06/3/2017

VOUS AVEZ DIT : CAREME ?


Chaque année reviennent des temps et des fêtes chrétiens avec une régularité de métronome. Les premiers préparant aux secondes ou les suivant pour permettre d’en assimiler les messages et les dons. Ainsi les catholiques viennent-ils de quitter le temps ordinaire, déployé dans le sillage de Noël, pour entrer dans celui du Carême. Temps de conversion, de jeûne et de partage pour les fidèles qui en acceptent les règles. Évocation tristounette pour ceux qui jugent ces contraintes surannées. Figure de Carême reste pour eux la principale image évoquée par ces semaines de préparation à Pâques



Chaque année reviennent des temps et des fêtes chrétiens avec une régularité de métronome. Les premiers préparant aux secondes ou les suivant pour permettre d’en assimiler les messages et les dons. Ainsi les catholiques viennent-ils de quitter le temps ordinaire, déployé dans le sillage de Noël, pour entrer dans celui du Carême. Temps de conversion, de jeûne et de partage pour les fidèles qui en acceptent les règles. Évocation tristounette pour ceux qui jugent ces contraintes surannées. Figure de Carême reste pour eux la principale image évoquée par ces semaines de préparation à Pâques.

 

Et si nous écartions ce mauvais cliché pour retrouver le sens donné au Carême par ceux qui s’y engagent avec sérieux, sens caché par les préjugés ou déformé  par les mauvais souvenirs ?

 

La privation de nourriture – même modeste et mesurée – est une bonne affaire pour qui mange trop ! Les diététiques intègrent généralement cette recommandation dans des régimes aux effets promis rapides et mirobolants. Si les résultats ne correspondent pas toujours aux promesses (un peu comme en politique !?), serrer sa ceinture d’un cran ou deux signale le bénéfice appréciable d’être devenu plus léger, plus alerte, voire plus présentable. Faire du Carême un temps de cure amaigrissante présente ainsi un intérêt sinon pour la sainteté, au moins pour la santé. Mais il faut aussitôt situer cette option anti surcharge pondérale dans un contexte où le sordide le dispute au scandaleux, celui de populations torturées par la misère alimentaire et économique. L’appel à tempérer la gourmandise et à se priver de superflus s’accompagne aussitôt d’appels impératifs au partage. Non pas seulement pour se donner bonne conscience à petits prix par un beau geste vers qui manque de tout, mais pour renouer avec l’exigence d’une juste et équitable répartition entre tous des biens de la Terre. Exigence rappelée nettement dans la Tradition chrétienne, entre autres par ce cri : Donne à manger à celui qui meurt de faim car, si tu ne lui as pas donné à manger, tu l’as tué [1] ! Invitation à un rude examen de conscience pour nos pays du Nord (20/100 de la population mondiale) qui accaparent 80/100 des richesses de la Planète. Les privations proposées pendant le carême ouvrent donc sur des perspectives où soucis du bien personnel et du bien commun se déclinent ensemble, en harmonie profonde avec le Commandement de l’amour mutuel laissé par Jésus à ses disciples[2].

 

Car ce n’est pas tout. Pour le carême chrétien la frugalité et le partage balisent le chemin d’une rencontre avec le Christ en personne, non pas à chercher dans le lointain d’un ciel inaccessible, mais à trouver ici et maintenant, présent au plus intime de la condition humaine, sans rien perdre de sa transcendance divine. Plus intime à moi-même que moi-même écrivait Saint Augustin à la fin du 4° siècle. La foi chrétienne manifeste là son originalité, véritable folie aux yeux des hommes : la conviction que la vie et l’amour de Dieu, plus forts que la mort, s’inscrivent au creux des existences et des relations humaines. Aussi, réduire le carême chrétien à un temps d’ascèse fut-elle vertueuse le dénaturerait en le détournant de cette finalité spirituelle spécifique.

 

Des conséquences concrètes en découlent aussitôt. Celle d’un regard infiniment respectueux sur soi-même et sur les autres, reconnus non seulement comme images de Dieu (ce qui est déjà  considérable !) mais aussi comme mystérieusement touchés par une Présence qui frappe au secret des consciences. Une acuité visuelle ne va pas de soi ! Surtout quand des comportements  inhumains poussent à réduire des personnes aux actes épouvantables et inadmissibles qu’elles commettent ! Déjà le prophète Isaïe jalonnait cette longue marche vers la Victoire de Pâques contre les puissances du Mal : Le jeûne qui me plaît … : faire tomber les chaînes injustes, rendre la liberté aux opprimés, partager ton pain avec celui qui a faim, accueillir chez toi les pauvres sans abri … Alors … la gloire du Seigneur fermera la marche.[3]  Souffle d’air pur. Il traverse les siècles. A respirer aujourd’hui à pleins poumons !

 

 

Père Michel Dagras

 

 

 

[1]     Rappelé par Vatican II dans L’Église et le Monde n°69

[2]     Cf Evangile selon St. Jean 13,34

[3]     Is.58