02/9/2011

Culture de paix : pour une transformation en profondeur de l’Egypte ?


Joseph Mayton, journaliste, envisage ce que pourrait être une “culture de la paix” dans la nouvelle Egypte, en considérant en particulier le domaine de l’éducation, où elle pourrait prendre racine. Aujourd’hui, l’occasion se présente de faire passer l’Egypte à l’ère de la justice sociale, de la responsabilité et de la tolérance. Il s’agit d’un effort concerté pour créer une culture de paix dans une société profondément fracturée au sens politique entre mouvements religieux, militaires et activistes, activistes et population.

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Le Caire – Jusqu’à présent, c’était œil pour œil, dent pour dent. Aujourd’hui, l’occasion se présente de faire passer l’Egypte à l’ère de la justice sociale, de la responsabilité et de la tolérance. Il s’agit d’un effort concerté pour créer une culture de paix dans une société profondément fracturée au sens politique entre mouvements religieux, militaires et activistes, activistes et population.

 

Les Egyptiens s’efforcent tous les jours de prouver au monde entier que les sociétés peuvent changer. Le Caire n’est plus la même ville qu’il y a six mois. Et on commence à secouer les blocages politiques et sociaux du pays. Par une culture de la paix, la société égyptienne peut établir un précédent, pas seulement pour ce pays, mais aussi pour a région tout entière.

 

Selon l’UNESCO, ” la culture de la paix est un ensemble de valeurs, attitudes, comportements et modes de vie qui rejettent la violence et préviennent les conflits en s’attaquant à leurs racines par le dialogue “. En Egypte, il s’agirait par exemple de prendre conscience que l’“autre”, celui qui s’est livré à la violence par le passé, peut trouver sa place dans la société, plutôt que de rester à la marge, comme c’est le cas aujourd’hui. L’édification de cette culture en Egypte reprendrait le modèle sud-africain de la réconciliation qui a permis à ce pays d’aller de l’avant au lieu de ressasser le passé douloureux de l’apartheid.

 

Instiller la culture de la paix dans la jeune génération, voilà l’antidote rêvé aux méfiances et aux antagonismes des générations passées — chrétien contre musulman , travailleur contre possédant, soldat contre citoyen, etc.

 

En Égypte, l’absence d’une culture de paix trouve sa source dans le système d’enseignement. Les petits écoliers égyptiens apprennent qu’ils sont différents les uns des autres, que leurs religions respectives justifient leur séparation. A l’école, les petits chrétiens apprennent séparément l’histoire du christianisme et le catéchisme, tandis que les petits musulmans apprennent l’islam de leur côté. D’où le sentiment que chaque groupe social est séparé, divisé aussi à l’égard de toute cause nationale. S’ils n’apprennent pas ensemble l’histoire de l’Egypte chrétienne et musulmane, les petits Egyptiens se construisent une Egypte chrétienne OU musulmane.

 

Il y a quelques années, une enseignante d’une école secondaire du Caire voulait consacrer une semaine entière de son programme à une étude du judaïsme et du christianisme et à leur rôle dans l’histoire de l’Egypte. Son principal le lui interdit.

 

” On m’a expliqué que l’Egypte est un pays musulman et que le ministère permet aux élèves d’étudier le christianisme lorsqu’ils sont chrétiens “. Incompréhension. Comme les élèves avaient l’habitude d’échanger des insultes, elle s’était dit qu’un peu d’information sur les cultures qui ont fait l’Egypte — histoire copte, débuts de l’islam, puis intégration — ne leur ferait pas de mal. Mais telle ne fut pas la position officielle. Les autorités de son école privée refusèrent son initiative. Dans un établissement public, il n’y aurait même pas eu de débat, le gouvernement ayant simplement banni tout enseignement confessionnel intégré.

 

Cette fracture imposée a été effacée par la révolution. Pendant quelques mois tout au moins. Il faudrait désormais un effort concerté des éducateurs et des militants de la paix pour faire de la société égyptienne une société de culture de la paix et de la coexistence, mettant en œuvre les concepts de tolérance et d’ouverture dans le cadre, prôné par l’UNESCO, ” du dialogue, la recherche de consensus et la non-violence. “

 

A présent que l’Egypte va de l’avant dans une nouvelle direction, il est temps de créer une société embrassant toutes les facettes de son histoire et de son peuple. Par un grand bond en avant vers une culture de la paix, l’Egypte peut une fois encore montrer au monde qu’elle est un pays qui pense en avant, capable de créer un monde meilleur fondé sur la paix et la tolérance.

 

 

 

 Joseph Mayton

 

 

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Joseph Mayton est le rédacteur en chef de Bikyamasr.com. Article écrit pour le Service de Presse de Common Ground (CGNews).

 

 

© Source : Service de Presse de Common Ground (CGNews), 2 septembre 2011, www.commongroundnews.org

 Reproduction autorisée.

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