26/1/2013

Un cri pour l’éternité




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Lors de vacances scolaires, une maman habitant dans le Pays du Haut pensait à la joie de sa fillette à l’idée de disposer d’une journée parfaitement calme. C’était exceptionnel !

 

Ses parents avaient choisi de la prénommer Colombe car leur dernière enfant était née alors que leur pays du Haut était déjà en conflit avec celui du Bas et qu’ils priaient pour que la paix s’installe durablement !

 

Alors, quand sa mère lui disait :

– « Colombe, ma chérie, tu peux aller prendre le coca et les bonbons que j’ai déposés pour vous sur l’étagère d’entrée… »

 

La petite fille était, en effet, folle de joie et se sentait des ailes : elle allait ce jour là pouvoir rejoindre ses deux amis Angèle et Anicet.

 

Ceux-ci habitaient dans le village le plus proche situé en bas de la colline… mais il n’était pas question qu’ils montent, à travers les oliveraies, jusqu’au hameau le hameau de Colombe !

 

Maintenant, on parlait de séparer les villages frontaliers en les encerclant d’une clôture électrique.

 

Sur une parcelle cultivée leur appartenant, les parents d’Angèle et Anicet avaient construit une cabane en pierres sèches, c’est là que les enfants se sentaient en sécurité pour se retrouver. Souvent, une des mamans avait cuit dans son four à bois des galettes au cœur délicieusement doux qu’ils partageaient pour leur goûter.

 

Malgré cette guerre s’éternisant entre leurs deux peuples, les familles des enfants avaient su sauvegarder des relations amicales en participant à une association qui voulait croire à la paix à construire chaque jour. Ils pensaient que la nouvelle génération devait apprendre à vivre ensemble et, pour cela, il ne fallait pas s’enfermer chacun chez soi.

Malheureusement, leurs espoirs qu’une solution juste soit trouvée, étaient souvent déçus à cause de tant de personnes qui, là et ailleurs, ne recherchent que leurs intérêts et font tout pour semer le désordre et raviver les conflits !

 

Jusque là, dans le périmètre où se trouvaient leurs deux habitations, il n’y avait pas eu de tirs d’artillerie ni de lancements de roquettes de part et d’autre.

 

Seuls bruits : les survols de l’armée de l’air qui observait la zone… mais les enfants s’y étaient habitués à la longue…

 

Cependant – ce jour là – la mère de Colombe, avait appris que les frappes aériennes allaient s’intensifier. La veille, des personnes avaient été tuées sur la plage en plein jour !

 

Par conséquent, en riposte, les belligérants multipliaient leurs attaques contre des villes. Les cars ne circulaient plus…

 

Colombe fut bien déçue quand elle comprit qu’elle ne pourrait quitter la maison et ce jour lui sembla bien long !

 

Que de soupirs !

 

Comme elle aurait aimé chanter, courir, rêver avec sa chère Angèle, toujours pleine d’imagination, et avec son petit frère si rieur… Celui-là, elle ne l’avait jamais vu autrement qu’entrain de sourire et « qu’est-ce qu’il aimait les bonbons, ce petit gourmand ! »

 

Elle avait surpris des conversations entre Manu, son frère de 17 ans, et ses parents. Il leur disait qu’il refuserait d’aller dans l’armée :

– « Trop d’injustices et de violences…, s’énervait-il, mes copains mutilés, pleurant leur jeunesse, et sans parler des tués… »

 

Les adultes se taisaient devant Colombe mais, de plus en plus souvent, elle ressentait une menace.

Désœuvrée et inquiète, elle tournait tellement autour de sa mère que celle-ci fut bien aise de l’envoyer se coucher de bonne heure !

 

En pleine nuit, des bruits d’explosions la réveillèrent. Elle sauta du lit et se rua vers la chambre de ses parents. Personne !

 

Elle trouva sa mère, seule, devant la maison, et celle-ci reçut son petit oiseau affolé sur son cœur. Comme elle tremblait sa petite fille !

 

– « Où est papa ? Où est Manu ? »

– « Ils sont allés aux nouvelles. »

 

La maman savait qu’ils étaient allés porter secours aux victimes de ce raid aérien quelles qu’elles puissent être et que cela comporte de grands risques.

 

« Combien de familles en deuil au lever du jour ? », songe-t-elle avec désespoir en scrutant l’obscurité.

 

Tout à coup surgissent trois hommes.

– « Vite, rentrons et fermons la porte. »

Les voici tous deux revenus soutenant un adulte couvert de sang.

 

Lorsque Rebecca voit son visage exténué, défait par la douleur, elle reconnait le père de ses amis.
– « Pourquoi ? Pourquoi ? »

 

L’enfant est immobile, comme hébétée. Sans plus attendre, sa mère va la remettre dans son lit.

– « Sois une grande fille, ma chérie, je reviens très vite auprès de toi mais il nous faut soigner les blessures de notre ami. »

 

Les larmes coulent mais Colombe saura se montrer courageuse, elle aussi. Comme c’est long, ce retour de maman !

 

N’y tenant plus, la fillette se glisse dans le couloir et épie les conversations.

 

Les voix se mêlent :

– « Il n’est pas un terroriste quand même ! »

– « Certes, mais il est recherché ; certains voisins vont nous dénoncer. On va voir arriver la police dés le lever du jour… »

– « Dés que j’ai retrouvé quelques forces, je m’en vais. »

– « Certes non, dit sa mère, votre blessure à la poitrine s’ouvrira au moindre mouvement. Il faut attendre notre ami médecin qui est en route. »

– « Nous pourrions nous cacher dans la cabane de l’oliveraie, le porter là-bas tant qui fait nuit ? Maintenant chacun est chez soi, toutes portes closes. »

 

Rebecca, accroupie derrière la porte capte encore des mots devenus familiers à ses oreilles mais si cruels ! « Activistes », « otages », « assassinats »…

 

Elle finit par s’endormir sur place, exténuée… Elle est si jeune !

 

Les avions bruyants recommencent leur ronde infernale et d’horribles explosions la réveillent à nouveau.

 

Le jour s’est tout juste levé. Elle se précipite dans la cuisine. Sa longue chevelure d’ébène flottant au vent…

 

Avant que sa maman ne puisse l’arrêter, Colombe court à toutes jambes jusqu’au bout du chemin.

 

La cabane de leurs jeux est cernée par un agglomérat de jeeps et de soldats en armes.

 

Au loin, le village d’Angèle et Anicet brûle… Tout est ruine…

 

Colombe veut hurler mais jamais son cri ne pourra jaillir.

 

Le cœur d’une petite fille qui avait deux amis vient de se briser.

 

 

 

 

Marie- France Faure

13 juillet 2006

© « Saveurs de Paix » – Pax Christi France

 

 

Conte de Paix à partir de 10 ans : les souffrances apportées par la guerre…

 

Thème : Souffrance et incompréhension des enfants dans un pays divisé où les conflits se règlent par les armes et la terreur. Malgré la guerre, l’amitié reste possible et le désir de paix peut se manifester même dans les situations les plus cruelles.

 

 

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