23/12/2020

UNE BOUSSOLE POUR L’HUMANITÉ


On s’était presque habitués, année après année, à recevoir et à lire d’un œil superficiel les messages qui tombent à chaque 1er janvier, « journée mondiale de la paix ». Les papes exhortent, les papes déplorent, les papes invoquent et puis, tout rentre dans l’ordre.

Share


On s’était presque habitués, année après année, à recevoir et à lire d’un œil superficiel les messages qui tombent à chaque 1er janvier, « journée mondiale de la paix ». Les papes exhortent, les papes déplorent, les papes invoquent et puis, tout rentre dans l’ordre.

Pas avec François. Il n’arrête pas de s’adresser aux puissants de la terre pour qu’ils se souviennent de leurs responsabilités, aux chrétiens pour qu’ils demeurent le « sel de la terre », aux hommes de bonne volonté pour qu’ils se sentent confortés dans leur démarche de bâtisseurs de paix.

Cette fois-ci il s’adresse – sans ménagement, aurait-on envie de dire – « aux chefs d’État et de gouvernement, aux responsables des organisations internationales, aux leaders spirituels et aux fidèles des différentes religions, aux hommes et aux femmes de bonne volonté » pour les mettre, et nous avec eux, devant leurs et nos responsabilités. La grande crise sanitaire est devenue « un phénomène multisectoriel et global », qui aggrave « des crises très fortement liées entre elles, comme les crises climatique, alimentaire, économique et migratoire » qui ont reçu des réponses « de charité et de solidarité » autant qu’elles ont suscité des réactions empreintes « de nationalisme, de racisme, de xénophobie, et aussi de guerres et de conflits qui sèment la mort et la destruction ».

Donc, les hommes n’ont pas été que solidaires et compatissants, ils ont été aussi égoïstes et guerroyeurs, montrant que la « culture du rejet » domine toujours et que les « inégalités dans les nations et entre elles » s’aggravent. Lucide, le pape ne s’arrête cependant pas à ce constat mais se fait porteur d’une solution : dans un monde déboussolé par la violence de la pandémie qui, comme une tempête magnétique, fait détraquer les instruments de bord (l’OMS, le G20, le multilatéralisme, voire l’Union européenne même), le pape offre sa « bussole » « pour imprimer un cap commun au processus de globalisation, ‘un cap réellement humain’ (qui) permettrait d’apprécier la valeur et la dignité de chaque personne, d’agir ensemble (et) de combler de nombreuses inégalités sociales ».

A l’heure où l’on discute et l’on se dispute âprement les milliards du « recovery plan » européen, les milliards de doses de vaccin, les milliards d’aides aux personnes et aux entreprises dans la tourmente, le pape demande qu’on revienne aux fondamentaux : principes sociaux, respect du droit humanitaire, conversion et changement de mentalité « pour chercher vraiment la paix dans la solidarité et dans la fraternité ».

Alors un message comme les autres, tissé de bons sentiments et de pieuses exhortations à faire le bien ? Non, un véritable outil pour lire les « signes des temps » à l’heure de la pandémie et des attentes qu’elle suscite. « Prendre soin » c’est écouter le cri de la terre et le cri des hommes, replacer la fraternité, le respect réciproque, la solidarité, l’observance du droit international au cœur des relations internationales.

Le plus petit Etat du monde le rappelle aux grands : il n’y a pas de paix aujourd’hui sans la culture du soin, et cette disposition « à s’intéresser, à prêter attention, à la compassion, à la réconciliation et à la guérison » est « une voie privilégiée pour la construction de la paix ».

Autrefois, aux chefs d’État qu’ils rencontraient les papes faisaient don d’un chapelet. Aujourd’hui François leur offre une boussole, pas enfermée dans son étui, mais posée grand ouverte, sur le coeur du monde.

Alfonso Zardi, Délégué général Pax Christi France

Share