22/5/2017

VOTER EN CONSCIENCE


Les évêques de France auraient-ils craint de prendre leurs responsabilités pour le deuxième tour des présidentielles ? D’aucuns l’ont estimé en critiquant l’absence d’une prise de position explicite alors qu’ils s’étaient engagés en 2002 en incitant clairement les catholiques à ne pas donner leurs suffrages au Front National[1]. Pourquoi ce repli apparent ?



Les évêques de France auraient-ils craint de prendre leurs responsabilités pour le deuxième tour des présidentielles ? D’aucuns l’ont estimé en critiquant l’absence d’une prise de position explicite alors qu’ils s’étaient engagés en 2002 en incitant clairement les catholiques à ne pas donner leurs suffrages au Front National[1].

 

Pourquoi ce repli apparent ? A cause du souci de ne pas décider à la place des catholiques. Nonobstant de légitimes confiances ils n’ont pas à tenir leur conscience en demi-sommeil pour le confort d’une obéissance passive à des consignes de vote tombées d’en haut ! Les fidèles ne sont-ils pas citoyens responsables capables de choisir par eux-mêmes pour qui et pour quoi voter ? Cette résistance au risque d’un alignement servile n’édulcore pourtant pas le devoir de rappeler sans ambages les principes évangéliques pour solliciter et accompagner des discernements chrétiens. La mission n’est pas nouvelle. Nous avons eu plusieurs fois l’occasion d’en rappeler les termes  dans cette rubrique. Un des textes récents la précise ainsi : L’Église n’a pas de solutions techniques à offrir et ne prétend « aucunement s’immiscer dans la politique des États. Elle a toutefois une mission de vérité à remplir, en tout temps et en toutes circonstances, en faveur d’une société à la mesure de l’homme, de sa dignité et de sa vocation. [2]

 

La question, se pose toutefois de savoir si toutes les propositions politiques contestables sont à mettre dans le même panier.. Ne convient-il pas de les hiérarchiser ? Non pour les mettre en concurrence ou les isoler les unes des autres,  mais pour reconnaître leurs enjeux humains dans le projet sociétal qui les intègre. Ces promesses se trouvent d’ailleurs diversement réparties dans les différents programmes politiques. Il serait si simple de voir toutes celles que les chrétiens estiment sujettes à caution présentées sous l’autorité d’un même candidat tandis que les autres les récuseraient ! Diaboliser les premiers coulerait alors de source. Mais la réalité est bien plus complexe. Quitte à la simplifier, certaines s’opposent d’une part à la banalisation de l’avortement, au nom du respect de la vie, et au mariage homosexuel au nom de la loi naturelle ; mais promettent d’autre part des durcissements xénophobes et l’étanchéité des frontières. Sur d’autres bords, soutenir le recours à l’IVG et, dans un autre ordre, l’accès au mariage pour tous, fait partie de la donne ; mais se présente aussi la préoccupation d’un accueil généreux et réfléchi des étrangers et d’une gestion humaine de leur présence dans l’Hexagone. Le choix n’est donc pas à faire entre des biens et des maux, promis des deux côtés, mais devant celui du moindre mal, voire entre le mal et le pire. En ajoutant que les décisions affichées aux programmes seront souvent dans les faits soumis à des modifications, sous l’effet de remarques, d’approfondissements ou de pressions critiques, positives dans les meilleurs cas. Nous observons par exemple que des sensibilités écologiques peu présente dans l’exposé d’un programme en amont de l’élection présidentielle, ont trouvé une place importante et inattendue dans l’organisation ministérielle actuelle.

 

 

 

La vie et l’amour sont des dons à accueillir et à développer dans le plus grand des respects. Les options qui mettraient en cause ce principe, ou le silence à son sujet, sont pour les chrétiens, condamnables. Se préoccuper alors du sort des enfants issus de PMA ou GMA et les accueillir de plein droit dans la communauté nationale, s’impose. Ils ne sont pas à pénaliser pour être venus au monde dans des conditions jugées contestables. Le même respect des personnes est à étendre aux étrangers, aux immigrés, aux privés de droits humains … . Dès lors la balance du choix penche vers la prise en compte d’urgences immédiates et non vers leur rejet discriminatoire.

 

Le choix fait, reste à ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain mais à entrer dans l’exigeante dynamique de débats constructifs.

 

Père Michel Dagras

 

 

[1]     Déclaration du  2002 : Chrétiens, nous ne supportons pas les mensonges du candidat de l’exclusion, du mépris et de la haine, notamment quand il détourne l’Évangile à son profit.

[2]     Benoît XVI Caritas in veritate 9 (2009)