17/7/2018

VOUS AVEZ DIT « PATRIE » ?


Non seulement nous le disons mais l’entendons chanté à tue-tête par une foule de supporters en liesse ou, ce 14 juillet, avec ferveur par des citoyens émus au souvenir du sacrifice des blessés et des morts pour la France, murmuré ou même tu par d’autres qui résistent aux paroles insupportables de la finale du refrain …



Non seulement nous le disons mais l’entendons chanté à tue-tête par une foule de supporters en liesse ou, ce 14 juillet, avec ferveur par des citoyens émus au souvenir du sacrifice des blessés et des morts pour la France, murmuré ou même tu par d’autres qui résistent aux paroles insupportables de la finale du refrain …

 

N’empêche Allons enfants de la Patrie mérite quelques instants de réflexion. Les mots, dans le texte mythique d’un hymne national prennent un sens nourri d’Histoire, pétri de luttes et de sang, d’épreuves et de victoires. Ils disent au-delà d’eux-mêmes ce que nous sommes et renvoient à nos valeurs nationales.

 

Enfants ! Non pas bébés mais membres d’une même famille, la Nation française. C’est à dire tous issus d’un même giron symbolique, fondement irréductible d’une égalité qui transcende l’âge, le sexe, les origines, les conditions et les statuts sociaux. L’attribution de la nationalité française scelle cette appartenance. La perdre signifie rejet, exclusion, de la famille nationale. Cette appartenance basique s’exprime ces jours-ci de façon très concrète dans les équipes nationales qui disputent la Coupe du Monde. La nôtre s’affiche en blacks-blancs-beurs … avec une belle ouverture sur une fraternité internationale au nom du sport et de l’esprit trans-frontières qui l’anime. Les Nations, sauf replis étouffants sur elles-mêmes, abhorrent les ghettos. Elles ont aujourd’hui vocation d’entrer dans une mondialisation qui les fédère et les respecte, même si nous sommes encore loin du compte.

 

Les démons du racisme, cette imbécillité majuscule, sortent régulièrement de l’ombre et crachent sarcasmes et insultes qui sur les étrangers, qui sur des joueurs auteurs de fautes involontaires. Ecoeurant ! Surtout quand ces turpitudes se prolongent jusqu’à atteindre les familles de ces malchanceux. La Marseillaise ne peut ici qu’adopter profil bas. La finale de son refrain ne flirte-t-elle pas avec le racisme quand elle proclame sang impur celui de féroces soldats ? Sauf maladie cette impureté est une ânerie biologique. Le même liquide vital, commun à tous les humains, est en effet susceptible d’être transfusé à quiconque en tenant compte de groupes sanguins qui n’en changent en rien la nature. Et souhaiter que cette impureté fictive abreuve nos sillons en rajoute même une couche en impliquant que le blé et donc le pain qui en proviendraient seraient contaminés, dangereux, nocifs ! A quand une action en justice contre ce refrain pour incitation à la haine raciale ? Heureusement les réactions inverses ne manquent pas, pour l’honneur de la Nation. Le Conseil constitutionnel ne vient-il pas de déclarer au nom du principe de fraternité qu’une aide désintéressée au séjour irrégulier ne saurait être passible de poursuites ? Et sur les stades de Russie, non seulement la solidarité des joueurs tacle la bêtise raciste mais le respect des hôtes manifesté par l’équipe et les supporters Japon lance un fort signal de fraternité internationale.

 

Patrie! Merveille de vocabulaire. Il a fallu le génie latin pour féminiser Pater, vocable on ne peut plus masculin, et le transformer en Patria, ô combien féminin. Du coup Patrie associe père et mère, géniteurs d’un peuple constitué en Nation. Le premier symbole de l’Autorité et de la Force, le second, Mère Patrie, image de la sollicitude dans l’éducation, la protection, la santé. Sans Patrie, pas de Nation ! Sans Nation pas de Peuple appelé à la fraternité ! La Patrie en danger devient aussitôt une raison d’union nationale sacrée, pour la défendre, la soutenir ou la restaurer. Nos anciens de 14-18 ont consenti à ce combat, comme bien d’autres avant et après eux, pour la Liberté, l’Égalité et la Fraternité républicaines.

 

Aujourd’hui – hors des stades ! – ces sensibilités sommeillent. Elles paraissent même ringardes devant des problèmes aux ramifications mondiales. Mais peut-être que s’amorce une mutation profonde au long cours porteuse d’espérance pour une Nation enfin planétaire. Chantons Allons Enfants ! pour cette Patrie-là !

 

Père Michel Dagras