21/6/2011

Beit Berl ou l’école de la coexistence Juifs et Arabes en Israël


En Israël, Juifs et Arabes vivent souvent dans des univers parallèles où les chemins de traverse sont rares. Chacun reste dans sa communauté, sa ville, son école. Cependant, certains font le choix de vivre ensemble. Cela ne va pas de soi. Cela implique une volonté délibérée forte et constante, une détermination à ne pas laisser les bras quelques soient les obstacles. C’est ce défi que relèvent chaque jour les 10 000 étudiants, les 700 enseignants et la direction de l’Institut universitaire Beit Berl, situé près de Kfar Saba à 3 km de la Ligne Verte.

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L’Institut Universitaire Beit Berl accueille 20% d’étudiants Arabes Israéliens

 

 

En Israël, Juifs et Arabes vivent souvent dans des univers parallèles où les chemins de traverse sont rares. Chacun reste dans sa communauté, sa ville, son école, son université. Cependant, certains font le choix de vivre ensemble. Cela ne va pas de soi. Cela implique une volonté délibérée forte et constante, une détermination à ne pas laisser les bras quelques soient les obstacles. C’est ce défi que relèvent chaque jour, chacun à sa manière, les 10 000 étudiants, les 700 enseignants et la direction de l’Institut universitaire Beit Berl, situé près de Kfar Saba à 3 km de la Ligne Verte et 10 km de la Méditerranée.

 

Parce que ce défi, celui du dialogue entre les communautés, est aussi celui de «Jérusalem & Religions», nous sommes partenaires de la soirée de lancement du Cercle des Amis de l’Institut Universitaire Beit Berl qui a lieu le 23 juin à Paris à la Mairie du XVIème arrondissement sous les auspices de son député-maire, Claude Goasguen, président du groupe parlementaire d’Amitié France-Israël.

 

L’endroit est paisible en cette fin d’année universitaire. Les cours sont terminés. Les examens aussi. Le campus est presque vide dans la journée. Ce soir-là, le 15 juin, une partie des étudiants est réunie autour d’un buffet en plein air devant l’immeuble de la bibliothèque universitaire. Un peu plus loin au milieu de la pelouse, une grande estrade a été installée pour la cérémonie de remise des diplômes. L’ambiance est chaleureuse.

 

Parmi les diplômés, des jeunes et moins jeunes, des religieux et des laïcs, des Juifs et des Arabes, des parents venus applaudir leurs enfants et beaucoup de jeunes mamans enceintes ou tenant leur bébé dans les bras qui attendent leur tour de monter sur l’estrade. Amel s’est mise un peu à l’écart de la foule. Vêtue d’une longue djellaba et coiffée d’un foulard, elle marche tranquillement espérant ainsi endormir son fils, un nourrisson d’un mois et demi. Pour étudier à Beit Berl, Amel, qui habite la région du Wadi Ara, a choisi de faire 45 minutes de bus. Elle avait d’autres solutions plus près de chez elle, qui de surcroît étaient exclusivement destinées aux Arabes, mais elle a préféré Beit Berl et ne le regrette pas. « Le niveau est excellent. On est bien suivis par les professeurs », explique cette jeune et belle musulmane dans un parfait hébreu. Le fait que l’école soit fréquentée par des juifs n’était pas un obstacle. « Au contraire, c’est un plus », précise-t-elle en souriant. Shira, elle, a deux enfants en bas âge. Ce soir, elle les a laissés à la maison. Juive, religieuse, la tête couverte également, elle souligne la dimension humaine de Beit Berl. « Ici, on n’est pas seulement des numéros, on nous appelle par notre nom. » Pour elle, la présence d’étudiants arabes n’est pas du tout un problème. « J’enseigne l’éducation civique, le respect de la différence m’est donc familier. »

 

La coexistence n’est pas un long fleuve tranquille

 

Pourtant, les choses ne vont pas de soi. La coexistence, mieux la capacité à vivre ensemble ne tombe pas du ciel comme par enchantement. Cela suppose des efforts, des renoncements voire des sacrifices. La coexistence entre juifs, musulmans et chrétiens, tous citoyens israéliens n’est pas un long fleuve tranquille.

 

Pour Tamar Ariav, la présidente de Beit Berl, c’est un véritable engagement « idéologique ». Et un engagement qui a un prix. « Certains étudiants, juifs comme arabes, refusent de s’inscrire à Beit Berl car le campus est mixte. Pour les mêmes raisons, certaines universités refusent de s’associer avec nous », déplore-t-elle. Cependant, Beit Berl fondé en 1949, touche un large public puisque l’établissement accueille chaque année 10 000 étudiants dont 20 % d’étudiants arabes, soit le poids exact de cette communauté dans la population israélienne. Et surtout, cet Institut étant essentiellement dédié à la formation des enseignants, la coexistence quotidienne qui y règne est bien davantage qu’une simple expérience personnelle. Elle est un modèle pour les générations futures.

 

« Dans la mesure où un professeur peut avoir, au cours de sa carrière, une influence sur des milliers d’enfants, le travail que nous faisons ici prépare à la coexistence future. Déjà, la nouvelle génération est plus confiante que nous ne l’étions » remarque Ruweida Abou Rass qui parle en connaissance de cause puisqu’avant d’être embauchée à Beit Berl comme professeur d’anglais en 1997 elle y fut étudiante dans les années 80. « A l’époque et il n’y a encore pas si longtemps, les relations entre Juifs et Arabes étaient plus sur le mode gouvernants-gouvernés. Mais, les choses ont bien évolué depuis. Notamment depuis trois ans. Notre voix est écoutée, on est plus impliqués dans les décisions et on est davantage respectés. » Un changement que Beit Berl doit avant tout à sa présidente Tamar Ariav. L’espoir de Tamar est « que la société israélienne dans son ensemble finisse par adopter cette voie-là ».

 

Mais, il faut lutter en permanence car l’équilibre entre Juifs et Arabes est fragile. Chaque opération militaire menée par l’armée israélienne ou chaque attentat perpétré par un terroriste déstabilise l’édifice. « Tout peut s’effondrer en une seconde. Les propos racistes ressurgissent d’un côté comme de l’autre. Mais en même temps, dès que les tensions émergent, tout le monde ressent très vite la nécessité de faire des efforts pour se rapprocher de nouveau », remarque Ruweida.

 

«Il est important d’écouter l’Autre»

 

Autre source de tensions, les journées anniversaire du calendrier qui ont une résonance historique distincte pour Juifs et Arabes comme la Journée de l’Indépendance, le Jour du Souvenir pour les morts au combat mais aussi, plus curieusement, le Jour de la Shoah. « L’enseignement de la Shoah n’est pas obligatoire au programme des écoles arabes », souligne Tamar Ariav. D’où une grande ignorance sur ce drame du XXème siècle et une grande incompréhension de la psychologie juive au sein de la population arabe. Inversement, même s’il ne s’agit pas de comparer les tragédies historiques, les étudiants juifs savent peu ou rien sur la Nakba.

 

« Nous devons entendre leur histoire et vice-versa. Rester attachés à son propre narratif ne sera d’aucune aide », remarque Ruweida, elle-même issue d’une famille, originaire de Miska, un village arabe totalement détruit au moment de la guerre de 1948. C’est tout l’objet du programme d’enseignement multiculturel tenu dans le cadre de la Chaire de l’Unesco pour le multi-culturalisme en éducation, créé en 2004 et dirigé par Ruweida depuis 2009. Deux initiatives nouvelles, initialement suggérées par Tamar Ariav, ont ainsi été développées ces deux dernières années : d’un côté emmener des étudiants arabes à Auschwitz, de l’autre donner des conférences sur la Nakba aux étudiants juifs. Une démarche qui va à contre-courant des tendances de fond traversant les communautés juive et arabe d’Israël, plus facilement enclines au repli sur soi. « Nous sommes une institution universitaire où règne la liberté d’expression, il est donc important d’écouter l’Autre », précise Tamar.

 

Une initiative que Berl Katznelson, à qui cet Institut est dédié, aurait certainement fait sienne. En 1936, lors d’une réunion devant ses camarades socialistes du Mapaï, ce juif russe émigré en Palestine en 1909, grand spécialiste de l’éducation, parlait de « cet Orient que nous devons apprendre à connaître. »

 

 

Pour en savoir plus sur l’Institut Universitaire Beit Berl consulter leur site en français 

 

 

 

Catherine Dupeyron

© Source : http://www.jerusalem-religions.net – 21 juin 2011

 

 

 

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A Paris, soirée de promotion

de l’Institut Universitaire israélien Beit Berl

 

 

Une soirée visant à promouvoir l’Institut Universitaire israélien Beit Berl se tiendra le 23 juin 2011 à Paris, en présence des ambassadeurs Yossi Gal et Nimrod Barkan.

 

L’’Institut supérieure de Beit Berl est un établissement universitaire qui offre un enseignement multidisciplinaire (éducation, social, art et culture). A Beit Berl, Juifs et Arabes travaillent et étudient côte à côte.

 

Il est considéré comme un établissement de premier plan en Israël dans les domaines de l’éducation, les sciences sociales, art et la culture : en offrant une éducation de haute qualité pour préparer les professionnels à des carrières dans l’enseignement, dans le système social, et dans l’art et la culture. Cet établissement contribue largement au développement professionnel de ceux qui occupent des postes dans les systèmes éducatifs et sociaux dans le pays.

 

Il se compose d’environ 1000 professeurs qui sont actifs dans tous les aspects de l’enseignement et la recherche. Environ 10.000 étudiants fréquentent ses quatre écoles : L’École de l’Éducation ; L’École d’art – Hamidrasha ; L’Institut universitaire de formation des maîtres arabes et L’École de la politique gouvernementale et sociale.

 

Situé à la périphérie de Kfar Sava, l’Institut Beit Berl est situé sur un campus vert dans le centre d’Israël. En effet, le Ministère israélien de la protection de l’environnement et le Conseil israélien pour l’enseignement supérieur le reconnaître comme “un collège vert”.

 

Beit Berl a été nommé d’après Berl Katznelson, le chef spirituel du mouvement travailliste durant le mandat britannique. La première pierre fut posée le 21 août 1946 et a été utilisé comme une base de zone pour les forces de la résistance de la Haganah, et plus tard par les Forces de défense israéliennes.

 

Beit Berl a été créé dans les années 1970, ce qui avait été l’Institut de formation pour enseignants, animateurs, membres du kibboutz et les jeunes immigrants, qui avait été actif à l’emplacement depuis la fin des années 1940.

 

Le collège a reçu son premier permis en 1979 et deux ans plus tard, il a gagné la reconnaissance académique pour son école secondaire de premier cycle et des cours d’éducation informelle. Il était avant tout un collège de formation des enseignants sous la supervision du Ministère israélien de l’éducation. En 1987, il a été pleinement reconnu pour l’ensemble de spécialisations tel que la formation pédagogique et la formation des enseignants les enseignants l’Arabe.

 

 

 

Ftouh Souhail

© Source : http://identitejuive.com/ – 18 juin 2011

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