04/11/2020

ET SI L’ON REPARLAIT D’EUROPE ?


Sur la carte d’Europe, les voyants verts tournent à l’orange, puis au rouge : ils ne distinguent plus seulement les régions ou Etats où l’épidémie de COVID-19 a repris hélas de plus belle, ils signalent les régions où des tensions s’accumulent, des conflits éclatent, des braises qu’on croyait éteintes s’allument à nouveau. Depuis le mois […]

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Sur la carte d’Europe, les voyants verts tournent à l’orange, puis au rouge : ils ne distinguent plus seulement les régions ou Etats où l’épidémie de COVID-19 a repris hélas de plus belle, ils signalent les régions où des tensions s’accumulent, des conflits éclatent, des braises qu’on croyait éteintes s’allument à nouveau. Depuis le mois d’août, le Bélarus vit sous le signe de la contestation civique au président Lukachenko, Arménie et Azerbaidjan se font maintenant ouvertement la guerre, les combats se poursuivent en Ukraine orientale, Grèce et Turquie s’affrontent en Méditerranée orientale… Pendant ce temps-là, les négociations entre l’Union européenne et le Royaume-Uni au sujet des conséquences économiques du Brexit patinent et menacent de se solder par un échec retentissant. Et les Etats membres se disputent (entre eux et tous ensemble avec le Parlement européen) sur les modalités d’octroi des aides colossales du plan de relance à 750 milliards d’euros au nom de la « conditionnalité »

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Il y a de quoi désespérer : l’Europe née il y a soixante-dix ans pour assurer la paix vit-elle l’échec de ses ambitions, la faillite de son projet, la désaffection de ses citoyens ? Autant en mars et avril, au plus fort de la crise sanitaire, les Européens réclamaient plus de dialogue entre Etats, plus de coordination européenne des réponses sanitaires, plus d’aides communes pour lutter contre la pandémie, autant ils semblent aujourd’hui ne plus croire que l’Europe détient les clés de leur renaissance. Car nos Etats agissent de plus en plus comme si seulement la défense unilatérale, agressive, brutale s’il le faut, de leurs intérêts nationaux pouvait offrir une planche de salut : arracher un morceau de territoire à son ennemi « séculier », garder ses zones de pêche pour soi, occuper une zone économique exclusive de plus en plus grande, réclamer les aides auxquelles on a « droit » oubliant les « droits » fondamentaux de ses propres citoyens, contents, qui sait, de monnayer la survie de l’économie contre la perte de leurs libertés…

Les Européens sont-ils à tel point las, ou tétanisés, qu’ils ne croiraient plus en les vertus du partage, de la mise en commun, du bien commun ? On ne dirait pas : la crise sanitaire et écologique montre au contraire à quel point ils ont pris conscience de l’urgence de se rapprocher les uns des autres, de se soutenir les uns les autres. Dans les rues de Naples on avait vu apparaître des paniers à provisions suspendus aux fenêtres des immeubles avec les mots : si tu as, donne, si tu manques, prends. Les paniers ne manquaient jamais de rien, ni sucre, ni café, ni pâtes, ni conserves, ni lait… une main invisible régulait le flux des dons dans les deux sens.

Et alors faisons un rêve, que « Bruxelles » se transforme en une gigantesque Naples, où qui a donnera et qui manque prendra, dans la solidarité qui nous rassemble, dans le respect de la dignité de chacun, au nom de l’humain qui fait de chacun, chacune de nous un être irremplaçable. Et de l’Europe de nouveau un projet de paix et de fraternité.

Alfonso Zardi, Délégué général de Pax Christi France

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