux, c’est à dire de ne pas avoir pris et de ne pas prendre le temps de les écouter.

 

Rapports familiaux et réseaux sociaux

 

Nombreuses sont les enquêtes sociologiques qui prennent en examen la question des risques que comporte le développement galopant des technologies de l’information (Information and Communication Technology), qui exigent que les parents se fassent médiateurs face à l’expérience technologique des enfants (3), enquêtes qui évidemment sont proches des Campagnes présentées il y a peu de temps. Ensuite, il y a des enquêtes qui révèlent comment les réseaux sociaux peuvent être des lieux de rencontre entre les parents et les enfants. Ainsi on constate, par exemple, que la ou les relations familiales sont positives, les potentialités des réseaux sociaux se traduisent plus facilement en une cohésion plus grande, aussi bien inter que intra générations. Par contre là où les relations familiales sont réduites ou conflictuelles, les réseaux sociaux favorisent plus facilement des parcours individualistes, et aussi des formes réduites de relations (4).

 

Certainement, notre monde globalisé dans lequel les familles, passées l’âge de la formation des enfants et petits enfants, voient toujours plus souvent leurs composants vivre loin les uns des autres, les réseaux sociaux constituent un véhicule important d’informations et d’entretien des relations familiales. 

 

Mais à ce propos, je crois qu’il n’est jamais si vrai ce qu’écrivait le Pape dans le Message pour la Journée Mondiale des Communications Sociales de cette année : « Il ne suffit pas de suivre les « routes » numériques, c’est à dire tout simplement être connectés : il faut que la connexion soit accompagnée d’une vraie rencontre. Nous ne pouvons vivre seuls, renfermés sur nous même. Nous avons besoin d’aimer et d’être aimés. Nous avons besoin de tendresse (5) ». Et de toutes façons, dans les moments de solitude, dans les moments extrêmes, le voisinage virtuel même s’il est capable d’exprimer ce voisinage spirituel, ne peut pas se substituer au voisinage physique. 

 

Une mère ou un père peuvent être au courant d’un voyage effectué par leurs enfants le dimanche, ou de ce que les petits enfants ont mangé la veille, mais face à la maladie, si non à la mort, sans qu’un membre de la famille puisse leur tenir la main, il se trouvent dans la solitude absolue. Et que dire des crises existentielles, des dépressions ? Le cas du suicide du fameux acteur Robin Williams m’a profondément touchée : son dernier tweet avait été pour souhaiter une bonne année à sa fille Zelda et cette dernière, pour sa part – ainsi que le rapportaient les journaux l’été dernier – a quitté les réseaux sociaux à cause des offenses à son père qui l’avaient atteinte, joints à tant de messages de solidarité, après sa mort.

 

Quel rôle pour l’Eglise ?

 

On en vient alors à se demander spontanément : quel rôle pour l’Eglise face à ces développements des rapports entre la famille et les communications sociales ?

 

De la lecture des documents des derniers Synodes des évêques, en réalité, il ne me semble pas que soit émergé une attention particulière des Pères Synodaux à ce thème, qui a été, par contre, approfondi dans le Message pour la Journée mondiale des communications sociales de 2013 ? Le Pape émérite relevait, à juste titre, dans le Message de l’année passée, comment l’environnement numérique ne soit pas un monde parallèle ou purement virtuel, mais une partie de la réalité quotidienne de beaucoup de personnes, spécialement des plus jeunes, et que la capacité d’utiliser les nouveaux langages ne soit pas si demandée  pour être dans son temps, tant pour permettre à l’Evangile de trouver des formes d’expression capable d’atteindre nos contemporains (6). Ici sont bien observées les possibilités offertes par le web pour l’évangélisation ou l’assistance spirituelle et comment sont suivis les tweets du Saint-Père ou bien ceux (pas toujours quotidiens!) du cardinal Turkson !

 

Mais en réalité, les problèmes liés à des situations comme celles que j’évoquais il y a peu de temps, ont besoin d’un engagement de l’Eglise qui soit un engagement pastoral pour la famille considérée dans son ensemble, ce « bien immatériel » qui est le fondement de la cohabitation et garant contre la désagrégation social de la nation (7). En d’autre mots, on remarque qu’un engagement pastoral pour la formation des familles est de plus en plus nécessaire, si l’on peut dire, « transcendants », qui soient un lieu privilégié de création, d’éducation, de formation de la personne entendue comme crée par Dieu, faite pour exister par une transcendance imprégnée de mystère. C’est seulement si elle est ainsi comprise que la famille peut dépasser cette conception qui voit seulement ce lieu d’aide mutuelle et de satisfactions des besoins dans laquelle la spiritualité est réduite à une fusion affective, se révélant, ainsi, incapable de donner des réponses aux problèmes existentiels et ultimes de ses composantes (8). 

 

 

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NOTES

 

1. Pape François, audience du 25 octobre 2013.

2. Evangelii Gaudium, nn. 222-225.

3. Cf. Enquête EU « Kids On Line » (http://www.eukidsonline/) présentée au Family TAG Conference, Milan, Ateneo Studi e Ricerche sulla Famiglia, Université Catholique, 18 octobre 2013 – http://centridiateneo.unicatt.it/famiglia-2349.html

4. Cf., p.ex., Family TAG, C. Regalia.

5. Pape François, Message pour la Journée mondiale des communications sociales, 1er juin 2014.

6. Cf. Benoît XVI, Message pour la Journée mondiale des communications sociales, 24 janvier 2013.

7. Cf. Pape François, Discours au Colloque sur la Complémentarité Homme-Femme, 17 novembre 2014.

8. Cfr. G. Riconda in Filosofia della famiglia, Brescia, La Scuola, 2014, recension de F. Tomatis in Avvenire, 5 décembre 2014, p.15.

 

 

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Présentation par M. Olivier Duval, président du BICE

 

Il ne faut être ni complice ni témoins « silencieux » du harcèlement sur Internet, déclare M. Olivier Duval, président du Bureau internationale catholique pour l’enfance, qui a présenté au Vatican l’action du BICE contre le cyber-harcèlement, et il a remis au président du Conseil pontifical Justice et Paix plus de 10 000 engagements des adhérents de cette campagne.

 

Il indique trois bonnes raisons de signer cette charte d’engagement : « Pour n’être ni victime, ni auteur, ni complice, ni témoin silencieux de cyberharcèlement (le phénomène des témoins silencieux est capital, il faut impérativement mieux faire comprendre aux jeunes la nécessité de parler lorsqu’ils assistent à ce type de violence, même sans y participer directement); pour lutter à tous les niveaux contre cette nouvelle forme de violence ; pour donner plus de poids aux actions de plaidoyer du BICE sur cette violence. »

 

Le président du BICE rappelle le contexte de cette initiative comme le25e anniversaire de la Convention relative aux droits de l’enfant et les 65 ans du BICE, « au service de la défense des droits de l’enfant ». Le BICE a en effet été directement impliqué, en lien avec d’autres grandes ONG internationales comme DEI, dans la préparation et la rédaction de la Convention relative aux Droits de l’Enfants adoptée à l’unanimité à l’ONU le 20 novembre 1989.

 

La Mission essentielle du BICE est, précise-t-il, de « prévenir et lutter contre toutes les formes de violence subies par les enfants » (de 0 à 18 ans) et c’est en tant que tel que le BICE « a été alerté en 2013 sur une nouvelle forme de violence : le cyber-harcèlement , ou harcèlement sur Internet ».

 

La remise des signatures au Conseil Pontifical « Justice et Paix » le 9 décembre 2014est « l’un des premiers pas dans notre approche de ce nouveau sujet », commente M. Duval.

 

Les symptômes du harcèlement

 

Il propose cette définition du harcèlement : « Fait de subir, de manière répétée, des moqueries, critiques, insultes ou attaques de la part d’une ou plusieurs autres personnes. Un comportement devient du harcèlement dès lors qu’il est persécutant ou mal vécu. »

 

Il en décline les formes: moral (injures, rumeurs, menaces…), sexuel (sous-entendus, provocations sexuelles), d’appropriation (racket), physique (bagarres, claques…).

 

Il ajoute : « Le harcèlement peut avoir lieu n’importe où : à l’école, dans la rue, au travail… et désormais sur internet ou sur un téléphone portable. Dans ces deux derniers cas on parle de cyber-harcèlement : utiliser internet, les réseaux sociaux, le téléphone, pour porter atteinte à un individu, de manière répétée dans le temps. Ce type de harcèlement a surtout lieu sur les réseaux sociaux, très utilisés par les jeunes : Facebook, mais aussi Instagram, Snapchat, ASK, Twitter, Tumblr »

 

Mais, comment une personne peut-elle être harcelée en ligne ? Il répond: « par des intimidations, insultes, moqueries ou menaces envoyées par SMS ou postées sur des réseaux sociaux auxquels la personne a accès et ses camarades aussi; par la propagation de rumeurs; par le piratage de comptes et usurpation d’identité numérique : ouverture d’un faux compte Facebook au nom de quelqu’un pour faire croire à des rumeurs; création d’un sujet de discussion, d’un groupe ou d’une page sur un réseau social à l’encontre d’un camarade de classe; diffusion d’une photo ou vidéo peu valorisante d’un camarade sans son accord. »

 

Il donne les chiffres d’une « progression très inquiétante » : selon une étude faite en 2009-2011 par EU Kids Online : 5% des jeunes de 5 à 16 ans déclaraient avoir déjà été victimes de cyber-harcèlement ; selon une étude faite en 2013 par l’Observatoire des droits de l’internet auprès de 20 000 jeunes européens, un jeune sur trois avoue avoir été victime de cyber-harcèlement via internet ou téléphone mobile, et un jeune sur cinq concède avoir déjà harcelé.

 

« Le BICE a évoqué avec ses organisations membres dans d’autres régions du monde ce phénomène, pour tenter de mesurer s’il s’agissait pour le moment uniquement d’une préoccupation occidentale, continue lie président du BICE. Il semblerait que le phénomène soit directement corrélé à la diffusion des smartphones (téléphones mobiles permettant d’accéder à Internet) : dès que les smartphones se répandent , les réseaux sociaux se développent. Et dès que les réseaux sociaux se développent, le cyber-harcèlement apparaît et progresse à grande vitesse. Or, il s’est vendu en 2013 près d’un milliard de smartphones dans le monde ! Nous avons donc affaire à un phénomène qui essaime de plus en plus largement. »

 

Il constate les symptômes du cyber-harcèlement : anxiété/stress, honte, démotivation, chute des résultats scolaires, isolement/perte de ses amis, sentiment d’abandon, dépression… et cela « peut aller jusqu’au suicide ».

 

« Stop au harcèlement sur Internet »

 

« Que faire, en tant qu’adultes parfois désemparés par une technologie qui nous dépasse et qui dépasse les adolescents eux-mêmes, qui utilisent des codes et des réseaux différents à 14 ans et à 20 ans, car entre-temps de nouveaux lieux virtuels et techniques sont apparus ? », demande M. Duval qui répond : « La campagne ‘Stop au harcèlement sur Internet’ du BICE propose que la prévention de ce problème passe par l’action des jeunes eux-mêmes. »

 

Et d’expliquer : « Forts de notre expérience dans la lutte contre les violences faites aux enfants, nous avons cherché une initiative simple pour sensibiliser le plus largement possible aux dangers du cyber-harcèlement, mais aussi aux règles de comportement respectueux qui doivent être banalisées. Une charte d’engagement en 5 points nous a semblé être un point d’entrée facile d’accès pour toutes les générations sur ce phénomène. Nous proposons donc à tous, jeunes, parents et grands-parents, d’adhérer à la charte d’eng ag em ent « Stop au harcèlement sur internet », que l’on peut signer en ligne sur www .bice.org. Elle s’adresse à toutes les générations, car il est essentiel que la bonne connaissance de la réalité des pratiques liées aux réseaux sociaux se diffuse auprès des générations adultes, moins touchées directement par le phénomène mais toujours responsables de l’éducation des plus jeunes ! »

 

Il précise : « Avec cette campagne, le BICE nourrit ses actions de plaidoyer pour porter la parole des enfants auprès des institutions nationales et internationales; partage son expérience et son expertise en matière de bientraitance et de lutte contre les violences faites aux enfants; remplit sa mission de sensibilisation du grand public. »

 

Les prochaines étapes

 

L’accueil favorable reçu par cette initiative, aussi bien par les jeunes eux-mêmes via des sessions de sensibilisation en milieu scolaire que par les institutions concernées, engage le BICE dans une réflexion plus large sur le sujet. La campagne avait pour objectif de réunir 10 000 signatures. C’est chose faite.

 

Elle a également été présentée le 12 septembre 2014 au Comité des droits de l’enfant à l’ONU.

 

Il s’agit désormais de continuer à faire vivre cette charte pour mobiliser toujours plus de personnes engagées dans cette lutte et mieux faire connaître ce phénomène.

 

Un projet plus large de prévention, commun à de multiples pays où le BICE mène des programmes de lutte contre les violences subies par les enfants, est actuellement à l’étude.

 

 

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LA CHARTE D’ENGAGEMENT CONTRE LE HARCELEMENT SUR INTERNET

 

 

J’agis (à partir de 13 ans) : en participant à cette campagne, je montre ma volonté d’agir pour prévenir le harcèlement sur Internet, je m’engage à ne pas être auteur de harcèlement et à dissuader les autres de le devenir en en parlant autour de moi :

 

Oui, j’adhère à la campagne contre le harcèlement sur Internet et :

 

1. Je réfléchis avant de publier quelque chose sur Internet (est-ce que j’aimerais que l’on dise la même chose de moi ?),

 

2. Je ne poste pas ou ne partage pas des contenus – rumeurs, moqueries, injures, menaces… – qui peuvent faire du mal aux autres, quel que soit leur âge, même sous un pseudo,

 

3. Je suis conscient(e) qu’il est très difficile d’effacer complètement un contenu publié sur Internet,

 

4. La solution c’est d’en parler ! Si je suis victime ou témoin de harcèlement sur Internet, je décide de réagir, de ne pas (me) laisser faire et d’en parler à des personnes de confiance de mon entourage ou à un réseau spécialisé,

 

5. J’appelle tous les utilisateurs des réseaux sociaux et les institutions à se mobiliser pour faire cesser cette nouvelle forme de violence dont souffrent des millions de jeunes dans le monde.

 

 

 

© Traduction de Zenit, Hugues de Warren

© Source : Zenit. 12 et 13 décembre 2014