16/11/2012

Un supermarché devient le lieu inattendu de coexistence israélo-palestinienne


Les Israéliens et les Palestiniens ont de moins en moins d’interaction entre eux. Si les dirigeants israéliens et palestiniens refusent encore de se rencontrer pour envisager une éventuelle reprise des pourparlers, en Cisjordanie, des résidents de Ramallah et des colons juifs se côtoient en revanche tous les jours dans un supermarché israélien. Le supermarché en question fait partie des nombreux commerces de la région, fréquentés régulièrement, à la fois par des Israéliens et des Palestiniens ordinaires, qui ont ce désir commun d’une vie plus paisible.



Jérusalem – Si les dirigeants israéliens et palestiniens refusent encore de se rencontrer pour envisager une éventuelle reprise des pourparlers, en Cisjordanie, des résidents de Ramallah et des colons juifs se côtoient en revanche tous les jours dans un supermarché.

 

Le supermarché en question fait partie des nombreux commerces de la région, fréquentés régulièrement, à la fois par des Israéliens et des Palestiniens ordinaires, qui ont ce désir commun d’une vie plus paisible.

 

« Ils viennent tous ici pour faire leurs achats parce que c’est moins cher et plus pratique, » affirme le vigile du supermarché, un homme d’âge mûr qui s’empresse de commenter l’atmosphère paisible qui règne dans le magasin tout en rechignant à divulguer son identité.

 

Récemment, il s’est vu obliger de passer à l’action, le magasin ayant été pris d’assaut par une centaine d’activistes du groupe pro-palestinien Comité de Coordination de la Lutte populaire qui agissaient en signe de protestation contre la présence prédominante de la chaîne israélienne en Cisjordanie et contre l’occupation israélienne en général. Cependant, le vigile précise que c’est là un incident inhabituel et que les clients du supermarché s’entendent très bien.

 

« Tout le monde reçoit le même traitement ici, en tout cas de ma part », dit-il avec un sourire communicatif.

 

Effectivement, c’est un matin de la semaine ; le vigile salue les clients dans un mélange d’hébreux et d’arabe et tout paraît véritablement paisible malgré l’action de protestation du mois précédent.

 

Les clients de toutes origines se croisent dans les ailes du supermarché, font la queue ensemble à la caisse pour payer leurs achats auprès de caissiers israéliens ou palestiniens. Ensuite, chacun s’en va de son côté, dans son camp. Avant d’arriver chez elles, ces personnes ne sont guère différentes les unes des autres; elles ont toutes le même but dans le magasin : faire leurs courses.

 

Malgré les protestations récentes et la pression grandissantes sur les Palestiniens pour le boycott des produits israéliens et des magasins appartenant à des Israéliens, les employés du supermarché disent que les clients venant de Ramallah et des environs viennent y faire leurs courses en grand nombre.

 

« Beaucoup de personnes aiment venir ici pour dire qu’elles se sont rendues en Israël », dit avec malice Abdullah Twam, qui figure parmi les 22 employés palestiniens de l’établissement, se référant aux panneaux en langue hébreux et à la présence de nombreux clients israéliens – on ne verrait pas cela dans les supermarchés des zones sous contrôle palestinien.

 

La Cisjordanie est divisée en trois zones ; certaines parties sont contrôlées par l’Autorité palestinienne et d’autres par l’armée israélienne. Le supermarché se trouve dans la Zone C, sous contrôle israélien tout en étant accessible aux Palestiniens.

 

Abdullah Twam, qui vient du village voisin de Jaba, dit n’avoir reçu aucune pression pour arrêter son travail au sein de ce supermarché, vu sa situation géographique et du fait qu’il appartient à une chaîne israélienne. L’employé précise d’ailleurs que la chaîne le traite bien, ainsi que tous ses autres collègues palestiniens.

 

Alors qu’on entend l’appel à la prière s’élever d’une mosquée non loin de là, des musulmanes voilées et des Juives aux foulards colorés passent à la hauteur du vigile pour entrer dans le magasin et disparaissent à l’intérieur en poussant leur chariot.

 

Freda Sviri, une cliente juive de la colonie avoisinante de Beit El, explique que pour elle c’est vraiment très pratique de venir faire ses courses là, plutôt que d’aller jusqu’ à Jérusalem qui se trouve à 10 kilomètres, sans parler du fait que c’est quand-même moins cher.

 

« Pendant les périodes de promotion, le magasin est bondé d’Arabes et de juifs qui font leurs courses côte à côte », fait-t-elle remarquer.

 

Alors qu’il y a très peu d’interaction entre les clients israéliens et palestiniens du supermarché, Freda Sviri souligne néanmoins « l’amabilité » du personnel palestinien et précise : « Nous nous traitons avec respect ».

 

« Le problème ne vient pas des gens ordinaires, mais de nos leaders, » fait-elle remarquer.

 

Le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et le président palestinien Mahmoud Abbas ont refusé, de manière persistante, de se rencontrer pour parler de la paix. On se trouve dans l’impasse ; les Palestiniens exigent certaines conditions préalables et les Israéliens disent qu’il faut repartir à zéro.

 

Les pourparlers étant au point mort depuis l’arrivée de Benjamin Netanyahu au pouvoir il y a presque quatre ans, la coexistence dans ce magasin est plutôt inhabituelle. Rami Levy, le propriétaire de la chaîne du même nom, qui a trois succursales en Cisjordanie, aurait, quant à lui, pris des initiatives pacifiques vis-à-vis des Palestiniens. Il rencontre régulièrement des hommes d’affaires palestiniens importants pour parler de possibilités de coopération israélo-palestinienne en dehors de l’arène politique.

 

Etant donné l’engagement de ces hommes d’affaires pour trouver un moyen de coexistence entre Israéliens et Palestiniens, il faudrait peut-être se mettre à utiliser les forums qui font ressortir leurs terrains d’entente, pour faire tomber les barrières toujours plus nombreuses à s’ériger dans cette région du monde et faire la paix.

 

 

 

Ruth Eglash

 

 

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Ruth Eglash, ancienne directrice générale du Jerusalem Post, écrit désormais pour un grand nombre de publications internationales. Elle réside aujourd’hui dans les environs de Jérusalem. Article écrit pour Common Ground News Service (CGNews).

 

 

© Source : Service de Presse de Common Ground (CGNews), 16 novembre 2012, http://www.commongroundnews.org/

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