10/12/2015

Un nouveau document sur les relations entre catholiques et juifs


Cinquante après la promulgation de la Déclaration conciliaire Nostra aetate, la commission du Saint Siège pour les relations religieuses avec le judaïsme publie le 10 décembre 2015 une réflexion théologique sur les rapports entre l’Eglise catholique et les juifs. Avec ce nouveau document, intitulé “les dons et l’appel de Dieu sont irrévocables” (Rm 11, 29), c’est une nouvelle impulsion donnée au dialogue judéo-chrétien, et notamment la lutte contre l’antisémitisme..



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“Les dons et l’appel de Dieu son irrévocables” 10 décembre 2015 >>

 

 

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Les objectifs du dialogue avec le judaïsme

 

 

Les dons et l’appel de Dieu sont irrévocables (Romains 11, 29) : c’est le titre d’un nouveau document de la Commission pontificale pour les rapports religieux avec le judaïsme qui indique notamment les objectifs du dialogue entre l’Eglise catholique et le judaïsme, et en particulier la lutte contre l’antisémitisme.

 

Il a été publié au Vatican ce jeudi 10 décembre, à midi, en français, anglais, italien, espagnol et allemand.

 

Cette publication survient au moment de la fête juive de Hanoucca (6-14 décembre), qui exprime la victoire de la Lumière de la Torah.

 

Anniversaire de « Nostra ӕtate »

 

Le document a été élaboré pour marquer le 50e anniversaire de la Déclaration conciliaire Nostra ӕtate sur les rapports de l’Eglise avec le judaïsme et avec les autres religions.

 

Le document a été présenté par le cardinal Kurt Koch, président de la Commission pontificale pour les rapports religieux avec le judaïsme ; par le P. Norbert Hofmann, S.D.B., secrétaire de ce même dicastère ; par le rabbin David Rosen, directeur international des Affaires interreligieuses de l’American Jewish Committee (AJC), de Jérusalem (Israël) ; par le Dr. Edward Kessler, directeur fondateur de l’Institut Woolf, de Cambridge (Royaume-Uni).

 

Le document rassemble « des réflexions sur des questions théologiques concernant les relations catholico-juives à l’occasion du 50e anniversaire de Nostra ӕtate (n. 4) ».

 

Le cardinal Koch souligne que ce 4e document de la Commission pour le dialogue religieux avec le judaïsme n’est pas un document du « magistère » théologique mais il entend stimuler la réflexion théologique ultérieure. Il signale par exemple que le rapport incontournable entre le judaïsme et la « Terre », Eretz, devra être approfondi. C’est un document catholique à l’usage des catholiques.

 

Sa septième section indique les objectifs du dialogue entre l’Eglise catholique et le judaïsme (n. 44-49).

 

Lutte contre l’antisémitisme

 

Le n. 47 insiste sur la lutte commune contre l’antisémitisme : « Un autre objectif important du dialogue juif-catholique consiste dans un engagement commun s’opposant à toutes manifestations de discrimination raciale contre les juifs et toutes formes d’antisémitisme », y compris contre « les formes les plus imperceptibles d’antisémitisme ».

 

« Nous avons assisté à la tragédie humaine de la Shoah qui a coûté la vie aux deux tiers des juifs d’Europe », rappelle le document, cité par le cardinal Koch.

 

Le document invoque les racines juives du christianisme : « Nos deux traditions de foi sont appelées à exercer ensemble une vigilance incessante, tout en étant attentives aussi aux questions sociales. Au nom des solides liens d’amitié entre juifs et catholiques, l’Église catholique se sent tenue de faire avec ses amis juifs tout ce qui est en son pouvoir pour contrecarrer les tendances antisémites. Le Pape François a souligné maintes fois qu’un chrétien ne peut pas être antisémite, notamment à cause des racines juives du christianisme. »

 

La Bible, la formation des prêtres et des jeunes

 

« Le premier objectif du dialogue est l’approfondissement de la connaissance mutuelle entre juifs et chrétiens » (n. 44). Cela inclut la collaboration aux études bibliques : « Dans la préface du Cardinal Joseph Ratzinger au document de la Commission biblique pontificale de 2001 intitulé Le peuple juif et ses Saintes Écritures dans la Bible chrétienne, il est souligné combien les chrétiens respectent l’interprétation juive de l’Ancien Testament. Il y est mis en évidence que “les chrétiens peuvent apprendre beaucoup de l’exégèse juive pratiquée depuis plus de 2000 ans ; en retour, les chrétiens peuvent espérer que les juifs pourront tirer profit des recherches de l’exégèse chrétienne”. Dans le champ de l’exégèse, nombreux sont désormais les chercheurs juifs et chrétiens qui travaillent ensemble et trouvent cette collaboration mutuellement enrichissante, précisément parce qu’ils appartiennent à des traditions religieuses différentes. »

 

Un effort qui doit se poursuivre dans le domaine de la formation des prêtres et de l’éducation des jeunes (n. 45) : « Les changements fondamentaux dans les rapports entre chrétiens et juifs initiés par Nostra Ætate (n. 4) doivent également être portés à la connaissance des générations futures et être reçus et diffusés par elles. »

 

Les œuvres de miséricorde

 

Puis il y a « l’engagement pour la justice et la paix dans le monde, la préservation de la création et la réconciliation » (n .46), qui inclut le travail pour le respect de la liberté religieuse : « La paix en Terre Sainte – qui fait défaut et pour laquelle nous prions constamment – joue un rôle de premier plan dans le dialogue entre juifs et chrétiens. »

 

« La sphère sociale et caritative présente un champ d’activité fécond, puisque tant l’éthique juive que chrétienne font un impératif du soutien aux pauvres, aux plus défavorisés et aux malades », continue le n. 48.

 

Le document site un exemple de collaboration dans ces domaines en Argentine : « Lors de la grave crise financière de 2004 en Argentine, la Commission pour les relations religieuses avec le judaïsme et le Comité juif international pour les consultations interreligieuses (IJCIC) ont uni leurs efforts pour organiser des soupes populaires pour les plus démunis et les sans-abri et pour fournir des repas aux enfants appauvris, qui ont pu ainsi continuer à fréquenter l’école. »

 

Le document encourage un engagement actif : « La plupart des Églises chrétiennes ont de grandes organisations caritatives et il en existe de même dans le judaïsme : ces organisations pourraient travailler ensemble pour venir en aide aux indigents. (…) Juifs et chrétiens ne peuvent tout simplement pas accepter la pauvreté et la souffrance humaine ; ils sont appelés au contraire à s’engager activement pour résoudre ces problèmes. »

 

En citant saint Jean-Paul II, le paragraphe 49  souligne qu’en « coopérant côte à côte, les juifs et les chrétiens devraient s’efforcer d’œuvrer pour un monde meilleur » : « S’adressant aux représentants du Comité central juif en Allemagne et de la Conférence rabbinique, le 17 novembre 1980 à Mayence, c’est à cette coopération que Saint Jean-Paul II appelait : “Juifs et chrétiens, les uns et les autres fils d’Abraham, sont appelés à être une bénédiction pour le monde, dans la mesure où ils s’engagent ensemble pour la paix et la justice de tous les hommes, et où ils le font en plénitude et en profondeur, comme Dieu lui-même l’a pensé pour nous, et avec la disponibilité au sacrifice que ce noble projet peut exiger.” »

 

 

© Source : Zenit. 10 décembre 2015

 

 

 

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“Dieu a confié à Israël une mission spéciale”

 

Pour en finir avec la théorie de la substitution

 

 

« Pour les chrétiens, la Nouvelle Alliance n’est pas l’annulation ou la substitution des promesses de l’Ancienne, mais leur accomplissement » affirme le document publié ce 10 décembre 2015 par la Commission pontificale pour les rapports religieux avec le judaïsme. « Dieu a confié à Israël une mission spéciale », affirme le document.

 

Les dons et l’appel de Dieu sont irrévocables (Romains 11, 29) : c’est le titre de ce nouveau document élaboré pour marquer le 50e anniversaire de la Déclaration conciliaire Nostra ӕtate sur les rapports de l’Eglise avec le judaïsme et avec les autres religions.

 

Le document a été présenté par le cardinal Kurt Koch, président de la Commission pontificale pour les rapports religieux avec le judaïsme ; par le P. Norbert Hofmann, S.D.B., secrétaire de ce même dicastère ; par le rabbin David Rosen, directeur international des Affaires interreligieuses de l’American Jewish Committee (AJC), de Jérusalem (Israël) et par le Dr. Edward Kessler, directeur fondateur de l’Institut Woolf, de Cambridge (Royaume-Uni).

 

Le document rassemble « des réflexions sur des questions théologiques concernant les relations catholico-juives à l’occasion du 50e anniversaire de Nostra ӕtate (n. 4) ».

 

Et notamment, il refuse la théorie du « remplacement » ou de la « substitution » car jamais Dieu ne renie l’Alliance scellée avec Abraham : « L’alliance que Dieu a conclue avec Israël n’a jamais été révoquée et elle demeure toujours valable, en raison de la fidélité sans faille de Dieu envers son peuple. En conséquence, la Nouvelle Alliance à laquelle les chrétiens croient ne peut être conçue que comme l’affirmation et l’accomplissement de l’ancienne. C’est pourquoi les chrétiens sont convaincus aussi qu’à travers la Nouvelle Alliance, l’alliance abrahamique a été étendue à tous les peuples, en acquérant ainsi l’universalité contenue dès l’origine dans l’appel d’Abram. »

 

Plus encore, cette fidélité est essentielle aussi pour la foi catholique, au point que le document parle « d’interdépendance » : « Ce recours à l’alliance abrahamique est si essentiellement constitutif de la foi chrétienne que sans Israël, l’Église risquerait de perdre son rôle dans l’histoire du salut. Toujours dans la perspective de l’alliance abrahamique, les juifs pourraient de leur côté arriver à la conclusion que sans l’Église, Israël risquerait de demeurer trop particulariste et de ne pas saisir l’universalité de son expérience de Dieu. En ce sens fondamental, Israël et l’Église demeurent liés l’un à l’autre à cause de l’Alliance, et sont interdépendants l’un de l’autre. »

 

Le document affirme l’élection d’Israël et une « seule histoire de l’alliance de Dieu avec les hommes » : « Israël est par conséquent le peuple élu et aimé de Dieu, le peuple de l’alliance jamais abrogée ni révoquée. »

 

Puis le document parle du salut en citant un important document de 1985 : Notes pour une présentation correcte des juifs et du judaïsme dans la prédication et la catéchèse de l’Église catholique, qui affirme que « l’Église et le judaïsme ne sauraient être présentés comme “deux voies de salut parallèles” », et que l’Église doit « témoigner du Christ Rédempteur à tous » (n. I, 7). »

 

Le paragraphe suivant reconnaît la mission « spéciale » d’Israël : « De la profession de foi chrétienne qu’il ne peut y avoir qu’une seule voie menant au salut, il ne s’ensuit d’aucune manière que les juifs sont exclus du salut de Dieu parce qu’ils n’ont pas reconnu en Jésus Christ le Messie d’Israël et le Fils de Dieu. (…) Dieu a confié à Israël une mission spéciale, et il ne portera pas à son accomplissement son mystérieux plan de salut pour tous les peuples (cf. 1 Tm 2, 4) sans y faire participer son “Fils premier-né” (Ex 4, 22). »

 

« Du point de vue théologique, le fait que les juifs prennent part au salut de Dieu est indiscutable », affirme le document qui y voit un « mystère insondable » du dessein de Dieu : « Ce n’est donc pas un hasard si les considérations sotériologiques de Paul en Romains 9-11 sur la rédemption irrévocable d’Israël à la lumière du mystère du Christ culminent dans cette magnifique doxologie : “Ô profondeur de la richesse, de la sagesse et de la science de Dieu ! Que ses jugements sont insondables et ses vues impénétrables” (Rm 11, 33). »

 

Le document tient donc ensemble « la perspective théologique de l’universalité du salut en Jésus Christ » et « la permanence de l’alliance entre Dieu et Israël ».

 

Le texte cite en outre les paroles de saint Jean-Paul II, le 17 novembre 1980 à Mayence, à l’occasion de sa rencontre avec des représentants des communautés juives, affirmant que « l’Ancienne Alliance n’avait jamais été révoquée par Dieu » : « La première dimension de ce dialogue, à savoir la rencontre entre le peuple de Dieu de l’Ancien Testament, jamais révoquée par Dieu […], et celle du Nouveau Testament, est en même temps un dialogue interne à notre Église, pour ainsi dire entre la première et la deuxième partie de sa Bible » (n. 3).

 

Le nouveau document fait observer que cette affirmation est reprise dans le Catéchisme de l’Église catholique de 1993, qui dit que « l’Ancienne Alliance n’a jamais été révoquée » (n. 121).

 

Une autre partie du document est consacrée à l’évangélisation : la conférence de presse de présentation a souligné le refus de tout prosélytisme à l’égard des juifs.

 

 

© Source : Zenit. 10 décembre 2015

 

 

 

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Un “changement révolutionnaire”

par le rabbin Rosen

 

 

Intervention du rabbin David Rosen

 

Tout d’abord, permettez-moi d’exprimer ma profonde gratitude au cardinal Koch, à Mgr Farrell et au père Hofmann, pour cette invitation à partager le podium lors de cette conférence de presse. Comme l’a noté le père Hofmann, la présence ici de représentants juifs est en soi un témoignage puissant et éloquent de la fraternité retrouvée entre catholiques et juifs. Et même si le document publié est destiné aux fidèles catholiques, et s’adresse à eux, dans la mesure où il concerne la relation de l’Église avec le peuple juif, c’est une marque délicate de respect à l’égard de celui-ci que d’avoir une présence juive à une telle conférence de presse. C’est très encourageant et cela reflète le changement véritablement révolutionnaire dans l’approche catholique envers les juifs et le judaïsme.

 

En effet, comme l’indique ce document, l’article 4 de la Déclaration du concile Vatican II sur les relations de l’Église avec les religions non chrétiennes, qui traite de la relation de l’Église avec le peuple juif (et que le présent document décrit comme le « cœur » de Nostra ӕtate), était surtout remarquable précisément parce qu’il inaugurait cette nouvelle approche positive d’« estime fondamentale » et qui a été décrite comme une révolution copernicienne dans l’attitude de l’Eglise envers le judaïsme et la communauté juive.

 

Comme l’a fait observer le cardinal Koch dans sa présentation lors de la célébration officielle du cinquantième anniversaire de Nostra ӕtate, ici, à Rome, il y a six semaines : « Pour la première fois dans l’histoire, (un) concile œcuménique s’est exprimé explicitement et positivement à l’égard de la relation entre l’Église catholique et le judaïsme », servant de « boussole vers la réconciliation entre les chrétiens et les juifs, valable pour le présent comme pour l’avenir ».

 

Nostra ӕtate a ouvert la voie aux papes ultérieurs pour qu’ils affirment davantage le lien unique entre l’Église et le peuple juif dont rend compte ce texte, et voient la communauté juive comme une source vivante d’inspiration divine pour l’Église. Selon les paroles du pape François, « Dieu continue à œuvrer dans le peuple de la première Alliance et fait naître des trésors de sagesse qui jaillissent de sa rencontre avec la Parole divine » (Evangelii gaudium, 249).

 

Le résultat de ce regard positif pour le peuple juif est le rejet clairement affirmé dans ce document de quelque « théologie de remplacement ou de substitution qui opposerait l’une contre l’autre une Église des Gentils [contre une] synagogue rejetée dont elle prendrait la place ».

 

Ce que ce document révèle en conséquence est non seulement l’avancement des recommandations faites dans les lignes directrices de 1974 sur Nostra ӕtate, d’apprécier et de respecter la compréhension de soi juive ; mais aussi une reconnaissance approfondie de la place de la Torah dans la vie du peuple juif ; et (en conformité avec les travaux de la Commission biblique pontificale) une reconnaissance de l’intégrité de la lecture juive de la Bible qui est différente de celle des chrétiens. En effet, le fait même que le document cite aussi abondamment des sources rabbiniques est un témoignage supplémentaire de ce respect.

 

Permettez-moi de rappeler à nouveau le point que le cardinal Koch et le père Hofmann ont tous deux souligné, que c’est un document catholique reflétant la théologie catholique. Inévitablement ensuite, il contient des passages qui ne résonnent pas et ne peuvent pas résonner avec une théologie juive. Cependant, comme cela a déjà été mentionné, tout à son honneur, ce document vise à refléter une compréhension sincère de la compréhension de soi juive.

 

Peut-être puis-je alors me permettre, dans l’esprit de notre respect et de notre amitié mutuels de souligner que, pour respecter pleinement la compréhension de soi juive, il est également nécessaire d’apprécier la place centrale que représente la Terre d’Israël dans la vie religieuse historique et contemporaine du peuple juif, et cela semble manquer.

 

En effet, sur le plan même de l’histoire des jalons le long de ce parcours remarquable depuis Nostra ӕtate, l’établissement de relations bilatérales complètes entre l’État d’Israël et le Saint-Siège (très guidé et encouragé par le saint pape Jean-Paul II) a été l’un des points forts historiques. En outre, le préambule et l’article premier de l’Accord fondamental entre les deux parties, reconnaît précisément cette signification. Sans Nostra ӕtate, l’établissement de ces relations n’aurait sûrement pas été possible. L’Accord fondamental a non seulement ouvert la voie aux pèlerinages pontificaux historiques en Terre sainte, et donc à la création de la commission bilatérale avec le Grand Rabbinat d’Israël, mais il reflète sans doute plus que toute autre chose le fait que l’Église catholique a vraiment renié sa représentation du peuple juif comme des vagabonds condamnés à être des sans-domicile jusqu’à l’avènement final.

 

La référence du document à l’état des minorités religieuses comme le test décisif en ce qui concerne la liberté religieuse, est particulièrement pertinente dans le Moyen-Orient aujourd’hui ; et donc la situation des chrétiens en Israël à laquelle le document fait référence, est en contraste frappant avec la plupart des autres endroits dans la région.

 

Toutefois, permettez-moi de vous faire observer que l’importance de la relation judéo-chrétienne en Terre sainte n’est pas simplement de prouver la question de la liberté religieuse. C’est également un test décisif de la mesure dans laquelle Nostra ӕtate et l’enseignement ultérieur du Magistère sont assimilés, précisément là où les chrétiens sont une minorité et les juifs sont la majorité et pas seulement vice versa ; à cet égard, il reste encore beaucoup de travail d’éducation à faire.

 

La référence à la paix en Terre sainte comme pertinente pour la relation judéo-catholique est également importante. Les peuples y vivent dans l’aliénation et la déception mutuelles, et je crois que l’Église catholique peut jouer un rôle important dans la reconstruction de la confiance, telle l’initiative de prière pour la paix prise par le pape François. Permettez-moi d’exprimer l’espoir qu’il y aura bientôt d’autres initiatives pour permettre à la religion d’être une source de guérison plutôt que de conflit ; et de veiller à ce que celles-ci soient coordonnées avec ceux qui ont l’autorité politique pour ouvrir la voie et pour permettre à la terre et à la ville de la paix de réaliser son nom.

 

Permettez-moi d’exprimer ma gratitude particulière pour l’accent mis par le document sur la responsabilité des « établissements d’enseignement, en particulier |ceux pour] la formation des prêtres, [d’]intégrer dans leurs programmes à la fois Nostra ӕtate et les documents ultérieurs du Saint-Siège concernant la mise en œuvre de la déclaration conciliaire ». On peut dire que cela reste le défi le plus notable qui consiste à ce que ces réalisations descendent du sommet où elles ont été conçues jusqu’à la base, universellement.

 

De même, l’appel à une action conjointe ne pourrait être plus opportun. Le document se réfère à la collaboration du Comité international de liaison catholique-juif (CIL) en Argentine en 2004 ; et je pourrais ajouter que, par la suite, il y a eu une collaboration importante à la réunion du CIL au Cap, où les organisations et les initiatives de services de santé, juives et catholiques, qui travaillent en particulier avec les victimes du sida, se sont réunies pour faciliter la collaboration et devenir plus grandes que la somme de leurs différentes parties. Je rejoins tout à fait les sentiments exprimés dans ce document selon lesquels nous pouvons faire beaucoup plus ensemble à la fois dans la lutte contre les maux de la société moderne et dans la lutte contre les préjugés, l’intolérance et l’antisémitisme que l’Église a déjà vigoureusement condamné, ce qu’elle réitère dans ce document.

 

Enfin, permettez-moi d’aborder le sujet de la « complémentarité » à laquelle le document fait référence, avec les propres paroles du pape François dans Evangelii gaudium : « Lire ensemble les textes de la Bible hébraïque (…) et approfondir les richesses de la Parole » (249). Ce document élargit encore la notion de complémentarité quand il déclare que « d’une part (…) l’Église sans Israël serait en danger de perdre son locus dans l’histoire du salut » ; puis il ajoute : « de même (!) (…) les juifs pourraient arriver à l’idée qu’Israël sans l’Église courrait le danger de rester trop particulariste et de ne pas saisir l’universalité de son expérience de Dieu ».

 

Permettez-moi de noter qu’il n’y a guère de symétrie à cet égard. La première expression est celle d’une compréhension du caractère intrinsèque de l’Église, tandis que la seconde est une mise en garde contre un malentendu possible et peut-être même un abus de la notion juive de l’élection et une perte du sens de la responsabilité universelle. Non seulement il y a une profonde asymétrie entre les deux, dans la mesure où le besoin d’Israël qu’a l’Église est une question fondamentale pour la compréhension de soi du christianisme ; mais le danger réel de l’insularité ethnique est quelque chose dont le judaïsme aurait eu du mal à être conscient avant l’émergence du christianisme, et en cela le judaïsme a précisément « besoin » de l’Église. Cet avertissement est très important dans les livres prophétiques de la Bible hébraïque, peut-être de manière encore plus dramatique dans le texte d’Amos, et il ressort tout au long de la littérature juive talmudique et médiévale.

 

Et d’autre part, on peut noter qu’une doctrine qui s’affirmerait universelle est tout aussi dangereuse, car elle peut devenir exclusive, impérialiste et triomphaliste, et plus encore.

 

Néanmoins, au cours des siècles, des sommités juives ont en effet elles-mêmes élaboré un concept de complémentarité en voyant le christianisme comme un moyen divin par lequel les vérités universelles, que le judaïsme a apportées au monde, peuvent en fait être plus efficacement diffusés dans tout l’univers au-delà des limites imposées par le peuple juif.

 

Rabbin Samson Raphael Hirsch, un des plus grands dirigeants rabbiniques du XIXe siècle, a même vu la rupture entre l’Église et la Synagogue comme un élément nécessaire de ce plan divin pour faciliter la tâche universelle du christianisme.

 

Certains sont allés un peu plus loin à cet égard en comprenant le concept de complémentarité dans les rôles parallèles, d’une part de l’accent juif sur l’alliance communautaire avec Dieu et d’autre part de l’accent chrétien sur la relation individuelle avec Dieu, comme pouvant servir à s’équilibrer mutuellement. En effet, il y a ceux qui ont suggéré que l’autonomie communautaire, affirmée par le judaïsme, peut servir de manière plus appropriée comme modèle de société moderne et multiculturelle, alors que le christianisme peut offrir une meilleure réponse à l’aliénation individuelle dans le monde contemporain.

 

Une autre suggestion de certains théologiens à propos de cette complémentarité se rapporte à la relation entre le rappel juif, selon lequel le Royaume des Cieux n’est pas encore totalement arrivé, et la conscience chrétienne que le Royaume, à certains égards, est déjà enraciné dans l’ici et maintenant.

 

Cependant, le fait même que nous pouvons parler de complémentarité est en soi une puissante démonstration de toute la distance parcourue sur ce chemin remarquable de transformation et de réconciliation entre catholiques et juifs au cours du dernier demi-siècle. Cela a été en grande partie grâce au travail quotidien et à la direction de la Commission pontificale pour les relations religieuses avec le peuple juif, et le document publié aujourd’hui est un jalon important de plus sur ce chemin vraiment merveilleux pour lequel nous devons tous rendre grâce à l’unique Créateur et Guide du ciel et de la terre.

 

 

© Traduction de Zenit, Constance Roques

© Source : Zenit. 10 décembre 2015

 

 

 

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Juifs et catholiques, mêmes défis

Intervention du Professeur Edward Kessler au Vatican

 

 

Intervention du prof. Edward Kessler

 

Le chapitre 4 de Nostra ӕtate a marqué le début d’une nouvelle approche dans les relations judéo-catholiques et la fin de l’enseignement millénaire du mépris (« l’enseignement du mépris » : terme employé par le survivant de l’Holocauste, Jules Isaac, qui a rencontré le pape Jean XXIII) des juifs et du judaïsme. Il a affirmé sans équivoque la dette de l’Église envers son héritage juif et a inauguré une nouvelle ère, de nouvelles attitudes, un nouveau langage et discours jamais entendus auparavant dans l’Église catholique au sujet des juifs. Le concept de dialogue est maintenant entré dans cette relation.

 

Maintenant, cinquante ans plus tard, sous la direction du cardinal Koch, un nouveau document a été publié par la Commission pontificale pour les rapports religieux avec le judaïsme, qui considère certaines questions théologiques clés qui sont au cœur d’une relation intime, complexe et unique. Ses prémices théologiques se basent sur le fait que, comme l’a déclaré Nostra ӕtate, « les apôtres sont nés du peuple juif » ; ils sont les fondements et colonnes de l’Église qui « se nourrit de la racine de l’olivier franc sur lequel ont été greffés les rameaux de l’olivier sauvage que sont les Gentils ». Ce document rappelle donc aux chrétiens, à juste titre, les origines juives du christianisme et surtout que Jésus était un juif fidèle.

 

En conséquence de ce changement d’état d’esprit, incarné par Nostra ӕtate, l’Église catholique romaine est passée de ce qui était, en grande partie, un besoin de condamner le judaïsme à une nécessité de condamner l’anti-judaïsme. Ceci a conduit, non pas à une séparation de tout ce qui est juif mais, en fait, à une relation plus proche avec « le frère aîné ». Le nouveau document, que je salue et dont je me félicite, rappelle aux chrétiens cette relation fraternelle tout en définissant un programme théologique pour les discussions futures.

 

Le rabbin Rosen a soulevé la question des relations entre le Saint-Siège et l’État d’Israël et les défis, théologiques et politiques, que cela représente. Mes remarques seront donc axées sur des sujets autres que la Terre sainte.

 

Je voudrais, en particulier, aborder un concept qui a été profondément troublant pour les relations judéo-chrétiennes et que le nouveau document n’évite pas, ce qui est louable : la revendication chrétienne à être le peuple de l’alliance successif, élu par Dieu pour remplacer Israël à cause de l’infidélité de ce dernier, qui a conduit à la théorie de la substitution, également connue comme la théologie du remplacement. Tel est l’enseignement selon lequel, depuis l’époque de Jésus, les juifs ont été remplacés par les chrétiens dans la faveur de Dieu, et le christianisme a hérité de toutes les promesses de Dieu faites au peuple juif.

 

Le nouveau document aborde un dilemme qui est au cœur de la compréhension chrétienne d’aujourd’hui du judaïsme, démontré même par Nostra ӕtate. D’une part, le document stipule que « l’Église est le nouveau peuple de Dieu », tandis que, d’autre part, les juifs « sont des bien-aimés [de Dieu] et cela, à cause de leurs pères. Les dons gratuits de Dieu et son appel sont sans repentance » (Romains 11, 28-29).

 

La discussion sur la théologie de l’alliance connaît une résurgence dans les conversations contemporaines entre savants chrétiens et juifs, et je salue cette affirmation du nouveau document : « La Nouvelle Alliance, pour les chrétiens, n’est donc ni l’annulation ni le remplacement, mais l’accomplissement des promesses de l’Ancien Testament. » Toutefois, permettez-moi, s’il vous plaît, de donner un avertissement : il est facile de glisser de l’accomplissement au remplacement et la théorie de la substitution est bel et bien vivante dans les bancs des fidèles. En tant que partenaire juif dans le dialogue, je souhaiterais poursuivre la réflexion sur ce que l’accomplissement signifie en termes de relations avec le judaïsme et sur la manière dont nous pouvons garantir que la transformation des relations ne se limite pas à l’élite, mais qu’elle s’étend de la Cité du Vatican jusqu’aux bancs de l’Église et des bureaux des grands rabbins jusqu’aux étages de nos synagogues.

 

Cela souligne la nécessité, dans une perspective chrétienne, d’une réflexion sur la survie du peuple juif et sur la vitalité du judaïsme depuis plus de 2000 ans – c’est le « mystère d’Israël », sur lequel Paul réfléchit dans son épître aux Romains. Une des raisons pour lesquelles la déclaration Nostra ӕtate est considérée à juste titre comme un jalon dans les relations judéo-chrétiennes, est qu’elle a commencé un processus extrêmement difficile et coûteux – à savoir, prendre « l’autre » au sérieux comme on voudrait soi-même être pris au sérieux. En d’autres termes, comme l’expriment les lignes directrices de 1975, le judaïsme et le christianisme doivent être compris selon leurs propres termes. Le nouveau document a encore du chemin à parcourir avant que je ne me reconnaisse dans sa représentation du judaïsme. Par exemple, il y a peu de discussions sur le judaïsme contemporain – l’accent est mis sur le judaïsme biblique et rabbinique.

 

Il y a un peu plus d’un siècle, en 1913, le philosophe et théologien juif Franz Rosenzweig a écrit à propos de la parole de Jésus, dans Jean : « Nul ne peut atteindre le Père que par moi. » Rosenzweig ne tourne pas autour de cette expression par la critique ; en effet, il affirme que c’est vrai, surtout quand on pense aux millions de personnes qui ont été amenées à Dieu par Jésus-Christ. Cependant, poursuit-il, « la situation est très différente pour celui qui n’a pas à atteindre le Père parce qu’il est déjà avec lui. Dois-je me convertir, demande-t-il, moi qui ai été choisi ? L’alternative de la conversion existe-t-elle pour moi aussi ? »

 

Rosenzweig nous introduit à une question cruciale dans les relations d’aujourd’hui – une question à laquelle nous, juifs et chrétiens, nous avons besoin de réfléchir. Dans quelle mesure les chrétiens peuvent-ils voir le judaïsme comme valable selon ses propres termes (et vice versa). La déclaration de la Commission biblique pontificale (prônée dans ce nouveau document) peut montrer le chemin pour avancer quand elle affirme que « les chrétiens peuvent et doivent admettre que la lecture juive de la Bible est une lecture possible, en continuité avec les Écritures juives… »

 

Bien sûr, les questions doivent également être considérées du point de vue juif. Quel était le but divin derrière la création du christianisme ? Quelles implications a, pour les juifs, le fait que, à la suite du juif Jésus, deux milliards de chrétiens lisent maintenant la Bible juive ? Martin Buber, par exemple, parlait de Jésus comme de « mon frère aîné ».

 

Pour les juifs, l’alliance promise à Abraham et révélée à Moïse, démontre non seulement la relation unique et irrévocable entre le peuple juif et Dieu, mais peut-être ouvre-t-elle aussi un espace théologique où les chrétiens possèdent leur propre relation spécifique avec Dieu et aussi où ils voient leur reflet dans un miroir juif, ce qui peut leur permettre d’approfondir à la fois la foi chrétienne dans le Christ et le respect des chrétiens pour leurs frères et sœurs aînés.

 

C’étaient quelques-unes de mes réflexions théologiques à la lecture de ce nouveau document dont je me réjouis et je suis impatient de poursuivre les discussions. En effet, je suis très heureux d’annoncer que, en partenariat avec la Commission pontificale pour les rapports religieux avec les juifs, l’Institut Woolf a convoqué une réunion d’un petit nombre de grands théologiens juifs et catholiques à Cambridge, l’année prochaine, pour explorer ces problèmes, et d’autres, théologiques. Peut-être devrions-nous commencer par la signification contemporaine de l’élection d’Israël et l’élection de l’Église ? Comme l’a dit le pape François en juin, « dans la recherche d’une attitude juste envers Dieu, les chrétiens se tournent vers le Christ comme la source de la vie nouvelle et les juifs vers l’enseignement de la Torah ».

 

Il est urgent de poursuivre la réflexion sur ce que tout cela signifie, pour les chrétiens et pour les juifs – et bien sûr, pour tous les hommes et femmes de foi.

 

Ces cinquante dernières années ont connu un changement indéniable, du monologue sur les juifs d’avant Nostra ӕtate à un dialogue instructif (et parfois difficile) avec les juifs. Un monologue échoue généralement à comprendre la réalité de l’autre, tandis que le dialogue exige un respect de l’autre tel qu’il se comprend lui-même. Le défi de la transition du monologue au dialogue reste immense.

 

Il est clair aujourd’hui que bon nombre des principales questions controversées ont été éliminées ou portées au point le plus éloigné où un accord est possible. Les efforts des catholiques vers le respect du judaïsme, reflètent des attitudes qui auraient été impensables il y a un demi-siècle. Au long des cinq dernières décennies, juifs et chrétiens ont assisté à un changement massif et, comme le prouve le nouveau document, des pas de géant ont été accomplis, mais nous parlons d’un processus dynamique et continuel. Nous ne serons jamais en mesure de nous reposer en disant : « Le travail est fait. L’ordre du jour est terminé. »

 

Cependant, sur de nombreuses questions majeures, juifs et catholiques se trouvent du même côté de la barrière théologique, confrontés aux mêmes défis, et nous sommes dans la position inhabituelle de chercher à les résoudre ensemble.

 

Puissent nos efforts conjoints être bénis par le Tout-Puissant et puissions-nous à notre tour, apprendre à être une bénédiction les uns pour les autres.

 

 

© Traduction de Zenit, Constance Roques

© Source : Zenit. 11 décembre 2015

 

 

 

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La genèse d’un document

par le Père Hofflan

 

 

Intervention du Père Hoffman

 

Déjà, pour le 40e anniversaire de la promulgation de la Déclaration conciliaire « Nostra aetate » on avait pensé à l’origine de publier un document de la Commission du Saint-Siège pour les rapports religieux avec le judaïsme. Pour différentes raisons, cela n’a pas été possible en 2005. En y réfléchissant rétrospectivement, nous pouvons dire que c’était mieux d’attendre jusqu’à aujourd’hui, puisque les questions théologiques présentes dans le document actuel ont été discutées de façon détaillée et passionnée surtout ces dix dernières années.

 

Le document n’entend absolument pas mettre un point final à ces discussions. Il veut plutôt être un stimulant pour la poursuite et l’approfondissement de la dimension théologique du dialogue judéo-chrétien. La Commission pour les rapports religieux avec le judaïsme renvoie à l’objectif que le pape François lui-même s’est fixé, c’est-à-dire de faire en sorte que le dialogue judéo-chrétien acquière plus de profondeur et d’ampleur, du point de vue théologique. Voilà aussi un des motifs principaux pour lesquels ce document est publié en ce moment : le dialogue théologique entre juifs et catholiques doit recevoir de nouvelles impulsions.

 

Notre souhait est que les théologiens catholiques engagés depuis longtemps dans le dialogue judéo-chrétien accueillent et développent ultérieurement les réflexions contenues dans ce document. En effet, le document s’adresse en premier à tous ceux qui sont actifs dans ce dialogue. Cependant, il peut être aussi utile à qui s’intéresse, de façon plus générale, aux relations judéo-catholiques.

 

Le document a été élaboré non seulement sur la base des affirmations de foi catholiques, mais en tenant aussi compte des positions de nos partenaires dans le dialogue. A un certain point de la rédaction du document, des consulteurs juifs ont été également impliqués, et il leur a été demandé leur avis sur le caractère adéquat de ce qui était exposé sur le judaïsme. On trouve dans le texte non seulement des références à l’Ancien et au Nouveau Testament, mais aussi à la Mishna et au Talmud. La rédaction du document a duré en tout deux ans et demi, puisque les premières ébauches remontent à 2013. Le pape Benoît XVI déjà s’était dit favorable à la rédaction d’un semblable document mais ce n’est qu’avec l’avis favorable du pape François, exprimé peu après son élection que le travail a pu commencer.

 

Il y a eu dès le début une étroite collaboration avec la Congrégation pour la Doctrine de la foi, qui, naturellement, est toujours interpelée quand il s’agit de textes théologiques du Vatican. A ce sujet, nous désirons remercier de tout cœur Son Eminence le cardinal Gerhard Müller et ses collaborateurs pour leur compétence et pour leur disponibilité dans ce travail commun.

 

Le cardinal Koch, le cardinal Müller et moi-même étant de langue maternelle allemande, la première ébauche du document a été élaborée en allemand.

 

Un petit groupe de quatre personnes – deux représentant notre Commission pour les rapports religieux avec le judaïsme, et deux représentants de la Congrégation pour la doctrine de la foi – ont préparé la première version du document, avant qu’il ne soit traduit en anglais. Le texte a été lu par les deux cardinaux qui ont proposé certaines modifications, une consultation internationale de consulteurs de la Commission pour les rapports religieux avec le judaïsme a ensuite été organisée. Sur la base du texte anglais, les consulteurs ont avancé des suggestions pour améliorer le document. A la lumière de ces observations, le texte a été modifié et envoyé à la Congrégation pour la doctrine de la foi, qui a à son tour interpelé ses propres consulteurs. La version anglaise du document a été à nouveau modifiée en tenant compte de ces suggestions. Cela signifie que le document est le résultat d’un travail collectif, auquel ont contribué de nombreuses personnes compétentes. Envers toutes, nous sommes sincèrement reconnaissants.

 

Après le « nihil obstat » accordé, en septembre 2015, par la Congrégation pour la doctrine de la foi, le texte a été présenté à la Secrétairerie d’Etat qui, peu après, en octobre 2015, donnait le feu vert à la publication.

 

En décembre 2014, le pape François avait déjà donné son avis favorable à la publication d’un document de la Commission pour les rapports religieux avec le judaïsme, pour le 50e anniversaire de la promulgation de “Nostra aetate” (n. 4).

 

Le jour précis de la commémoration de “Nostra aetate” a été le 28 octobre dernier, jour où, il y a cinquante ans, la Déclaration a été promulguée par le concile Vatican II. Ce même jour, le pape François a consacré l’audience générale à la Déclaration conciliaire. Dès le début, il avait été décidé de ne pas publier ce document  – qui est le quatrième document de la Commission pour les rapports religieux avec le judaïsme – dans le cadre des célébrations du 28 octobre dernier, mais de lui réserver un moment à part, distinct. La première date possible était celle d’aujourd’hui, 10 décembre, étant donné qu’au mois de novembre on était encore en train d’achever les traductions du texte. Comme on l’a déjà dit, le texte original est en anglais, mais des versions sont disponibles également en italien, en français, en espagnol et en allemand.

 

Nous avons invité aujourd’hui, à la présentation du document, deux amis juifs qui ont été impliqués aussi dans le processus de préparation du texte : le Rabbin David Rosen, de Jérusalem, de l’American Jewish Committee, et le Prof. Edward Kessler, de Cambridge, du Woolf Institute. Le fait que des représentants du judaïsme avec lesquels nous menons le dialogue judéo-catholique soient aussi présents à la présentation de ce document me paraît un signe éloquent et positif. L’opinion publique sera sûrement intéressée de savoir comment nos interlocuteurs juifs accueillent le document.

 

Naturellement, et je tiens à le répéter, la Déclaration présente est un texte catholique, formulé depuis une perspective catholique, puisqu’il est normal qu’en tant que chrétiens, croyants, nous affirmions notre identité de foi de façon claire aussi dans le dialogue avec le judaïsme, comme nous attendons que le fassent nos partenaires juifs dans le dialogue. Ce n’est qu’ainsi que le respect réciproque et que l’appréciation mutuelle pourront grandir, ce n’est qu’ainsi que nous pourrons nous connaître toujours mieux et devenir ensemble une bénédiction pour les autres.

 

 

© Traduction de Zenit, Anita Bourdin

© Source : Zenit. 11 décembre 2015

 

 

 

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Le nouveau document

sur les rapports avec le judaïsme

par le cardinal Koch

 

 

Intervention du cardinal Kurt Koch

 

Une audience générale tout à fait spéciale a été organisée, selon le désir du pape François, le mercredi 28 octobre de cette année, parce que ce jour-là, il y a cinquante ans, le concile Vatican II promulguait la Déclaration « Nostra aetate ». De nombreux représentants d’autres religions ont également assisté à cette audience. Leur présence s’explique par le fait que le texte conciliaire a marqué un tournant dans l’attitude de l’Eglise catholique envers les autres religions et il doit par conséquent être considéré comme un plaidoyer en faveur du dialogue interreligieux.

 

La célébration du 50e anniversaire de « Nostra aetate » a eu lieu du 26 au 28 octobre dernier, avec un grand congrès international auprès de l’Université pontificale grégorienne. Plus de quatre cents personnes qui y participaient ont ensuite assisté à l’audience papale du 28 octobre, qui a donc représenté le sommet de cette commémoration. A cette occasion, le Saint-Père a souligné l’importance du dialogue interreligieux et de la collaboration entre les différentes religions devant les graves problèmes et les grand défis du temps présents : « Le monde nous regarde, nous, croyants, il nous exhorte à collaborer entre nous et avec les hommes et les femmes de bonne volonté qui ne professent aucune religion, il nous demande des réponses effectives sur de nombreux thèmes: la paix, la faim, la pauvreté qui touche des millions de personnes, la crise environnementale, la violence, en particulier celle commise au nom de la religion, la corruption, la déliquescence morale, les crises de la famille, de l’économie, de la finance, et surtout de l’espérance. »

 

Pour la Commission pour les rapports religieux avec le judaïsme, cet anniversaire est une bonne occasion pour présenter un nouveau document qui reprend les principes théologiques du quatrième point de « Nostra aetate », les élargit et les approfondit, là où ils concernent les relations entre l’Eglise catholique et le judaïsme. S’il est vrai que, au cours de l’histoire de l’Eglise, les déclarations officielles sur le judaïsme ou la coexistence entre catholiques et juifs n’ont pas manqué, il est également vrai que « Nostra aetate » (n. 4) présente pour la première fois, la position théologique décidée d’un Concile sur le judaïsme. La déclaration rappelle expressément les racines juives du christianisme. Jésus et ses premiers disciples étaient juifs, marqués par la tradition juive de leur temps ; ce n’est que dans ce contexte qu’il est possible de les comprendre correctement.

 

Le document que je désire présenter aujourd’hui s’intitule « Les dons et l’appel de Dieu sont irrévocables. Une réflexion théologique sur les rapports entre catholiques et juifs. » Il s’agit d’un document explicitement théologique, qui entend reprendre et éclaircir les questions qui ont affleuré ces dernières décennies dans le dialogue entre catholiques et juifs. Avant ce texte, aucun autre document à caractère théologique au sens strict n’avait été publié par notre Commission pour les rapports religieux avec le judaïsme. Les trois documents précédents concernaient plutôt les thématiques concrètes, utiles au dialogue avec le judaïsme, d’un point de vue essentiellement pratique.

 

En renvoyant brièvement l’histoire de la Commission pour les rapports religieux avec le judaïsme, je désire rappeler qu’elle a été instituée par le bienheureux pape Paul VI, le 22 octobre 1974. L’année même de sa fondation, la Commission du Saint-Siège a publié, le 1er décembre 1974, son premier document officiel, intitulé : « Orientations et suggestions pour l’application de la Déclaration conciliaire Nostra Ætate (n. 4) ». L’objectif principal et nouveau de ce document était de se familiariser avec le judaïsme tel qu’il se définit lui-même. Le document entendait principalement s’occuper de la façon dont « Nostra aetate » (n. 4) peut être traduite dans la pratique de façon adéquate dans les différents contextes.

 

Onze ans après, le 24 juin 1985, la Commission du Saint-Siège a publié un second document intitulé : « Notes sur la manière correcte de présenter les juifs et le judaïsme dans la prédication et dans la catéchèse au sein de l’Église catholique romaine ». Bien que le texte soit déjà marqué exégétiquement et théologiquement,  il a une caractéristique essentiellement pratique : il est centré sur la façon dont le judaïsme est présenté dans la prédication et dans la catéchèse catholiques.

 

Un troisième document de la Commission pour les relations religieuses avec le judaïsme a été présenté au public le 16 mars 1998. Il traite de la Shoah et il s’intitule : « Nous nous souvenons : une réflexion sur la Shoah », Ce document a été surtout voulu par nos partenaires juifs, étant donné l’importance que la tragédie de la Shoah revêt dans leur longue histoire de persécutions.

 

Par rapport à ces trois documents, le document présent a un caractère et une orientation bien différents. Le contexte qui a fourni la juste occasion pour sa rédaction a déjà été mentionné : le 50e anniversaire de la promulgation de « Nostra aetate » (n. 4). Mais quelle est la raison qui a motivé sa rédaction ? Qu’est-ce que ce document se propose ?

 

Le préambule souligne qu’il ne s’agit pas d’un document officiel du magistère de l’Eglise catholique mais d’un document d’étude de notre Commission, dont l’intention est d’approfondir la dimension théologique du dialogue judéo-catholique. Le document ne veut donc pas présenter des affirmations doctrinales définitives mais fournir un point de départ et une impulsion aux discussions théologiques ultérieures. Un important objectif du pape François et de notre Commission est en effet l’approfondissement du dialogue religieux et théologique entre juifs et catholiques. « Nostra aetate » (n. 4) avait déjà mentionné des questions théologiques qui demandaient une réflexion ultérieure. Et c’est précisément à cette réflexion que le document présent veut apporter sa contribution. Il invite les théologiens et, plus en général, tous ceux qui sont intéressés par le dialogue judéo-chrétien à transposer, à considérer et à discuter les différents points exposés dans le document.

 

Le document s’articule autour de sept sections :

 

1. Bref historique de l’impact de Nostra Ætate (n. 4) dans les 50 dernières années

2. Statut théologique spécial du dialogue juif-catholique

3. La Révélation dans l’histoire comme « Parole de Dieu » dans le judaïsme et dans le christianisme

4. Rapport entre Ancien et Nouveau Testament et Ancienne et Nouvelle Alliance

5. Universalité du salut en Jésus Christ et Alliance non révoquée de Dieu avec Israël

6. Le mandat de l’Église d’évangéliser par rapport au judaïsme

7. Objectifs du dialogue avec le judaïsme

 

Dans la première section, on expose brièvement l’histoire du dialogue judéo-catholique ces cinquante dernières années, synthétisée au N.10 par ces paroles : « Beaucoup de choses ont changé au cours de ces quarante ans : les anciennes contestations se sont muées en une collaboration féconde, les sources potentielles de heurts ont fait place à une gestion positive des conflits, et l’ancienne coexistence marquée par les tensions a cédé le pas à des échanges réguliers et féconds. Les liens d’amitié forgés entre-temps se sont révélés durables, de sorte qu’il a été possible d’affronter ensemble même les sujets les plus sensibles sans risquer de compromettre gravement le dialogue. »

 

Ces paroles correspondent à ce que le pape François a affirmé à l’audience générale du 28  octobre : « Dieu mérite une gratitude particulière pour la véritable transformation qu’a subie, au cours de ces 50 années, la relation entre les chrétiens et les juifs. L’indifférence et l’opposition se sont transformées en collaboration et bienveillance. D’ennemis et étrangers, nous sommes devenus amis et frères.  » Comme témoignage de cet aspect, la première section mentionne les activités et les initiatives entreprises par les trois derniers papes dans le domaine du dialogue judéo-catholique, ainsi que celles de la Commission pour les rapports religieux avec le judaïsme  sur lesquelles il n’est pas possible de s’arrêter de façon détaillée.

 

La deuxième section, d’un point de vue théologique répète en réalité, d’un point de vue théologique, un concept qui n’est pas nouveau, à savoir le fait que le christianisme découle du judaïsme, qu’il a des racines juives,  et qu’il ne peut être compris adéquatement qu’en tenant présent un tel contexte. Jésus naît, vit et meurt en tant que juif. Ses premiers disciples aussi et les apôtres, en tant que colonnes de la foi chrétienne, se situent en continuité avec la tradition religieuse juive de leur temps. Cependant Jésus la transcende, puisque, selon la foi chrétienne, il ne peut être considéré seulement comme juif, mais aussi et surtout comme Messie et Fils de Dieu. Le document affirme donc : « la différence fondamentale entre judaïsme et christianisme : dans ce que représente la figure de Jésus. Les juifs peuvent voir en Jésus un représentant de leur peuple, un maître juif qui s’est senti appelé d’une manière particulière à annoncer le Règne de Dieu ; mais le fait que ce Règne de Dieu soit advenu avec lui, en tant que représentant de Dieu, dépasse de loin l’horizon de l’attente des juifs » (n. 14). Même si le juif Jésus est perçu de façon différente par els chrétiens et par les juifs, d’un point de vue théologique on peut cependant parler, pour ce qui concerne les relations entre chrétiens et juifs, d’un lien de parenté très étroit et essentiel. Le document décrit en effet le dialogue entre juifs et chrétiens en ces termes : «  C’est pourquoi le dialogue juif-chrétien ne peut être qualifié qu’avec beaucoup de réserves de « dialogue interreligieux » au sens propre ; il faudrait parler plutôt d’un dialogue « intra-religieux » ou « intra-familial » sui generis » (n. 20).

 

La troisième section s’occupe de la révélation dans l’histoire comme « Parole de Dieu ». Juifs et chrétiens croient que le Dieu d’Israël s’est révélé par sa Parole, offrant ainsi aux hommes un enseignement sur comment vivre de façon réussie dans le juste rapporte avec Dieu et avec le prochain. Cette Parole de Dieu se découvre, pour les juifs, dans la Torah ; pour les chrétiens, elle est incarnée en Jésus Christ (cf. Jn 1, 14). A ce propos, le pape François a affirmé : « Les confessions chrétiennes trouvent leur unité dans le Christ; le judaïsme trouve son unité dans la Torah. Les chrétiens croient que Jésus Christ est la Parole de Dieu qui s’est faite chair dans le monde; pour les juifs, la Parole de Dieu est surtout présente dans la Torah. Ces deux traditions de foi ont pour fondement le Dieu unique, le Dieu de l’Alliance, qui se révèle aux hommes à travers sa Parole. Dans la recherche d’une juste attitude envers Dieu, les chrétiens s’adressent au Christ comme source de vie nouvelle, les juifs à l’enseignement de la Torah » (Discours aux membres du Conseil international des chrétiens et des juifs, 30 juin 2015).

 

La quatrième section traite du rapport entre Ancien et Nouveau Testament et entre Ancienne et Nouvelle Alliance. « Puisque l’Ancien Testament fait partie intégrante de la Bible chrétienne, il existe entre le judaïsme et le christianisme un sentiment de parenté intrinsèque profondément enraciné » (n. 28). Certes, les chrétiens interprètent les Ecritures de l’Antien Testament de façon différente des juifs, puisque l’événement du Christ représente pour eux la nouvelle clef d’interprétation pour les comprendre. Saint Augustin résume ainsi ce concept : « L’Ancien Testament se montre dans le Nouveau, alors que le Nouveau est caché dans l’Ancien ». Et le pape Grégoire le Grand définit l’Ancien Testament comme « prophétie du Nouveau » (cf. n. 29). Les chrétiens partent fondamentalement du présupposé que l’arrivée de Jésus-Christ en tant que Messie était déjà contenu dans les prophéties de l’Ancien Testament. A la lumière de cette “concordia testamentorum” (« concorde des testaments », ndltr) à savoir de la concorde essentielle entre les deux Testaments, on comprend aussi le rapport tout à fait spécial de l’Ancienne et de la Nouvelle Alliance : « L’alliance que Dieu a conclue avec Israël est irrévocable. (…) La Nouvelle Alliance ne révoque pas les alliances antérieures, mais les porte à leur accomplissement. (…) Pour les chrétiens, la Nouvelle Alliance dans le Christ est le couronnement des promesses de salut de l’Ancienne Alliance et ne peut donc jamais être considérée comme indépendante de celle-ci. La Nouvelle Alliance est fondée sur l’ancienne parce qu’en définitive le Dieu d’Israël qui a conclu l’Ancienne Alliance avec Israël, son peuple, est aussi celui qui a rendu possible la Nouvelle Alliance en Jésus Christ » (n. 27). Il faut donc tenir présent à l’esprit qu’il ne peut y avoir qu’une seule histoire de l’alliance entre Dieu et son peuple, et que Dieu a toujours renouvelé son alliance avec son peuple Israël. C’est dans ce cadre que s’inscrit aussi la Nouvelle Alliance quoique celle-ci se place dans un rapport spécial avec les précédentes : « Pour les chrétiens, la Nouvelle Alliance n’est pas l’annulation ou la substitution des promesses de l’ancienne, mais leur accomplissement » (n. 32).

 

Dans la cinquième section, on mentionne la question épineuse : comment comprendre le fait que les juifs sont sauvés sans qu’ils croient explicitement ne Jésus Christ en tant que Messie d’Israël et Fils de Dieu. « Puisque Dieu n’a jamais révoqué son alliance avec Israël, son peuple, il ne peut pas y avoir deux voies ou approches différentes menant au salut de Dieu. Affirmer qu’il existe deux chemins différents, celui des juifs sans le Christ et celui avec le Christ, qui est pour les chrétiens Jésus de Nazareth, reviendrait à remettre en question les fondements même de la foi chrétienne. La confession de la médiation universelle et donc exclusive du salut par Jésus Christ est au coeur de la foi chrétienne, tout comme l’est aussi la confession qu’il n’existe qu’un seul Dieu, le Dieu d’Israël qui, en se révélant en Jésus Christ » (n. 35). « De la profession de foi chrétienne qu’il ne peut y avoir qu’une seule voie menant au salut, il ne s’ensuit d’aucune manière que les juifs sont exclus du salut de Dieu parce qu’ils n’ont pas reconnu en Jésus Christ le Messie d’Israël et le Fils de Dieu. Une telle affirmation ne trouve aucun fondement dans l’interprétation sotériologique de saint Paul qui, dans sa Lettre aux Romains, exprime au contraire sa conviction que non seulement il n’y a eu aucune rupture dans l’histoire du salut, mais que le salut doit venir des juifs (cf. aussi Jn 4, 22). Dieu a confié à Israël une mission spéciale, et il ne portera pas à son accomplissement son mystérieux plan de salut pour tous les peuples (cf. 1 Tm 2, 4) sans y faire participer son « Fils premier-né » (Ex 4, 22). C’est pourquoi Paul répond par la négative à la question de savoir si Dieu a répudié son peuple, question qu’il avait lui- même posée dans la Lettre aux Romains, en affirmant catégoriquement que « les dons et l’appel de Dieu sont irrévocables » (Rm 11, 29). Du point de vue théologique, le fait que les juifs prennent part au salut de Dieu est indiscutable ; mais comment cela est possible, alors qu’ils ne confessent pas explicitement le Christ, demeure un mystère divin insondable » (n. 36).

 

La sixième section se réfère à une autre thématique épineuse : quel doit être l’attitude des chrétiens sur la question de l’évangélisation par rapport aux juifs ? A ce propos nous trouvons les affirmations suivantes dans le document : « Pour cette raison, l’Église a été amenée à considérer l’évangélisation des juifs, qui croient dans le Dieu unique, d’une manière différente de celle auprès des peuples ayant une autre religion et une autre vision du monde. En pratique, cela signifie que l’Église catholique ne conduit et ne promeut aucune action missionnaire institutionnelle spécifique en direction des juifs. Mais alors que l’Église rejette par principe toute mission institutionnelle auprès des juifs, les chrétiens sont néanmoins appelés à rendre témoignage de leur foi en Jésus Christ devant les juifs, avec humilité et délicatesse, en reconnaissant que les juifs sont dépositaires de la Parole de Dieu et en gardant toujours présente à l’esprit l’immense tragédie de la Shoah » (n. 40).

 

Enfin, on énonce, dans la septième section, d’un point de vue catholique,  les objectifs du dialogue judéo-catholique, qui n’avaient encore jamais été exprimés dans un document de façon aussi explicite. Naturellement, l’intention principale est de permettre aux catholiques et aux juifs de se connaître et de s’apprécier de façon plus approfondie. Mais parmi les objectifs à poursuivre, il y a aussi la collaboration dans le domaine de l’exégèse, soit de l’interprétation des Saintes Ecritures que juifs et chrétiens ont en commun.  Et encore : « Un objectif important du dialogue juif-chrétien consiste sans aucun doute dans l’engagement commun pour la justice et la paix dans le monde, la préservation de la création et la réconciliation » (n. 46).  

 

« La justice et la paix ne doivent pas demeurer simplement des abstractions dans ce dialogue mais être aussi manifestées de manières tangibles. La sphère sociale et caritative présente un champ d’activité fécond, puisque tant l’éthique juive que chrétienne font un impératif du soutien aux pauvres, aux plus défavorisés et aux malades » (n. 48).  

 

Le document ajoute ensuite que, dans le domaine de la formation des jeunes générations, on devrait s’efforcer de faire connaître les résultats et les progrès accomplis dans le dialogue judéo-catholique.

 

Enfin, on se réfère à l’antisémitisme : « Un autre objectif important du dialogue juif-catholique consiste dans un engagement commun s’opposant à toutes manifestations de discrimination raciale contre les juifs et toutes formes d’antisémitisme » (n. 47).

 

Par ce bref tour d’horizon du contenu du nouveau document, j’ai tenté de mettre en évidence le fait que le dialogue avec le judaïsme, après 50 ans, s’appuie maintenant sur un terrain solide, puisque beaucoup a été réalisé dans ce laps de temps. Nous devons en être reconnaissants envers Dieu, sans l’aide de qui nous ne serions pas arrivés là où nous ne sommes aujourd’hui : « Si le Seigneur ne bâtit la maison, en vain peinent les bâtisseurs (Ps 127,1).

 

Naturellement, nous sommes reconnaissants pour tous les efforts accomplis du côté juif comme du côté catholique en faveur de la promotion de notre dialogue.

 

Mais il est également important de rappeler, comme le document le souligne, que nous n’en sommes qu’à un nouveau début : beaucoup de questions restent ouvertes et demandent une étude ultérieure.

 

C’est pourquoi je souhaite que ce document soit bien reçu pour tous ceux qui sont engagés dans le dialogue judéo-chrétien ou qui s’y intéressent, et qu’il puisse leur fournir un stimulant point de départ pour leur réflexion, pour leurs conversations, et pour leurs échanges à venir.

 

 

 

© Traduction de Zenit, Anita Bourdin

© Source : Zenit. 13 décembre 2015

 

 

Lire :

“Les dons et l’appel de Dieu son irrévocables” 10 décembre 2015 >>