02/7/2018

LA LEÇON DES JOURS (2/2)


Lundi, Mardi, Mercredi, la symbolique des jours de la semaine n’a pas fini de nous instruire sur ce que nous sommes, sur les ombres et les lumières de notre humanité.



Lundi, Mardi, Mercredi, la symbolique des jours de la semaine n’a pas fini de nous instruire sur ce que nous sommes, sur les ombres et les lumières de notre humanité.

Voici Jeudi, placé sous le signe de Jupiter, le dieu des dieux, Zeus pour les grecs, modèle des despotes, des tyrans et des dictateurs de tous poils. Il domine de sa puissance les hommes et les mondes. Impérialiste suprême aux diktats redoutables et sans merci. Nom de Moi tonne-t-il du sommet de l’Olympe en foudroyant ceux qui le mécontentent. Et pas besoin de se tourner vers les mythologies antiques pour découvrir sa présence et ses cultes. Il trône en vrai chez les hommes. Symbole de son pouvoir absolu, le Veau d’or, toujours debout, séduit aujourd’hui les magnats de la Finance et les fous de Pouvoir. Capables d’exploiter sans complexe les pauvres ils se drapent d’indifférence, cultivent l’égoïsme, minent les solidarités. Pourtant les mécaniques bien huilées de leurs systèmes oppressifs souffrent de grains de sable abrasifs capables de les enrayer. Jupiter et jupitériens font tout pour s’en débarrasser ? En vain ! De David face à Goliath à l’homme désarmé de la Place Tian’Anmen stoppant net par sa seule présence l’avancée d’un tank et de la colonne qui le suivait, les résistants au nom de la dignité et de la liberté humaines ne baissent pas les bras. Jeudi évoque des colosses aux pieds finalement d’argile.

Quel contraste avec Vénus patronne sémantique du Vendredi. Elle associe la beauté et l’amour, des vertus qui mettent de l’azur dans le sombre des cieux précédents. Mais des vertus vulnérables, capables de dévoiements et de séductions redoutables. La beauté peut en effet camoufler des laideurs morales, farder la réalité, jouer les miroirs aux alouettes. Les Sirènes et leurs chants séducteurs, pièges mortels, seraient-elles filles de Vénus ? Et la déesse n’a pas l’apanage du Beau. Que sait-elle de la beauté d’un paysage ou d’un spectacle, de l’élégance d’une œuvre littéraire, de la noblesse des sentiments, de la classe d’un geste où l’on donne et reçoit au service des autres ? Et si vendredi, jour de prière et de pénitence pour nombre de croyants portait à découvrir ces beautés-là, réelles et si souvent discrètes, qui ornent nos journées ?

Samedi s’ouvre sous le signe de Saturne. Il fut un dieu atroce, infanticide pour de sordides questions d’héritage. Un de ses fils Jupiter, échappa à la tuerie paternelle. Devenu dieu des dieux ce rescapé punit son père en l’exilant sur terre. Sur le plancher des vaches, Saturne déchu fut pris de sentiments humains. Avec un copain, Janus, il décida d’ouvrir des journées, les Saturnales, où tous les hommes vivraient égaux. Plus de hiérarchie. Maîtres et esclaves ripaillant à la même table. Les premiers servant même les seconds. Des cadeaux, des danses, la fête en continu ! Samedi est donc un jour qui célèbre l’émergence possible d’attitudes humaines chez les pires des êtres. Départ très sympathique pour entrer en week-end !

Dimanche ! Le jour du Soleil prêt à céder le pas à celui de la Lune ! Un astre à la fois si lointain et si proche. Impossible de fixer du regard sa vive lumière. Pourtant, filtrés par l’atmosphère ses rayons irradient toute vie, dispensent sans mesure des bienfaits de croissance et de développement. On comprend que son culte ait souvent pris des proportions universelles. Quelques princes éphémères ont même tenté de copier sa grandeur et de s’approprier ses atours pour servir leurs pouvoirs absolus et leurs entreprises guerrières. Notre Roi Soleil s’est drapé de cette orgueilleuse étoffe. L’Astre du Jour associe malgré tout l’image d’une puissance inaccessible à celle d’une intime proximité. Quel symbole pour les croyants en un Dieu Tout-Autre qui, par amour se fait Tout Proche, sans rien perdre de sa divinité. Plus intime à moi-même que moi-même écrivait Saint Augustin. Il se révèle, Ressuscité, Soleil Levant au creux de relations humaines tissées de vérité, de justice et d’amour, dans le regard des enfants, dans la paix du grand âge, dans tout ce qui s’avère profondément humain … Dimanche se présente alors pour les chrétiens comme le premier jour de la semaine

Père Michel Dagras