06/6/2014

L’Église est culturellement pluraliste, la foi chrétienne garantit liberté et bonheur


La foi chrétienne n’élimine pas l’intelligence humaine. Elle n’enlève rien à la liberté et au bonheur et ne supprime pas la diversité humaine : c’est ce qu’écrivent les participants au IVe Forum orthodoxe-catholique européen qui s’est tenu à Minsk, en Biélorussie, du 2 au 6 juin 2014. Après avoir réfléchi sur le thème ‘Religion et diversité culturelle: défis pour les Églises chrétiennes en Europe’, les évêques publient un message final, affirmant que l’anthropologie chrétienne a exercé une profonde influence sur la culture européenne.

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Clôture du IVe Forum orthodoxe-catholique européen

 

 

« Les Églises chrétiennes d’Orient et d’Occident ne craignent pas la diversité culturelle. Dès sa fondation, l’Église a été culturellement pluraliste », déclarent les participants au quatrième Forum européen orthodoxe-catholique. Ainsi la foi en Jésus-Christ n’élimine pas « la diversité humaine; bien au contraire, elle l’enrichit ».

 

Pour sa quatrième édition, le Forum a eu lieu à Minsk, capitale de Biélorussie, du 2 au 6 juin 2014, sur le thème “Religion et diversité culturelle: défis pour les Églises chrétiennes en Europe”. Plus de 35 représentants des Églises orthodoxes et de Conférences épiscopales étaient présents, bénéficiant du témoignage d’un « pays trait d’union entre les deux poumons occidental et oriental du continent », fait observer un communiqué.

 

Le message final, publié hier, 5 juin, se veut donner « un signe de joie et d’espérance » : les participants expriment notamment leur solidarité aux « Européens frappés par cette crise économique et culturelle » et qui « sont à la recherche d’une parole qui donne un sens à leur vie ».

 

Ils rappellent que « dans leur diversité, les cultures européennes ont toutes puisé dans les racines communes chrétiennes ». Aujourd’hui, déplorent-ils, « là où la foi et la morale chrétienne ont été bannies, un sentiment de vide conduit souvent au désespoir et au nihilisme ».

 

« La foi chrétienne est une garantie de liberté et de bonheur », poursuit la note, soulignant que « l’Église offre des valeurs cohérentes » à une époque où « il n’y a plus de points de repères stables » pour la conduite morale, désormais assujettie à la volonté du « Je autonome et souverain ».

 

« Les principes moraux sont inscrits par le Créateur dans le cœur de tous les êtres humains », soulignent-ils en invitant les Européens à « reconnaître que la clé de la liberté » consiste à accepter que l’homme « se reçoit de de Dieu » et qu’il ne peut pas « disposer arbitrairement des choses » comme s’il était « son propre créateur ».

 

Pour les participants, « le christianisme n’oppose jamais la raison à la foi. Dieu n’a pas éliminé l’intelligence humaine, mais il l’a plutôt affirmée ». La foi en Jésus-Christ n’élimine pas non plus « la diversité humaine ; bien au contraire, elle l’enrichit et promeut les éléments de vérité et de bonté déjà présents dans les cultures humaines ».

 

Ils insistent : « Les Églises chrétiennes d’Orient et d’Occident ne craignent pas la diversité culturelle. Dès sa fondation, l’Église a été culturellement pluraliste. Il y a eu des approches culturelles différentes chez les disciples du Christ, par exemple entre ceux qui parlaient l’araméen et ceux qui parlaient le grec… Le christianisme proclame l’Évangile du Christ dans la vérité des cultures humaines. »

 

Ils plaident également pour la liberté religieuse, « élément essentiel de la foi chrétienne » : « Promouvoir la liberté religieuse signifie établir un dialogue œcuménique sans prosélytisme, ni fondamentalisme, ni permissivité morale » et ne peut être assimilé à « promouvoir l’indifférence religieuse, le relativisme ou le syncrétisme, même en termes de tolérance ».

 

Le pape François a fait parvenir un message au Forum, appelant à la protection de la liberté religieuse en Europe et souhaitant que les chrétiens sachent toujours « rendre compte de l’espérance qui est en eux », avec « douceur et respect ».

 

Les participants ont également rencontré le président de la République biélorusse, M. Alexandre Lukachenko, qui a souligné que « la foi chrétienne représente un élément incontournable de la vision et de la vie spirituelle de la grande majorité des citoyens biélorusses ».

 

Les trois premières rencontres du Forum catholique-orthodoxe européen ont eu lieu à Trente, Italie (11-14 décembre 2008), à Rhodes, Grèce (18-22 octobre 2010) et à Lisbonne, Portugal (5-8 juin 2012).

 

 

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Message final

du IVe Forum orthodoxe-catholique européen

 

 

Les participants au Forum désirent exprimer leur gratitude à l’égard de l’Exarchat de Biélorussie de l’Eglise russe-orthodoxe et de l’Archidiocèse catholique de Minsk-Mohilev, ainsi que de l’État biélorusse et des autorités locales pour l’accueil et le niveau excellent de l’organisation.

 

1 Le thème “Religion et diversité culturelle: défis pour les Églises chrétiennes en Europe” a été choisi en réponse à une demande provenant de nos communautés qui se sentent fortement remises en cause par les changements culturels et moraux qui caractérisent l’Europe d’aujourd’hui. Durant les vingt dernières années, la globalisation au niveau mondial ainsi que la sécularisation dans la législation européenne sur les questions morales ont soulevé un certain nombre de questions qui requièrent des réponses communes. Notre préoccupation est de plus en plus grande car nous voyons, entre autres, que le processus d’éloignement de l’Europe de ses racines chrétiennes semble vivre une phase d’accélération.

 

2. Notre message vise à donner, avant tout, un signe de joie et d’espérance à tous ceux qui sont engagés dans la mission de l’Église. Nous partageons les conditions de vie de tous les Européens frappés par cette crise économique et culturelle et nous savons que nombreux sont ceux qui souffrent et qui sont à la recherche d’une parole qui donne un sens à leur vie. En effet, là où la foi et la morale chrétienne ont été bannies, un sentiment de vide conduit souvent au désespoir et au nihilisme. L’Église offre des valeurs cohérentes en incorporant l’humanité en Jésus-Christ, source de toutes les véritables valeurs. Ainsi, l’Église invite le monde à se laisser transformer par la prière, par le culte et par le témoignage chrétien.

 

3. Nous partageons avec les Européens aujourd’hui notre conviction selon laquelle la foi chrétienne constitue la source primaire de la culture et de la moralité européennes. Des siècles d’histoire témoignent, aussi bien en Orient qu’en Occident, de la richesse extraordinaire des conquêtes culturelles de notre continent par le biais de l’apport de la foi chrétienne. La foi a généré la culture, et la culture a été constamment remise en discussion par la foi. Nous désirons rendre hommage au patrimoine chrétien de l’Europe qui a forgé notre vision du monde et a attribué des principes moraux aux peuples d’Europe.

 

4. Dans leur diversité, les cultures européennes ont toutes puisé dans les racines communes chrétiennes. Tout comme dans d’autres contextes culturels, nous devons reconnaître qu’une partie considérable des cultures humaines se base sur une inspiration religieuse. L’anthropologie chrétienne a exercé une profonde influence sur la culture européenne. Reconnaître Dieu comme Créateur n’annule pas la raison humaine mais, bien au contraire, cela la rapproche de la vérité. Le christianisme n’oppose jamais la raison à la foi. Dieu c’est la Raison éternelle qui crée tout ce qui existe. En se révélant Lui-même, Il n’a pas éliminé l’intelligence humaine, mais il l’a plutôt affirmée. La contribution la plus importante que le christianisme a offert à l’histoire humaine c’est justement l’alliance entre foi et raison, qui a produit la vision de la dignité de chaque personne humaine, le besoin de liberté et de solidarité, l’ouverture au mystère de notre existence.

 

5. Nous désirons souligner que la foi chrétienne est une garantie de notre recherche de liberté et de bonheur : elle n’enlève rien à cela. La foi chrétienne veut dire acceptation totale de Jésus-Christ présent dans son Eglise moyennant le Saint Esprit. “Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique” (Jn 3, 16). Ainsi, le Christ n’est pas un produit des cultures humaines. En tant que Dieu incarné, Il défie l’histoire humaine et les cultures humaines. Nos Eglises chrétiennes témoignent la venue du Christ comme événement dans les cultures de nos peuples. La foi en Jésus-Christ n’élimine pas la diversité humaine; bien au contraire, elle l’enrichit et promeut les éléments de vérité et de bonté déjà présents dans les cultures humaines.

 

6. Nos Églises chrétiennes d’Orient et d’Occident ne craignent pas la diversité culturelle. Dès sa fondation, l’Église a été culturellement pluraliste. Il y a eu des approches culturelles différentes chez les disciples du Christ, par exemple entre ceux qui parlaient l’araméen et ceux qui parlaient le grec. “Il y a diversité de dons, mais le même Esprit” (1 Co 12, 4). Le christianisme proclame l’Évangile du Christ dans la vérité des cultures humaines.

 

7. La liberté religieuse est un élément essentiel de la foi chrétienne. À nos yeux, liberté religieuse veut dire liberté de chercher et adhérer à la vérité. Elle ne se base pas sur l’attitude subjective d’un individu ou d’un groupe, mais sur la dignité transcendante de toute personne faite pour l’Absolu, pour la Vérité et pour Dieu. La législation qui tend à promouvoir l’indifférence religieuse, le relativisme ou le syncrétisme, même en termes de tolérance, tend à réduire à la sphère privée un droit qui est fondamental pour la dignité de la personne. Promouvoir la liberté religieuse signifie, pour les Églises chrétiennes, établir un dialogue œcuménique sans prosélytisme, ni fondamentalisme, ni permissivité morale.

 

8. L’écart moderne entre le christianisme et la mentalité dominante entraîne de graves conséquences pour l’avenir des institutions et de la vie en Europe. Aujourd’hui, pour beaucoup d’européens, il n’y a plus de points de repères stables qui puissent constituer un modèle pour leur conduite morale et qui leur permettent d’évaluer ce qui est juste et ce qui ne l’est pas, car ils vivent assujettis à la volonté du « Je autonome et souverain ». L’individualisme conduit au relativisme moral. La vérité objective et le bien commun ne méritent plus aucune considération. L’écart entre la vision des Églises en matière de moralité et les tendances principales postmodernes consiste justement en cela : nous sommes convaincus que les principes moraux sont inscrits par le Créateur dans le cœur de tous les êtres humains, alors que dans un contexte postmoderne, la moralité correspond à ce que chacun décide individuellement. Nous invitons donc les européens à reconnaître que la clé de la liberté consiste à accepter que nous-mêmes, nous nous recevons de Dieu et que nous ne pouvons pas disposer arbitrairement des choses comme si nous étions nos propres créateurs.

 

Il n’y a aucune opposition entre les principes de l’Évangile et les valeurs humaines. Le christianisme signifie que tout ce qui est bon et vrai dans l’humanité est couvert par la grâce du Christ, notre Sauveur. Dieu s’est humilié pour notre humanité non pas pour annuler ses potentialités, mais pour guérir ce qui était malade et pour conduire notre humanité à sa perfection.

 

9. Foi et morale vont ensemble, tout comme culture et morale. Nous ne pouvons pas oublier que les énormes progrès accomplis au fil de l’histoire européenne en matière de droits de l’homme et de protection des plus faibles viennent des principes que le christianisme a donné à l’Europe. Comme pasteurs, nous voulons continuer à offrir la meilleure partie de notre enseignement moral à nos peuples et, comme citoyens, nous voulons la présenter à nos gouvernements ainsi qu’aux institutions européennes. Nous sommes convaincus que les communautés chrétiennes sont en mesure d’agir comme témoins de ce qui est bon pour tous, car elles tirent leur inspiration de l’Évangile du Christ.

 

En Jésus-Christ, nous trouvons notre foi inspiratrice qui nous renouvelle et nous permet d’avoir un plus grand sentiment de responsabilité en Europe et dans le monde actuel.

 

 

 

© Source : Zenit. 6 juin 2014

 

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