01/12/2010

Temps de l’Avent, temps de la paix, choisir la paix !


Le temps de la paix, qui se déroule du premier dimanche de l’Avent à celui de l’epiphanie, est pour tous les chrétiens un moment privilégié pour faire le choix de la paix. Ce temps est marqué par la joie : l’Eglise est appelée à se réjouir de l’avènement du Christ « Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur ; je le répète, réjouissez-vous ! » (invitation du 3ème dimanche de l’Avent, Dimanche de la paix). Mais dans le monde tel qu’il est aujourd’hui, devant tant de guerres et d’injustices, comment se réjouir et vivre en paix, comment choisir la paix ?



Comment se réjouir lorsqu’on voit que l’humanité connaît tant de guerres fratricides ? Comment se réjouir lorsqu’on sait que dans le monde il y a encore des gens qui n’ont pas à manger, pas de quoi s’abriter, qui sont torturés, quand on constate des injustices de toutes sortes ? Quel message de paix leur transmettre ?

 

« Soyez toujours dans la joie du Seigneur. Ne soyez inquiets de rien… », ce réjouissez-vous que Saint Paul adresse aux Philippiens (épître aux Philippiens 4, 4-7) peut paraître abusif ou mieux artificiel pour les peuples qui vivent dans un contexte où il est difficile d’être joyeux et où nous avons toutes les raisons d’être inquiets. Il est certes vrai que les effets de la tristesse (découragement, affadissement, incapacité d’aimer…) si naturels à l’être humain, sont des portes ouvertes à toutes les diversions, à tous les palliatifs plus ou moins décevants et toujours aliénants. Alors comment comprendre cet appel à la joie ?

 

La joie, comme la paix d’ailleurs, est le résultats d’efforts personnels : certains ont la grâce de facilités particulières pour cela ; à nous autres il faut de l’intelligence et de la volonté. A mon sens, pour se réjouir, il faut savoir discerne r où sont les vraies et fausses joies et c’est à travers un cheminement, une expérience que peu à peu se découvre la vraie joie et la vraie paix. Dans ce sens, la vraie paix et la vraie joie ne sont le résultat d’une action, d’une acquisition, d’une chose extérieure. Elles sont un état intérieur, une manière de vivre, de réagir vis-à-vis de soi-même et de son frère et sa sœur. Ce n’est que dans la mesure où nous ouvrirons nos cœurs pour accueillir la Sagesse que nous trouverons la vraie paix et la vraie joie.

 

Dans cette logique, on comprend mieux les paroles du prophète Sophonie, « Laissons éclater notre joie ; Dieu est au milieu de nous… Tu n’as plus à craindre le malheur, il te renouvellera par ton amour. » (Sophonie 3, 14-18) qu’il faudrait relire à la lumière de ce qui a été dit plus haut. Oui, Israël peut se réjouir car il a Dieu pour allié ; il le protège et le défend contre ses ennemis. Le prophète montre que la paix ou la joie sont d’abord l’affaire de Dieu que l’homme accepte ; une œuvre à laquelle il se fie et accepte de collaborer. Sommes nous aujourd’hui dociles et lucides à la présence active de ce Dieu vivant ? Que faire pour l’être ?

 

A cette question posée par les foules à Jean Baptiste (évangile de Saint Luc 3, 18-18) il répond en invitant à aller à l’essentiel : partage et entraide. Aux publicains et aux soldats, il demande la rectitude, la justice et le respect des autres dans l’exercice de leur profession. Il nous rappelle justement ce que l’usure de la vie nous fait oublier : la rectitude de la vie.

 

La paix demande un peu d’humilité sans pour cela perdre sa dignité. Le Baptiste s’anéantit devant cet autre plus puissant que lui. La paix demande que chaque homme donne le spectacle de l’entraide, du partage fraternel ; que chacun ait le souci de mettre au service des autres : dons, talents, qualités reçues gratuitement et sans aucun mérite et qu’il se refuse absolument à faire payer aux autres ce qui lui a été ainsi donné pour eux.

 

Alors notre monde matérialiste verra notre charité, cette fraternité chrétienne descendre jusque dans ce domaine matériel, qui est si souvent le terrain de la chicane et de la dispute, celui où les intérêts s’affrontent d’ordinaire si âprement, et il découvrira que c’est seulement le Christ qui peut réussir à transformer à ce point le cœur des hommes.

 

 

 

Serge Kisita, diacre

 

 

© Source : Journal de Pax Christi « La Paix en marche », 3e trimestre 2006