29/7/2020

SOLIDAIRES, MAIS JUSQU’OÙ ?


Le grand marathon de Bruxelles – seulement inférieur de 25 minutes à celui de Nice en 2004 – a donc produit un accord que tous (ou presque) les chefs politiques qui y ont participé ont qualifié d’historique. Il a en effet débouché sur une série de décisions qui entérinent le principe d’une responsabilité commune pour […]

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Le grand marathon de Bruxelles – seulement inférieur de 25 minutes à celui de Nice en 2004 – a donc produit un accord que tous (ou presque) les chefs politiques qui y ont participé ont qualifié d’historique. Il a en effet débouché sur une série de décisions qui entérinent le principe d’une responsabilité commune pour la relance de l’économie européenne après la pandémie du COVID-19 (qui n’est pas encore derrière nous, loin de là). Retenons, pour faire simple, le principe que c’est l’Europe qui emprunte l’argent nécessaire (en tout 750 milliards d’euro), le redistribue (sous forme de subventions directes et de prêts aux Etats qui en ont besoin) et rembourse ensuite ses prêteurs (les Etats, les banques, les épargnants souscripteurs). Et puisque les sommes sont colossales (le budget pluriannuel dépassera les 1074 milliards, plus que le budget des seuls Pays-Bas) l’Europe pourra se doter d’impôts « européens » pour alléger le poids de son endettement.

 

Il y a là deux avancées qui ne peuvent que satisfaire tous ceux – et nous en faisons partie – qui ont réclamé, au cours des derniers mois, plus de solidarité entre européens, plus de partage des ressources : contribuer tous ensemble au « pot commun » pour ensuite distribuer ces richesses selon la clé des besoins et non pas celle de la capacité à rembourser est tout de même un pas important vers plus de cohésion, plus de « communauté » entre européens.

 

Mais là où le bât blesse est lorsqu’il s’agit de mesurer le degré de confiance que les Européens se font mutuellement, et ce degré est assez bas : je contribue au pot commun mais puisque je n’ai mes finances en règle, je récupère l’excédent dont vous n’avez pas besoin (le rabais « à l’anglaise ») ; je me porte garant des sommes prêtées ou accordées à ceux qui en demandent mais je veux savoir comment ils les dépensent et en cas de doute je j’appuie sur la sonnette d’alarme et stoppe tout (le frein à main).

 

Certes, toute avancée demande des contreparties, et celles-ci ont été généreuses pour les Etats « frugaux » (qui ont brillamment réussi l’examen de passage sémantique de ne plus se faire appeler « radins ») et aussi pour les Etats en délicatesse avec les droits de l’homme et le fonctionnement musclé (on ne dit plus « illibéral ») de la démocratie chez eux.

 

Et il est normal aussi que quiconque profite de la manne (presque) tombée du ciel, soit redevable auprès de ses partenaires du bon usage des ressources communes, devoir élémentaire s’il en est de tout Etat démocratique envers ses propres citoyens et aussi ceux des autres pays : ne sommes-nous pas déjà « citoyens européens » ?

 

A l’issue du COVID, comme après la crise de 2008, l’Europe affronte un nouveau « stress test ». Seulement ce ne pas de la solvabilité de ses banques ou la frugalité de ses habitants qu’il est ici question, mais de la confiance qu’on se fait mutuellement quand la survie de chacun dépend de la bonne volonté et de la disponibilité de tous, chacun pouvant être appelé au gré des circonstances à être « le prochain » de son voisin.

 

En Europe aujourd’hui et surtout demain, nous n’avons pas besoin de fils aînés qui reprochent au père sa gabegie pour fêter un jeunot qui a tout gaspillé, mais de samaritains qui soignent des inconnus malmenés parce que frères. Et qui font confiance à l’aubergiste. Voici l’Europe qu’on espère : des samaritains, un aubergiste, des malades qui recouvrent la santé, car la confiance règne. On veut aider, on peut guérir, on sait se montrer responsable.

 

 

Alfonso Zardi

Délégué général,

Pax Christi France

 

 

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