21/3/2013

Père Richard Baawobr : Briser les chaînes de l’esclavage


Les Pères blancs, missionnaires d’Afrique, et les Sœurs blanches, Sœurs missionnaires de Notre Dame d’Afrique, commémorent cette année l’anniversaire de la Campagne contre le commerce des esclaves lancée il y a 125 ans par son fondateur, le cardinal Charles Lavigerie. A cette occasion, le père Richard Baawobr, supérieur général des Pères blancs, nous expose la signification de cet anniversaire et pourquoi il est important de s’engager encore aujourd’hui pour combattre les formes contemporaines d’esclavage.



Les missionnaires d’Afrique (Pères blancs) et les Sœurs missionnaires de Notre Dame d’Afrique (Sœurs blanches) commémorent l’anniversaire de la Campagne contre le commerce des esclaves lancée il y a 125 ans par son fondateur, le cardinal Charles Lavigerie. Rencontre avec le père Richard Baawobr, supérieur général des Pères blancs.

 

Père Charles, que signifie cet anniversaire ?

 

Les célébrations ont commencé dans l’Église de Jésus à Rome le 11 novembre 2012 et prendront fin le 8 septembre 2013 à Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso. Le thème choisi pour les célébrations de cette année est : « Je suis un homme et rien d’humain ne m’est inconnu – Brisons les chaines ».

 

Les célébrations de cet anniversaire représentent une chance pour plusieurs raisons. Premièrement pour remercier Dieu, pour les résultats obtenus pendant cette Campagne dont le résultat principal est l’abolition du commerce des esclaves en Afrique et l’entrée en vigueur de lois garantissant l’application concrète de cette interdiction. Ces célébrations représentent également une opportunité de rappeler la conviction que l’engagement pour la justice et la paix fait partie de la Bonne nouvelle apportée par Jésus. Une occasion de réfléchir, en particulier sur la lutte menée contre l’esclavage contemporain, en suivant les pas de notre fondateur.

 

Plusieurs Chapitres nous ont invités à intégrer complètement notre travail pastoral, notre engagement pour la justice, pour la paix et la protection de la Création. Nous nous sommes concentrés, lors de nos réflexions, sur les nouvelles formes d’esclavage, la pauvreté, l’accaparement des terres, les droits de l’Homme, la traite des êtres humains, les abus vis-à-vis des mineurs et des migrants.

 

Ce sont les nouvelles formes d’esclavage ?

 

L’esclavage est toute chose qui diminue l’homme, qui viole sa dignité et les droits de la personne, qui réduit les êtres humains à de simples marchandises vendues et achetées pour réaliser des profits. Et la liste est loin d’être terminée : pauvreté, traite d’êtres humains, dépendance à la drogue, tout genre d’exploitation des mineurs –y compris les mutilations génitales des enfants et la prostitution- travail forcé, esclavage vis-à-vis des maris, mariage forcé…

 

Afin de combattre ces formes d’esclavage, il est important de reconnaitre la vérité fondamentale selon laquelle nous sommes tous nés égaux et Dieu nous aime tous de la même manière, indépendamment du sexe, de la culture, de la couleur de peau et de la condition sociale. A l’instar des anciens prophètes, annoncer la Bonne nouvelle nous amène à ouvrir nos yeux et ceux des autres sur les choses qui nous déshumanisent.

 

Quelles stratégies utilisez-vous pour combattre les formes contemporaines d’esclavage ?

 

Nous avons beaucoup à apprendre de notre fondateur. Nous devons être courageux comme lui. La première chose qu’il convient de faire est d’informer l’opinion publique de l’existence de ces formes d’esclavage par l’intermédiaire de conférences, de réunions et par les médias. D’après le cardinal Lavigerie, le fait d’informer l’opinion publique était un instrument clé de cette bataille : « Mon premier appel s’adresse à l’opinion publique. Elle est la reine du monde. Tôt ou tard, elle oblige tous les pouvoirs à la suivre et à lui obéir » (Saint Gudule, Bruxelles, 15 août 1888). 

 

Un deuxième aspect fondamental est le fait de pousser l’opinion publique à exercer des pressions sur les gouvernements afin qu’ils approuvent des lois abolissant ces formes d’esclavage et qu’ils mettent tout en œuvre afin de soutenir de telles lois.

 

Un troisième point essentiel est le fait de collaborer avec tous ceux qui sont engagés dans la lutte contre les formes contemporaines d’esclavage, indépendamment de leur foi religieuse. Le cardinal Lavigerie dit : « Dans la forme qu’il a pris en Afrique, l’esclavage n’est pas contraire seulement à l’Évangile mais aussi à la loi naturelle. Et la loi naturelle ne s’applique pas seulement aux chrétiens mais à tous les hommes. C’est pour cette raison que je lance un appel à tout le monde, sans distinction de nationalité, de parti, de conviction religieuse » (Église de Jésus, 23 décembre 1888).

 

Un autre aspect est la nécessité d’intégrer dans nos activités pastorales et de catéchisme des problèmes liés à la dignité et aux droits de la personne. Le cardinal Lavigerie considérait à raison l’évangélisation comme l’instrument le plus efficace dans une perspective sur le long terme afin de combattre l’esclavage et le commerce d’esclaves. Aujourd’hui il ne peut en être autrement !

 

 

© Source : 2013 MISNA – Missionary International Service News Agency Srl – All Right Reserved. 21 mars 2013

 

 

 

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Brisons les chaînes !

 

Communiqué – Rome, le 14 juin 2012 

 

 

Célébration du 125e anniversaire de la campagne antiesclavagiste du cardinal Lavigerie.

 

Paix et joie à vous tous qui faites partie de la famille Lavigerie : Les Sœurs Missionnaires de Notre-Dame d’Afrique, les Missionnaires d’Afrique, les membres associés, les novices, les postulants, les candidats, les amis et bienfaiteurs des deux Instituts.

 

Nous vous saluons, où que vous soyez, vous qui travaillez à la liberté de nos frères et sœurs en humanité, qui avez une passion pour l’humanité et qui la démontrez par vos actions. C’est avec vous tous que nous souhaitons commencer cette année de célébration de l’anniversaire des 125 ans de la campagne antiesclavagiste du cardinal Charles Martial Lavigerie, notre fondateur. Avec l’encouragement et la bénédiction du Pape Léon XIII, il se joignit à la campagne mondiale pour l’abolition du commerce des esclaves en général, et en Afrique en particulier.

 

En 1888, le cardinal Lavigerie ne limita point son audience et son appel seulement aux catholiques et croyants, mais il l’étendit à toute personne de bonne volonté : “L’esclavage, tel qu’il se pratique en Afrique, n’est pas seulement, en effet, contraire à l’Évangile, il est contraire au droit de la nature… Or, les lois de la nature ne regardent pas seulement les chrétiens, elles intéressent tous les hommes. Voilà pourquoi je fais appel à tous, sans distinction de nationalités, ni de partis, ni de confessions religieuses. Je ne m’adresse pas seulement à la foi, je m’adresse à la raison, à la justice, au respect, à l’amour de la liberté.” (Lavigerie, église du Gesù, Rome, le 23 décembre 1888).

 

C’est pourquoi nous voulons vivre cette année de célébration ensemble avec les membres de nos Églises locales, avec d’autres Églises chrétiennes ainsi qu’avec des personnes d’autres cultures et religions. Pour nous tous, les paroles du cardinal Lavigerie continuent de résonner et d’être une source d’inspiration :

 

“Je suis un homme et rien de ce qui est humain ne m’est étranger… Je suis un homme, l’injustice envers d’autres hommes révolte mon cœur. Je suis un homme, l’oppression indigne ma nature… Je suis un homme et ce que je voudrais que l’on fît pour me rendre la liberté, l’honneur, les liens sacrés de la famille, je veux le faire pour rendre aux fils de cette race infortunée la famille, l’honneur, la liberté.” (Lavigerie, église du Gesù, Rome, 23 décembre 1888).

 

Cette campagne conduisit le cardinal Lavigerie dans beaucoup de villes européennes avec le but de susciter une prise de conscience suffisante pour éradiquer les diverses formes d’esclavage. La devise de cette campagne a été extraite de son discours dans l’église du Gesù à Rome : “Je suis un homme et rien de ce qui est humain ne m’est étranger.”

 

Il est donc approprié d’ouvrir officiellement cette année de célébration à l’église du Gesù à Rome le 11 novembre 2012, en la fête de saint Martin de Tours, un évêque missionnaire très admiré par le cardinal Lavigerie. La cérémonie de clôture aura lieu à Ouagadougou, Burkina Faso, le 8 septembre 2013. Pourquoi le Burkina Faso ? L’Afrique a beaucoup souffert du commerce des esclaves. La campagne antiesclavagiste du cardinal Lavigerie s’appuyait sur le travail des missionnaires en Afrique qui lui envoyaient des rapports détaillés sur ce qui s’y passait. Ils faisaient aussi tout ce qu’ils pouvaient pour délivrer des esclaves et pour influencer les autorités locales. Le 8 septembre est la fête de la naissance de Notre-Dame et, aussi, la naissance des Sœurs Missionnaires de Notre-Dame d’Afrique en 1869. Célébrer une naissance, c’est célébrer une vie nouvelle. Nous ne voulons pas que cette célébration soit seulement une commémoration de plus avec un effet transitoire dans nos vies. Pour les Missionnaires d’Afrique, la célébration de clôture coïncidera avec le Conseil plénier de 2013 qui aura lieu à Ouagadougou.

 

Le second Synode africain et les Chapitres généraux de nos deux Instituts ont souligné l’importance de travailler pour la justice, la paix et l’intégrité de la création où que nous soyons et quoi que nous fassions. Nous voulons utiliser cette année de célébration pour provoquer une plus grande sensibilisation aux formes d’esclavage d’aujourd’hui. Des documents seront envoyés pour nous aider à réfléchir sur des sujets tels que les droits humains en Afrique, la pauvreté, le “grignotage” des terres, le trafic d’humains et le travail des enfants. Savoir ce qui arrive à tellement de nos frères et sœurs en humanité nous conduit à nous indigner et à nous engager de tout cœur avec tous ceux qui voudraient que le cardinal Lavigerie continue de crier : “Je suis un homme et rien de ce qui est humain ne m’est étranger”.

 

Tout au long de cette année, nous vous invitons à être créatifs en organisant des célébrations et réflexions et en décidant quelques actions concrètes pour combattre des systèmes actuels injustes.

 

Notre action peut prendre la forme d’un plaidoyer comme celle d’un engagement dans la vie quotidienne pour abolir esclavages et souffrances de toute sorte. Elle a aussi besoin de prendre la forme de la prière. Nous avons besoin de “prendre d’assaut le ciel”, comme le fit le cardinal Lavigerie dans sa prière d’intercession à Notre-Dame d’Afrique : “Marie, nous vous avons proclamée ici Reine de l’Afrique, il y a de cela vingt-cinq ans, et l’Afrique a compté sur votre protection. Qu’avez-vous fait pour elle ? Et comment souffrez-vous encore de telles horreurs ? N’êtes-vous Reine que pour régner sur des cadavres ? N’êtes-vous Mère que pour oublier vos enfants ? Il faut que cela finisse !” (Alger, le 2 février 1889).

 

Que cette célébration soit une action de grâce pour la nouvelle vie générée par la campagne antiesclavagiste du cardinal Lavigerie ! Puisse cette commémoration donner naissance à de nouveaux efforts en vue d’éradiquer les formes d’esclavage d’aujourd’hui ! Puissent les actions entreprises ensemble avec d’autres personnes partageant le même objectif nous acheminer vers un monde où la dignité de chacun est respectée ! Puissions-nous hâter le jour qui verra l’amour universel de Dieu pour la terre et tout le cosmos devenir une réalité vécue par chacun !

 

 

P. Richard K. Baawobr, M.Afr

Supérieur général

 

Sr Carmen Sammut, MSOLA

Supérieure générale

 

 

© Source : http://www.africamission-mafr.org/