28/1/2021

LOIN DU COMPTE


Il est des dates qui restent dans la mémoire parce qu’il s’y est passé quelque chose qui ne nous concerne pas forcément (une naissance, un décès, un déménagement) mais bien un événement inattendu qui nous a choqués, surpris, ébranlés. Je fais partie de celles et ceux qui se souviennent de ce qui leur est arrivé […]

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Il est des dates qui restent dans la mémoire parce qu’il s’y est passé quelque chose qui ne nous concerne pas forcément (une naissance, un décès, un déménagement) mais bien un événement inattendu qui nous a choqués, surpris, ébranlés. Je fais partie de celles et ceux qui se souviennent de ce qui leur est arrivé le 23 novembre 1963, lorsqu’on apprit la nouvelle de l’assassinat du président américain John F. Kennedy. J’ai donc décidé de me souvenir de ma journée du 22 janvier dernier, car il s’y est passé quelque chose d’important, même si l’opinion publique n’en a été informée que très superficiellement, ou pas du tout.

Le traité international sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN) est entré en vigueur, donc il devient obligatoire pour les Etats, membres des Nations Unies, qui l’ont ratifié. Certes, il s’agit pour la plupart, d’Etats « confettis », de petites nations éparpillées ici ou là sur les grands continents, d’iles et archipels qu’on aurait bien du mal à repérer sur une carte, d’Etats qu’on cite le plus souvent parce qu’il y règne une pauvreté dévastatrice qui génère des flux incontrôlés de migrants… S’interdire la production, la possession, l’usage de l’arme atomique relève, pour ces Etats, de l’impossibilité matérielle évidente, et ressemble presque à une vaste blague.

Et pourtant ces Etats montrent la voie : la bombe atomique est coûteuse, dangereuse et désormais illégale. Son interdiction n’oblige que les pays qui le veulent ou le voudront – au demeurant, la presque moitié des Etats du monde, et ça va croissant – mais le principe est acté que posséder, héberger, améliorer, employer ou menacer d’employer l’arme atomique est interdit. Donc les Etats qui en disposent (officiellement, une dizaine) sont dans l’illégalité bien que, à proprement parler, ils ne commettent aucun crime et n’encourent aucune sanction.

Paradoxe, certes, mais c’est le propre da la démarche prophétique que de « parler avant », d’annoncer « des cieux nouveaux et des terres nouvelles » débarrassés du champignon funeste qui éteindrait à jamais la vie sur notre planète. On connaît la réponse : la « bombe » ne sert qu’à prévenir son usage, à dissuader l’agresseur. On en débat depuis 75 ans, et le premier acte de la tout nouvelle Organisation des Nations Unies, dont un seul membre à l’époque possédait « la bombe », fut de la mettre aussitôt hors la loi. La peur et la mauvaise foi ont fait le reste.

A cela nous disons « ça suffit ». Pax Christi a invité ce mois-ci tous les évêques de France à soutenir la  déclaration de Pax Christi International demandant aux gouvernements de signer et ratifier le TIAN. Comme le rappelle le traité lui-même, tous les Etats membres de l’ONU, dont la France, doivent « favoriser l’établissement et le maintien de la paix et de la sécurité internationale en ne détournant vers les armements que le minimum des ressources humaines et économiques du monde ». On est loin du compte. Le temps est venu d’arrêter de détourner les ressources, de piller la planète, de voler des vies !

Alfonso Zardi

Délégué général

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