09/7/2018

HUMEURS DES JOURS


Phoebus a balayé le ciel des nuages qui arrosaient le printemps. Il fait beau ! Il fait chaud ! Peut-être bientôt très chaud … voire trop chaud. Déjà pointe une préoccupation, un doute, une méfiance, sur la permanence de cette météo superbe. Comme si une ombre de pessimisme venait troubler le contentement du moment.



Phoebus a balayé le ciel des nuages qui arrosaient le printemps. Il fait beau ! Il fait chaud ! Peut-être bientôt très chaud … voire trop chaud. Déjà pointe une préoccupation, un doute, une méfiance, sur la permanence de cette météo superbe. Comme si une ombre de pessimisme venait troubler le contentement du moment.

On connaît l’histoire de cet agriculteur affecté de ce réflexe soupçonneux. Quand il faisait beau il redoutait la sécheresse. Quand il pleuvait il craignait que ses récoltes ne moisissent sur pied. Il possédait un pommier magnifique. Un jour devant l’arbre couvert de fruits son voisin constata : Tu as beaucoup de pommes cette année ! Devant l’évidence le pessimiste hésita un instant avant de déclarer : … C’est vrai mais il y en a moins qu’on en voit !

L’attitude inverse est plus sympathique. Sur l’air de “Après la pluie vient le beau temps” ou de l’illusoire “Demain on rasera gratis”, l’optimisme s’installe au zénith d’une vie vue en rose. Autant dans le cas précédent la sinistrose joue les trouble fête, autant dans celui-ci la candeur peut bercer l’utopie.

Mêmes observations par rapport au passé et au futur. D’aucuns le parent de qualités mises à mal par le progrès et l’évolution des mœurs. Jadis regrettent-ils, avec une mémoire bienveillante, l’air n’était pas pollué, la nature respectée, les solidarités villageoises protégeaient de la solitude, pas de bouchons sur les rocades ni de chapelets de poids lourds sur les grands axes. Les plus motivés de ces nostalgiques essayent de reconstituer à petite échelle – faute de pouvoir faire plus – des lieux de vie conformes à ces paradis perdus. Rêveries critiquent les autres ! Le progrès est venu libérer les sociétés d’antan des famines et des épidémies, la mortalité infantile bat en retraite, la longévité progresse. Les communications se déploient à un rythme exponentiel, les technosciences ouvrent des horizons insoupçonnés …

Cueille le jour (Carpe diem) conseillent d’autres. A chaque jour suffit sa peine. Ne te soucie pas du lendemain tourne le dos aux tracas d’un futur incertain. Plus facile à dire qu’à vivre ! Le réalisme impose en effet de considérer que le présent n’est pas isolable pas dans une bulle étanche au passé et au futur. Il est imprégné du premier et ouvre inévitablement sur le second. Aujourd’hui succède à hier et annonce demain. Certes les mémoires trient et déforment. Elles griment le passé en fonction des expériences heureuses ou malheureuses qui l’ont marqué. De même pour l’avenir (à-venir), espéré et désiré ou appréhendé et redouté, qui adviendra bien souvent estampillé d’inattendu. Une expérience basique était à ce sujet autrefois offerte quand trois générations vivaient sinon sous le même toit au moins dans une réelle proximité. Les plus jeunes avaient devant eux leur futur. Quand je serai grand exprimait alors le souhait d’accéder à une autonomie et à des pouvoirs encore inaccessibles à leur âge. Avec le désir de mettre leur touche personnelle voire corrective sur les façons d’être et de vivre de leurs parents. Les adultes avaient sous les yeux leur passé, les enfants et les ados, susceptibles d’ailleurs de leur rafraîchir la mémoire sur leurs frasques de jeunesse ! Ils pouvaient aussi, dans le vivre ensemble avec leurs aînés observer de visu et communiquer en direct avec leur futur, ses capacités de sagesse et ses dégringolades dans les délabrements du grand âge. Difficile alors de jouer alors la politique de l’autruche en essayant de fermer les yeux sur cet avenir sinon probable au moins prévisible. Pour les anciens aux prises avec le naufrage de la vieillesse, sur fond de disparition de personnes de leur temps, pas besoin de faire de grands projets. Libres de s’en attrister et de se recroqueviller sur leur condition. Libres aussi se réjouir en voyant les générations montantes prendre le relais de la vie et assurer leur pérennité.

Pessimistes, optimistes, réalistes, dispensent leurs impressions sur l’été venu du printemps et promis à l’automne. Ils les expriment aussi sur des saisons, autrement plus importantes, celles de l’existence. Dans tous les cas, ces sentiments révèlent des traits de caractères personnels … à jauger sous la lumière du sens que l’on donne à la vie.

Père Michel Dagras