28/5/2020

LE MONDE D’APRÈS


Avec le déconfinement progressif de nos sociétés, en France et en Europe, la « phase deux » de la pandémie et des moyens mis en œuvre pour la contraster commence. Petit à petit nous recouvrons notre liberté de mouvement, recommençons à travailler ensemble, envoyons nos enfants à l’école, habitons les espaces publics comme nous le faisions « avant ». Le monde « d’après » à défaut de se dessiner déjà avec des contours précis, s’annonce tout de même : il sera plus « vert », plus sobre, plus solidaire, promis. Sera-t-il aussi plus pacifique ?

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Avec le déconfinement progressif de nos sociétés, en France et en Europe, la « phase deux » de la pandémie et des moyens mis en œuvre pour la contraster commence. Petit à petit nous recouvrons notre liberté de mouvement, recommençons à travailler ensemble, envoyons nos enfants à l’école, habitons les espaces publics comme nous le faisions « avant ». Le monde  « d’après » à défaut de se dessiner déjà avec des contours précis, s’annonce tout de même : il sera plus « vert », plus sobre, plus solidaire, promis. Sera-t-il aussi plus pacifique ?

 

Rien n’est moins sûr. Car les rivalités qui sont apparues au cours des derniers mois – pour l’acquisition coûte que coûte de matériels et équipements médicaux, pour la découverte en priorité et en exclusivité du vaccin contre le COVID 19, pour acheter à coup d’aides « humanitaires » la sympathie des ennemis d’hier susceptibles de devenir les alliés de demain – risquent de déboucher sur une nouvelle « guerre mondiale ».

 

Une guerre « inégale » dans la mesure où face au géant américain résolu (pour l’heure) à imposer sa domination du monde par la primauté de ses seuls intérêts, se trouve une Chine qui défend un « multilatéralisme » fondé sur un réseau mondial d’Etats vassaux dépendants de ses produits, de ses achats, de ses infrastructures disséminées le long des nouvelles « routes de la soie ».

 

Dans cette « guerre » qui semble déjà engagée pour le contrôle du monde « d’après », faut-il à tout prix se ranger d’un côté ou de l’autre ? Ou ne faut-il pas au contraire promouvoir un projet « alternatif » de paix et réconciliation sur les décombre d’une mondialisation qui s’effondre comme un château de cartes ? La paix mondiale n’exige-t-elle pas une fois de plus, des « efforts créateurs à la mesure des dangers qui la menacent » ?

 

N’est-ce pas là le rôle auquel l’Europe est aujourd’hui appelée ? Elle en a les moyens, économiques, financiers et humains, en a-t-elle aussi la volonté ? Il suffirait de faire attention aux mots qu’on emploie pour répondre par l’affirmative. A ceux des gouvernants de l’Europe qui abhorrent la mutualisation des engagements et des risques de peur de sombrer dans une « Union de la dette », répondons courageusement que cette Europe existe déjà et n’a pas cessé de s’étendre !

 

Car nous sommes déjà énormément « endettés » envers les fondateurs à qui nous devons ces 75 années de paix. Nous le sommes aussi envers les trois générations d’Européens dont le travail, la mobilité, les échanges, l’éducation ont forgé une civilisation du respect mutuel et de la proximité au nom de laquelle nous sommes capables de refuser le discours de haine et tendre la main aux migrants en perdition. Nous le sommes enfin à l’égard des générations à venir à qui nous devons remettre une terre capable de nous et de les sustenter et non une planète moribonde à fuir de toute urgence.

 

Cette « dette » est la clé de la paix, du développement intégral de l’homme, de la réconciliation entre les nations. Assumons-la !

 

Alfonso Zardi, Délégué général

Pax Christi France

 

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