21/1/2013

Unité des chrétiens : Ne pas désespérer de l’œcuménisme


A l’occasion de la Semaine de prière pour l’Unité des Chrétiens du 18 au 25 janvier 2013, le Pasteur Alain Joly, de l’église luthérienne des Billettes à Paris, affirme que l’œcuménisme est “une forme de prophétie qui désengage le monde d’un avenir pessimiste. Il revigore le message de l’Evangile pour le porter désormais avec plus de pertinence”. Le Pasteur Joly s’inscrit ainsi dans la perspective du concile Vatican II, qui a permis de se saisir à nouveau du défi que représente la définition de l’Eglise. Il invite les chrétiens à restaurer l’enthousiasme des uns et des autres.



Comme l’atteste l’Evangile de Jean (chapitre 17), l’espérance de l’Unité de l’Eglise est inscrite dans la prière de Jésus, mais les croyants, durant les siècles passés, l’ont souvent perçu seulement en tant qu’appel à demeurer fidèle à la foi des Apôtres, cherchant alors à ramener dans le giron institutionnel, supposé unique au départ, ceux qui s’en étaient écartés.

 

Souffle nouveau au 20è siècle

 

Un souffle nouveau a traversé les Eglises chrétiennes au 20è siècle : la plupart admettent le principe de réconciliation et de conversion mutuelle, en vue d’une intelligence plus grande du mystère du corps du Christ et de sa réalité diversifiée. Quand, reprenant l’expression du théologien Yves Congar en 1937 (“Chrétiens désunis”), on ouvre la perspective d’une réintégration dans la catholicité véritable, n’est-ce pas à chaque Eglise, chaque dénomination, chaque communauté, de s’efforcer à vivre mieux la plénitude du corps du Christ en elle et au-delà d’elle ? Cette notion pourrait bien devenir un socle de l’engagement oecuménique, où l’on ne tend plus à l’union institutionnelle, mais à la communion spirituelle dans laquelle chacun reconnait la part authentique de l’unique Eglise de Jésus-Christ. Cela exige un renoncement à l’exclusivisme et ouvre au réalisme d’un partenariat crédible entre les différentes Eglises. Au Concile de Vatican II, l’Eglise catholique, affirmant que l’unique Eglise du Christ subsiste en elle, a renoncé à la prétention d’une identification dès lors qu’elle reconnait en dehors d’elle la présence active de l’unique Eglise, en particulier dans les communautés issues de la Réforme protestante. Ce n’est certes pas encore la pleine reconnaissance mutuelle, mais l’enjeu est de taille puisqu’il oblige à dépasser les frontières des identités pour trouver l’Evangile également vécu dans chaque Eglise, catholique, orthodoxe, protestante, évangélique. Le puissant appel de la prière de Jésus résonne ainsi autrement, parce que le regard et la présence des uns aux autres, sans affadir ni les convictions ni les expèriences de foi propres à chacun, obligent à élargir les limites du peuple de Dieu, en la vérité plus haute que tout ce que les hommes en disent.

 

Dynamisme de la réalité d‘amour

 

Le 50è anniversaire du Concile de Vatican II, et spécialement du Décret sur l’œcuménisme Unitatis redintegratio, adopté le 21 novembre 1964, promulgué en même temps que la Constitution sur l’Eglise Lumen Gentium, permet aux chrétiens de se saisir à nouveau du défi que représente la définition de l’Eglise, non pas comme une théorie ou une doctrine, mais bien comme une expèrience de la réalité d’amour à laquelle nous presse le commandement évangélique. Il faut espèrer que beaucoup redécouvriront le caractère non-facultatif de cette exigence. L’une des conséquence du Concile, et de sa réception par les autres Communions d’Eglises, doit être de ne plus craindre de confronter les charismes en les offrant les uns aux autres afin de sortir unis de l’épreuve de la division.

 

Précisément, dans le dynamisme d’après le Concile, Luthériens et Catholiques, au niveau international, se sont proposés de vérifier leur compréhension de la Justification par la grâce saisie au moyen de la foi, et de parvenir à une déclaration commune qui signifierait le désir de dire et de vivre ensemble la dimension la plus haute du message biblique. Le 31 octobre 1999, à Augsbourg, après 30 années de dialogue, l’Eglise catholique et la Fédération luthérienne mondiale ont signé la Déclaration commune sur la doctrine de la Justification, en acceptant la méthode du consensus différencié. La vérité principale de foi est formulée ensemble, dans les mêmes termes, et en s’appuyant sur une lecture commune des Ecritures saintes, et les affirmations et expèriences différentes demeurent sans remettre en cause l’affirmation fondamentale. Au contraire, perçues comme des appréciations positives des divergences, elles deviennent interpellations réciproques. Du coup, les partenaires actuels déclarent ne plus être concernés, à ce sujet, par les anathèmes et excommunications d’autrefois. Cette méthode ouvre à des réconciliations possibles. En outre, la Déclaration engage définitivement les deux Eglises. Il serait même souhaitable que le texte puisse prendre rang parmi le corpus des livres qui ont autorité et valeur normative dans l’une et l’autre confession.

 

Restaurer l’enthousiasme des uns et des autres

 

En dépit de l’apparente spécialisation des dialogues bilatéraux et multilatéraux, il convient de ne pas négliger la portée de ce qu’ils signifient. La base, comme l’on dit, semble bien éloignée de la préoccupation des théologiens et des hiérarchies, mais sans travail théologique sérieux, sur quel autre fondement pourait-on construire l’Unité solide et véritable ? Simultanément, sans la prière, les rencontres, les interpellations pragmatiques et concrètes de la base, parfois les provocations, comment l’institution serait-elle assurée de travailler dans le bon sens ? Impérativment, il faut restaurer l’enthousiasme des uns et des autres et leur donner d’être en contact. La communication d’information, la prise au sérieux des documents et des travaux théologiques en cours, les orientations pastorales des évêques et ministres en charge de responsabilité de présidence, doivent concernés le peuple qui, avec ses pasteurs, prie et vit l’expèrience des rencontres et du témoignage commun au coeur du monde. Il devrait y avoir connexion entre tout cela. L’enjeu n’est pas de créeer une structure administrative nouvelle, comme la décevante proposition de l’Eglise protestante unie de France, entre Luthériens et Réformés de ce pays, en fait la démonstration peu exaltante pour l’instant, mais il s’agit de vérifier comment l’on vit ensemble de la miséricorde divine et comment on la vit dans l’amour du prochain, gens de la même famille chrétienne, sans cesse invités à l’amour du prochain aussi au-delà de la communauté, et à l’avènement de l’Esprit créateur dans le monde. Cela ne suppose pas autre chose que d’être soi-même en vérité, et converti au regard d’amour à l’imitation du regard d’amour du Père des cieux qui nous a réconcilié en Jésus-Christ.

 

500è anniversaire de la Réformation

 

A l’approche du 500è anniversaire de la Réformation, mémoire des commencements de la prédication de Martin Luther en 1517, en même temps que relecture de cinq siècles de protestantisme, et donc de l’histoire de la chrétienté divisée, l’Esprit saint ne nous presse-t-il pas de poser des signes forts d’une volonté de réconciliation et de mission commune ? L’évangélisation ne se fera pas sans sa dimension œcuménique. Aussi, la perspective de 2017 doit-elle nous mettre en marche avec le profond désir de renoncer à la satisfaction de la désunion encore scandaleuse, assortie de ses réflexes d’auto-célébrations communautaristes, pour nous élancer à la joie des retrouvailles ! Dès 2010, l’évêque président de la Fédération luthérienne mondiale Munib Younan et le pape Benoit XVI ont dit leur volonté d’une commémoration commune en vue d’un témoignage de paix et de mission. Puissent-ils être entendus et relayés ! En Allemagne, le 5 septembre 2012, des laïcs, connus pour leur engagement politique ou dans la société, ont publié un appel à l’œcuménisme maintenant (en allemand Okumene jetzt, ein Gott, ein Glaube, eine Kirche, un Dieu, une foi, une Eglise), en vue de cet évènement de 2017, et à l’occasion des 50 ans du Concile. Puissent-ils faire bouger encore davantage ceux qui ont la charge de conduire le peuple de Dieu sur des chemins nouveaux, mais dans le sillage de la promesse éternelle !

 

D’aucune façon, il ne faut désespérer de l’œcuménisme, la quête de l’Unité de l’Eglise, déjà réelle dans le coeur miséricordieux du Dieu trois fois saint. L’œcuménisme est une forme de prophétie qui désengage le monde d’un avenir pessimiste. Il revigore le message de l’Evangile pour le porter avec plus de pertinence désormais.

 

 

 

Pasteur Alain Joly

Eglise luthérienne de Paris 4e, Les Billettes

 

© Cherchonslapaix.org – 21 janvier 2013