28/5/2018

ATTENTION FINANCES !


L’argent ne fait pas le bonheur mais il y contribue. La sagesse de l’adage n’est pas universellement reconnue. D’aucuns affirment en effet sans broncher le contraire : l’argent fait le bonheur ! Et ils thésaurisent en conséquence ! S’ensuit une tendance à accumuler des richesses bien au-delà du nécessaire au point même de ne savoir comment les dépenser, même en croyant que tout peut s’acheter.



L’argent ne fait pas le bonheur mais il y contribue. La sagesse de l’adage n’est pas universellement reconnue. D’aucuns affirment en effet sans broncher le contraire : l’argent fait le bonheur ! Et ils thésaurisent en conséquence ! S’ensuit une tendance à accumuler des richesses bien au-delà du nécessaire au point même de ne savoir comment les dépenser, même en croyant que tout peut s’acheter.

Coffres et comptes, spéculation aidant, croissent sans fin pour une sidérante obésité financière prospérant hors de l’économie réelle en bulles spéculatives, capables d’éclater en provoquant des désastres financiers, économiques et humains considérables. La crise de 2008, susceptible de se renouveler, demeure à ce sujet de sinistre mémoire. Tout se passe comme si une sorte de maladie du superflu atteignait les tenants d’un insatiable toujours plus.

Au plan international des rapports Nord-Sud les conséquences économiques et morales de ce travers s’avèrent des plus inquiétantes . Le posséder toujours plus des premiers les conduit à piller sans complexe apparent les richesses des seconds.

C’est sur ce fond de tableau préoccupant que l’Église catholique a tout récemment publié un document sans fard sur des Questions économiques et financières. Ce travail réalisé dans le sillage de la pensée sociale de l’Église et sur la base de données indiscutables ne plaira pas à tout le monde, en particulier quand il dénonce la « puissance de nuisance sans égal » des marchés financiers. Une régulation est jugée d’urgence nécessaire surtout devant la diffusion des systèmes bancaires parallèles, le manque de transparence et la conduite immorale de certain acteurs du monde financier. Constats et analyses sont alors présentés dans un langage qui parfois dépayse à cause de la technicité de ses références. Occasion d’éclairer des concepts peu familiers mais significatifs de réalités à connaître. sous peine de tourner le dos à de graves questions de société.

L’enjeu est en effet de taille. Il s’agit en effet d’entreprendre une opération de sauvetage de l’humain mis dangereusement en cause par une culture d’efficacité, de leadership, de concurrence, de mérite, au détriment d’un développement intégral et solidaire des personnes et du bien commun. Il appartient au politique de prendre en compte ce sauvetage, d’en défendre les principes et de soutenir leur mise en œuvre. Priver les pouvoirs politiques de cette mission n’est pas supportable. Force est de constater que l’hégémonie de volontés mobilisées par une financiarisation sans fin manœuvre maints pouvoirs politiques, les assujettit et leur impose leur loi inique de profits égoïstes sans bornes. Au vu de comportements devenus habituels le document est sur le sujet intraitable et révolutionnaire. Rappeler sans mâcher les mots que l’argent doit servir et non pas gouverner ne manquera pas de faire des vagues ! Précision considérable qui prend à contre pied la mondialisation de théories et des pratiques étrangères aux droits de l’homme et au partage équitable des richesses. Les marchés suivent des lois de croissance quantitative des échanges sans rapport avec la cohésion sociale, l’équité et le respect de l’environnement.

On ne se défausse pas de telles questions en ne les adressant qu’aux gouvernements et aux magnats de la finance internationale. Elles se posent symboliquement jusque sur les trottoirs des vide-greniers, lieux d’exposition de cellulites de l’inutile … prêtes à changer de propriétaire ! Ces questions interrogent sans détour la façon de considérer nos propres comptes et l’usage que nous en faisons. Au nom du principe de gratuité qui fonde dans ses origines la condition humaine , l’homme dans l’usage qu’il … fait (des biens) ne doit jamais tenir les choses qu’il possède légitimement comme n’appartenant qu’à lui, mais les regarder aussi comme communes : en ce sens qu’elles puissent profiter non seulement à lui, mais aussi aux autres. Le message sur la finance et l’économie internationales concerne aussi la gestion de nos biens, pour élargir les horizons de l’esprit et du cœur.

Père Michel Dagras