25/2/2021

LUEUR D’ESPÉRANCE


Depuis la prise de fonction du président Joe Biden, le 22 janvier dernier, le monde semble redevenu normal : les tensions ne faiblissent pas, des crises éclatent et se résorbent (ou pas), des critiques ou des éloges sont échangés, mais le ton a changé. La grande machine à invectiver, provoquer, affabuler, insulter s’est enfin tue.

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Depuis la prise de fonction du président Joe Biden, le 22 janvier dernier, le monde semble redevenu normal : les tensions ne faiblissent pas, des crises éclatent et se résorbent (ou pas), des critiques ou des éloges sont échangés, mais le ton a changé. La grande machine à invectiver, provoquer, affabuler, insulter s’est enfin tue.

Les alliés se parlent de nouveau, les adversaires renouent le dialogue, les relations interétatiques cessent d’être des joutes bilatérales où le plus fort gagne ou alors abandonne la partie, pour redevenir des rencontres multilatérales où chacun a le droit à la parole et la recherche patiente de l’accord redevient l’objectif.

Saluons donc le retour du bon sens en politique internationale, c’est-à-dire la « civilité » des relations fondées sur le dialogue, la reconnaissance de l’autre comme interlocuteur, l’appréciation de ce qu’il peut apporter à la promotion du bien commun. Dans Fratelli Tutti il y a un passage qui m’a en effet interpellé : là où François dit que « le chemin vers une meilleure cohabitation implique toujours que soit reconnue la possibilité que l’autre fasse découvrir une perspective légitime, au moins en partie, quelque chose qui peut être pris en compte, même quand il s’est trompé ou a mal agi ». Car il ne faut jamais enfermer l’autre dans ce qu’il a pu dire ou faire, mais « il doit être considéré selon la promesse qu’il porte en lui », promesse qui « laisse toujours une lueur d’espérance » (228).

J’ai aussitôt pensé à la réouverture (réelle) des négociations sur le nucléaire en Iran, à la reprise (souhaitée) des pourparlers entre Israël et Palestine, à la main (vainement, pour l’heure) tendue de l’Europe à la Russie pour atténuer la violence de la répression qui a frappé un adversaire politique et les milliers de citoyens qui le soutiennent.

Dans tous ces cas, la sollicitation de l’autre « qui a mal agi » peut surprendre, choquer, sembler naïve ou inepte, et finalement se terminer en queue de poisson, ou pire. Mais cela peut aussi « marcher » et faire le premier pas n’est pas si compliqué que ça (si l’on ne craint pas les critiques inévitables des adversaires blindés dans leurs convictions inébranlables).

Mais quid de la « promesse » que l’autre, hier honni aujourd’hui réhabilité, porte en lui ? Comment sonder le cœur de l’autre pour savoir ce qu’il promet, ou promettra ?

Alors j’ai pensé à Zachée, auquel Jésus dit : aujourd’hui « il faut » que je déjeune chez toi. Tout désignait Zachée comme un reprouvé à la table duquel il était très mal vu de s’asseoir. Mais pour Jésus c’était l’impératif du jour, pour faire revenir Zachée dans la communauté des vivants. Aussitôt après, Zachée « promet » de rendre leur dû (décuplé) aux contribuables spoliés et donner ses richesses aux pauvres. Jésus le savait-il ? Et que savons nous de ce que les autres promettront en fin de compte si nous ne les invitons pas pour commencer à la table de la négociation ?

Je ne sais pas si M. Biden a lu Fratelli Tutti, mais il en semble bien inspiré. Faisons autant autour de nous, car « chaque être humain peut être un ferment efficace par son mode de vie quotidien » (231). C’est ça « faire » la paix…

Alfonso Zardi, Délégué général

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