18/6/2018

LA LEÇON DES JOURS (1/2)


La semaine commence par le jour de la Lune. Petite sœur de la Terre aux vingt huit jours de rotation elle expose en miroir permanent les grandes étapes de la vie. L’Astre de la Nuit commence gracile, fine lame de faucille promise à des moissons d’étoiles ? La vie devant soi porte de telles espérances.



La semaine commence par le jour de la Lune. Petite sœur de la Terre aux vingt huit jours de rotation elle expose en miroir permanent les grandes étapes de la vie. L’Astre de la Nuit commence gracile, fine lame de faucille promise à des moissons d’étoiles ? La vie devant soi porte de telles espérances.

 

Puis elle s’épaissit, grossit jusqu’à s’exposer pleine, épanouie, dans une rotondité parfaite. Des hommes posant un jour leurs pieds sur son visage, ont ajouté de faibles traces sur ses traits. Elle est restée impassible. Comme celles et ceux qui ont suffisamment mûri pour tenir le coup et le cap dans les turbulences du temps. Mais que l’on ne s’y trompe pas. Elle conserve sous sa figure lumineuse de reine de la nuit une face qu’elle maintient cachée. Comme chacun de nous pour son jardin secret. Puis la Lune décroît. D’abord patatoïde elle redevient croissant, s’affine de nouveau mais comme lame usée à force de servir. Enfin elle disparaît, sombre dans la nuit noire, devenant aussitôt Nouvelle Lune. Et le cycle recommence, rappel incessant de notre finitude. Peut-être ne levons-nous pas assez le nez pour contempler ces images de notre destin ? Nous avons des excuses : les nuages et les éclairages urbains voilent souvent ce spectacle. Ils nous empêchent, eux et tant d’activités, d’être de temps en temps dans la Lune !

 

Avec Mardi nous revenons sur terre. Ce jour, dédié au dieu Mars le dieu de la guerre ne saurait avoir bonne presse. Hyper actif Mars a commencé petit ses interventions terrestres. D’abord avec des armes rudimentaires : des silex, des bâtons et des flèches, des massues … Très vite il a perfectionné ses armes avec une capacité créative incessante et fascinante. Témoin la panoplie des armes blanches où piques, lances et hallebardes, épées et poignards, sabres et autres yatagans font de visu froid dans le dos. Et pour frapper plus fort et plus loin Mars a domestiqué le feu. Tromblons, arquebuses, escopettes et bombardes ont alors ouvert la voie à une production qui culmine aujourd’hui en arsenal d’armes nucléaires aux effets apocalyptiques. Au point que les théories de la Guerre juste fassent long feu et versent dans l’utopie Pourtant le dieu guerrier a maille à partir avec des forces indestructibles, celle des artisans de paix. Il a beau s’en moquer, ils sont sur le terrain, vilipendés, persécutés, mais déterminés et actifs. Espérant contre toute espérance, ils croient que la ferraille des armes est convertible en socs et en faucilles.

 

Mercredi est le jour de Mercure, le dieu du Commerce et des Voleurs. Les deux s’associent parfois mais laissons les derniers. Rendons hommage à cette activité profondément humaine nourrie de communication, de confiance et d’échanges. Du troc aux techniques les plus sophistiquées une même dynamique de fond irrigue les activités commerciales menées sous la règle du gagnant-gagnant. Deux exemples pour donner la mesure de la richesse humaine de cette activité. D’abord celle du marchandage dans un souk. Un peu poker menteur, un peu jeu de séduction, le centre de gravité de la relation en vient à se déplacer du rapport vente-achat à celui d’une communication interpersonnelle parfois savoureuse où chacun consent à modifier sa position initiale. La conclusion se fait sur un prix moyen parfois gratifié d’un bon poids ou d’une bonne mesure. L’autre exemple est à saisir en milieu rural, sur les foires à bestiaux. Éleveurs et maquignons circulent entre les bovins, apprécient leurs qualités, demandent ou proposent des prix, les discutent jusqu’à ce que le tope-là d’une franche poignée de main ne scelle la transaction. Pas la peine de recourir à quelque confirmation écrite que ce soit. La confiance dans le marché conclu est de granit.

 

Le déroulé de ces transactions commerciales ne tisserait-il pas la trame type d’une gestion positive des conflits ? Chacun des protagonistes acceptant de changer, de retoucher ses points de vue, sur le terrain du négociable ? Même observation à propos de commerce amical, épuré de tout intérêt mercantile, nourri de gratuité et de respect mutuel, aux antipodes d’attitudes fusionnelles, où l’un cherche à faire plier l’autre dans la relation dégradante de dominant-dominé.

 

(à suivre)

 

Père Michel Dagras