30/4/2018

UNE FUSÉE À TROIS ÉTAGES


Faut-il fermer les frontières pour contenir la pression migratoire actuelle ou les ouvrir au nom de larges échanges exigés par une certaine mondialisation marchande ? Deux objectifs simplifiés ici à l’extrême mais sous-jacents aux débats de l’Assemblée Nationale confrontée la semaine passée au projet de loi « pour une immigration maîtrisée, un droit d’asile effectif […]



Faut-il fermer les frontières pour contenir la pression migratoire actuelle ou les ouvrir au nom de larges échanges exigés par une certaine mondialisation marchande ? Deux objectifs simplifiés ici à l’extrême mais sous-jacents aux débats de l’Assemblée Nationale confrontée la semaine passée au projet de loi « pour une immigration maîtrisée, un droit d’asile effectif et une intégration réussie ».

 

Après le passage houleux du projet en première lecture, des associations se font critiques : malgré un bémol porté au le délit de solidarité, le texte prévoit en effet de serrer la vis à l’accueil des migrants.

 

La souci de régulation qui commande la démarche gouvernementale relève de la quadrature du cercle ! Des inquiétudes fondées existent. Elles couvent dans les mentalités collectives. Et quand des réseaux médiatiques soufflent sur ces braises s’allument des peurs des émotions, de l’irrationnel au détriment de réflexions concertées pour des solutions humaines et réalistes au problème posé, si complexe. L’exemple de la République tchèque est là. La crainte de l’immigration grandit dans ce pays sans qu’il connaisse de vague migratoire !

 

Ce n’est pas le cas dans l’Hexagone. Pour voir plus clair on avance des distinctions, pertinentes mais peu opératoires, entre migrants, étrangers, réfugiés, ces derniers à différencier encore entre vrais et faux. Pour réagir plus profond, on invoque des impératifs éthiques en faveur de l’accueil irréductible dû à tout être humain fuyant la guerre, la persécution ou l’extrême misère. Non sans rappeler néanmoins l’impératif de protéger le pays d’accueil. Le règlement de Dublin exige ainsi des migrants qu’ils gèrent d’abord leur situation dans le pays de leur arrivée en Europe. Disposition pratique pour désengorger l’Hexagone de flux jugés invasifs, mais pilule amère pour la Grèce, l’Italie ou l’Espagne, situées par grâce géographique aux premières loges des débarquements. Pour prendre plus de recul encore, on souhaite impliquer les pays étrangers d’origine dans la gestion de leurs ressortissants expatriés. En avançant entre autres le projet d’établir sur place de meilleurs conditions de vie et de travail. La préoccupation, de si bon aloi soit-elle, demeure malgré tout illusoire dans la mesure où les causes premières des exils viennent ici de ventes d’armes dont une bonne part proviennent de l’Ouest et là d’exploitations de richesses locales par les pays du Nord sans souci de promouvoir sur place des participations et des retombées effectives.

 

Nous sommes finalement en présence d’une fusée à trois étages.

 

Au troisième, le plus visible et le plus remuant, se déploient des rhétoriques sur les catégories de migrants, de réfugiés, de clandestins, d’apatrides … On s’évertue aussi à dérouler dans ce labyrinthe un fil d’Ariane libérateur. Dans ce contexte, des brins de fil trop courts, comme le règlement de Dublin font illusion. Ils ne conduisent à terme qu’à des impasses.

 

L’étage du milieu rassemble des générosités, soutenues de sagesse. On y célèbre les vertus d’accueil jointes à la conscience de devoir impliquer les pays d’origine et de leur tendre la main pour les aider dans leur tâche, sans perdre de vue l’exigence du bien commun ici et maintenant.

 

Au premier étage, celui des propulseurs, règnent deux utopies. Celle d’un partage international des ressources pour donner à qui les possède le droit de ne pas se les faire piller par plus nantis qu’eux. Et celle de faire respecter le droit d’exploiter ces richesses au bénéfice premier des populations locales. L’inactivité de cet étage condamne la fusée à rester au sol et les autres étages à continuer des bricolages, politiques, administratifs ou sociaux nécessaires certes dans l’immédiat mais sans longue portée.

 

A quel sésame recourir pour ouvrir à ce niveau basique le passage de l’utopie à la réalité ? Comment tarir les peurs et les illusions qui empêchent son écoute ? Comment décider les dieux économiques et financiers qui commandent les destins planétaires à se sensibiliser aux conditions de l’humanité souffrante ? Et si donner chair et sang à cette utopie commençait par le courage conscient et responsable de s’activer déjà, ici et maintenant, aux partages appelés par l’option pour une sobriété …heureuse ?

 

 

Père Michel Dagras